Les éléphants font leur grand retour au Parc National des Virunga

Le retour de près de 600 éléphants au Parc National des Virunga en RDC laisse penser que le lieu a retrouvé un peu de son calme d’antan.

Photographie De Brent Stirton
Publication 2 avr. 2021 à 12:25 CEST
Virunga Elephants Lead

Quelques-uns des 600 éléphants récemment arrivés d’Ouganda parcourent les prairies du Parc National des Virunga. Avant leur arrivée, la population des éléphants dans les Virunga avoisinait les 120 individus, victimes du braconnage et de la violence ces dernières années.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Des éléphants de savane (Loxodonta africana) ont fait leur grand retour au Parc National des Virunga en République Démocratique du Congo. Cet évènement a laissé le personnel du parc stupéfait et marque un tournant pour les Virunga, en quête de stabilité au sein d’une région en proie à la violence depuis des décennies. En août, près de six-cents éléphants en provenance du Parc national Queen Elizabeth en Ouganda, un pays voisin, ont fait leur apparition dans les Virunga. Plus de six mois plus tard, ils y gambadent toujours, ce qui laisse penser qu’ils s’y sentent en sécurité.

« C’est le signe le plus marquant du retour de la faune dans les Virunga », s’émeut Emmanuel de Merode, le directeur du parc. « J’ai immigré au Congo il y a trente ans et je n’ai jamais été témoin d’un tel évènement. »

Plus de 8 000 km2 de steppes, de savane, de volcans et de champs de neige : les Virunga, situés le long de la frontière est de RDC, sont particulièrement vulnérables face aux attaques des milices, au braconnage, à la chasse pour la viande de gibier, à la pêche sans permis et à l’abattage illégal des arbres pour en faire du charbon. Plus de deux-cents rangers ont été tués ces vingt-cinq dernières années alors qu’ils protégeaient le parc. Vingt-et-un ont déjà perdu la vie cette année. Fin février, l’ambassadeur italien en RDC a été assassiné lors d’une tentative d’enlèvement présumée près de la frontière sud du parc. M. de Merode lui-même a reçu une balle lors d’une tentative d’assassinat en 2014.

Des rangers explorent les ruines de l’hôtel de la Rwindi, situé au centre des Virunga. Avant que la région ne sombre dans la violence dans les années 1990, l’hôtel hébergeait Mobutu Sese Seko, l’ancien dictateur de la RDC, ainsi que des touristes impatients de découvrir la faune abondante de la région.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Toute cette violence a eu des conséquences indéniables sur la faune également. Dans les années 1970, le Greater Virunga Landscape (qui comprend également des parcs situés au Rwanda et en Ouganda) possédait la biomasse de grands mammifères la plus élevée du monde. La région était notamment connue pour ses célèbres gorilles mais aussi pour disposer d’une population florissante d’environ huit-mille éléphants de savane, des êtres extrêmement perspicaces et intelligents qui peuvent peser jusqu’à 7 tonnes et vivre près de 70 ans.

Toutefois, cette population a commencé à décliner dans les années 1990, lorsque le génocide des Tutsi au Rwanda, suivi rapidement par la première et la deuxième guerre du Congo, a plongé la région dans le conflit. Certains éléphants ont fui pour rejoindre des territoires plus sûrs mais nombre d’entre eux sont tombés entre les mains des braconniers, lorsque les populations locales appauvries ainsi que les réseaux de trafiquants ont cherché à tirer profit de leurs défenses en ivoire. Ces dernières années, les responsables du parc ont estimé que seuls cent-vingt éléphants vivaient encore au sein des Virunga.

La veuve et les trois jeunes fils du ranger Bagurubumwe Chuhoze Deogene se recueillent autour de sa tombe lors de ses funérailles en 2020. Plus de deux-cents rangers ont été tués ces vingt-cinq dernières années alors qu’ils protégeaient le parc. Vingt-et-un ont déjà perdu la vie depuis le début de l’année 2021.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Les rangers patrouillent au lac Édouard, une zone des Virunga prisée par les milices pour ses poissons. Selon Emmanuel de Merode, le directeur des Virunga, la pêche illégale sur le lac Édouard pèse 60 millions de dollars chaque année.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

« Lorsque des balles sont tirées, que ce soit à cause des rixes entre milices ou des braconniers qui visent directement les éléphants, ils lèvent le camp », explique Anne-Marie Weeden, conservatrice et fondatrice de Petrichor Africa en Ouganda, une organisation chargée de conseiller les secteurs de la faune et de la conservation en Afrique.

