Animaux

Le requin le plus rapide au monde est au bord de l'extinction

Un groupe de spécialistes vient d’inscrire 17 espèces de raies et de requins supplémentaires sur la liste des espèces « en voie d’extinction », dont l’emblématique requin-taupe, le requin le plus rapide au monde.

De Arnaud Sacleux

La Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) dresse un bilan du degré et du nombre de menaces qui pèsent sur les espèces animales dans le monde. D’après une récente réévaluation des tendances des populations de requins financée par le Shark Conservation Fund (SCF), de nouvelles espèces de requins et de raies sont aujourd’hui considérés comme étant en danger critique d’extinction.

Parmi elles, l’emblématique requin-taupe et le requin-taupe bleu. Auparavant classée comme étant « vulnérable », l'espèce rejoint la baleine bleue dans la catégorie des animaux « en voie d’extinction ». Pour rappel, l’UICN a classé près d’un quart de toutes les espèces de raies et de requins comme étant « vulnérables », « en danger » ou « en danger critique d’extinction » sur sa liste : elles font partie des espèces de vertébrés les plus menacées au monde, certaines populations ayant décliné de 90 % ces 75 dernières années.

 

UNE ESPÈCE VULNÉRABLE AU BORD DE L’EXTINCTION

Le requin-taupe est une espèce présente sur Terre depuis près de 400 millions d’années et c’est aussi l'une des plus rapides ; elle peut atteindre des pointes de vitesse allant jusqu’à 70 km/h. Très prisée des Chinois, dont l’appétit pour leur chair délicate et leurs ailerons est bien supérieur à leur croissance qui est paradoxalement très lente, l’espèce « ne bénéficie d'aucune mesures de protection contre la surpêche » regrette Nicholas Dulvy, co-président du groupe d’experts requins de l’UICN, qui compte 174 spécialistes répartis dans 55 pays différents. « Elle est aujourd’hui au bord de l’extinction » déclare-t-il sur le site de l'UICN. Sa population s’est épuisée dans le monde entier, connaissant un déclin de 60 % dans l’Atlantique sur les 75 dernières années ; près de 100 millions de spécimens sont pêchés chaque année.

Le requin-taupe fait partie de ces « nouveaux arrivants » dans la catégorie des menacés d’extinction, qui comprend d’autres espèces de requins. Le swellshark à nageoires blanches, le requin ange argentin et le requin ange à dos lisse intègrent cette liste pour la toute première fois.

 

LE MOIS DE MAI EN GUISE DE DERNIÈRE CHANCE

Le déclin de ces populations constitue une menace croissante pour l’état de l’océan et l’alimentation de millions de personnes à travers le monde. Le requin-taupe en particulier, occupe une place primordiale dans la chaîne alimentaire. Les experts de l'UICN alertent. Ils appellent à « l'adoption immédiate de limites de capture, ainsi qu'à l'interdiction du débarquement des espèces "en danger" ou "en danger critique d'extinction" ».

Tout n’est pas perdu. En mai, les gouvernements du monde entier statueront sur la proposition du Mexique de réglementer la pêche et le commerce du requin-taupe. Ils étudieront également l’inscription d’un nombre record d’espèces de raies et de requins en grave danger à la Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et de flore Sauvages menacées d’extinction (CITES). Le Shark Conservation Fund espère une majorité de deux tiers des pays afin de remporter cette inscription qui permettra d’adopter des mesures de protection et de gestion de ces espèces vis-à-vis de la surpêche.

« Cela pourrait bien être la dernière chance de sauver certaines de ces espèces. Si les tendances que nous observons se poursuivent jusqu’à la réévaluation des espèces dans dix ans, celles-ci pourraient s’éteindre à l’état sauvage et disparaître à tout jamais », explique Lee Crockett, directeur de la Shark Conservation Found. « Il y a de l’espoir ; nous pouvons contribuer à éviter le désastre qui les menace si les pays agissent dès aujourd’hui » conclut Nicholas Dulvy.