Faustin Gakuru, 23 ans, ranger chargé de la conservation pour le gouvernement, récupère après une blessure par balle dans une chambre d’hôpital de Goma. En 2020, M. Gakuru participait à la construction d’une clôture électrique avec un groupe de ranger le long de la frontière des Virunga quand ils se sont fait attaquer. Les rebelles ne souhaitaient pas que cette clôture soit installée car elle leur rendait l’accès au parc et à ses ressources difficile.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Les lacs des Virunga étaient jadis le territoire de la plus grande population d’hippopotames mais le braconnage et la destruction de leur habitat les ont décimé. En 2016, leur nombre avait dégringolé à 2 400, une chute de près de 90 % de leur population, qui était composée de près de 30 000 individus dans les années 1970.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

En août dernier, ils sont revenus.

« La recrudescence apparente des éléphants dans les Virunga est très encourageante parce que ça signifie que les Virunga sont plus sûrs qu’avant », se réjouit Iain Douglas-Hamilton de l’organisation Save the Elephants. Son équipe a placé quinze colliers émetteurs sur des éléphants des Virunga en 2015 afin d’aider le personnel du parc à les surveiller.

Selon ses dires, la taille de la troupe est extraordinaire. M. de Merode et ses collègues l’ont principalement observé grâce à un avion de surveillance. Depuis toujours, de petits groupes d’éléphants circulent de parc en parc, mais ces dernières années, la plupart d’entre eux sont restés à l’écart. Désormais, M. de Merode peut regarder par la fenêtre du cockpit et contempler les nombreux éléphants qui gambadent çà et là dans les prairies du parc.

 

L’ESPOIR DANS UNE ÉPOQUE CARACTÉRISÉE PAR LES MALADIES ET LA VIOLENCE

Le retour des éléphants a été une lueur d’espoir pour le parc qui a égaillé les rangers en cette époque si démoralisante. La COVID-19, qui est arrivée juste après l’épidémie dévastatrice d’Ebola, a plongé les communautés déjà fragilisées situées aux frontières des Virunga dans une détresse économique encore plus importante. Selon M. de Merode, ces évènements ont engendré une recrudescence de la violence car les locaux, plus désespérés que jamais, ont été plus enclins à rejoindre des milices.

Malgré ces perturbations, le personnel des Virunga a réussi à empêcher le braconnage des éléphants depuis l’arrivée de la nouvelle troupe. Il s’agit là d’un véritable exploit, étant donné que les éléphants se sont rassemblés en majorité au sein du très agité corridor de Ishasha, une zone largement empruntée par les milices pour accéder au lac Édouard et aux précieux poissons qu'il abrite.

En janvier, six rangers ont été tués au cours d’une embuscade non loin de là, probablement en guise de représailles suite à l’installation d’une clôture électrique qui empêchait les milices d’accéder au lac. Un mois plus tard, les rangers ont de nouveau dû faire face aux membres de la milice. M. de Merode, qui assurait la surveillance depuis un avion, observait nerveusement les deux-cents éléphants qui tentaient d’échapper aux tirs.

Le retour des éléphants pourrait engendrer des conflits avec les communautés locales qui pourraient être tentées de les tuer en représailles. Après que deux éléphants errants ont tué deux fermiers juste aux abords du parc, les responsables du parc ont annoncé qu'ils allaient étendre la clôture pour éloigner les éléphants des établissements de populations.

M. de Merode est convaincu que le personnel des Virunga sera en mesure de protéger la population des éléphants et les éléphants des braconniers. Il se réjouit des changements que ces animaux pourraient apporter au parc. Les éléphants sont des herbivores voraces et destructeurs, des comportements qui peuvent en réalité s’avérer bénéfiques pour leur habitat. Lorsque les éléphants traversent une forêt, ils ont tendance à abattre des arbres, ce qui en retour engendre des feux de forêt saisonniers plus intenses, réduit le taux d’humidité des sols et produit donc une herbe plus nutritive.

Chantal Kahinda Vinywa, ranger chargée de la conservation, surveille la zone depuis son poste d’observation au lac Édouard. Les rangers sont encore plus attentifs que d’habitude dans cette région. La plupart des éléphants qui ont migré d’Ouganda vers les Virunga se sont établis près du corridor de Ishasha, une zone très fréquentée par les rebelles pour traverser le lac.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Le retour des éléphants dans les Virunga a réjoui les rangers en cette année morose. Ils espèrent que l’impact des éléphants sur les prairies aura des effets positifs pour les autres herbivores du parc.

Photographie de Brent Stirton/Getty Images

Selon le directeur du parc, une telle synergie permettra aux autres herbivores du parc, par exemple les phacochères (Phacochoerus) ou certaines espèces d’antilopes comme les Kobs (Kobus) ou les Topi (Damaliscus korrigum), de prospérer eux aussi. « Les éléphants pourraient créer un cycle qui, un jour peut-être, fera à nouveau des Virunga la biomasse de grands mammifères la plus élevée du monde. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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