Nouvel espoir pour la survie des rhinocéros blancs du nord

De récentes découvertes, basées sur l’ADN des rhinocéros blancs du nord et du sud, apportent une lueur d’espoir quant à la survie de l’espèce, grâce à la procréation assistée.

De Arnaud Sacleux
La situation des rhinocéros dans le monde est plus que critique.

Sudan, le dernier rhinocéros blanc du nord mâle, s’est éteint à l’âge de 45 ans en mars dernier. Avec lui les derniers espoirs de reproduction naturelle de la sous-espèce. Seules deux femelles représentent aujourd’hui la sous-espèce des rhinocéros blancs du nord, abritées et protégées dans la réserve d’Ol Pejeta au Kenya. Incapables de se reproduire, et face à l’urgence de la situation, les scientifiques avaient prélevé 80 ovocytes sur des femelles rhinocéros blanc du sud, fécondés avec des spermatozoïdes de rhinocéros blancs du nord congelés, dans le but d’une fécondation hybride pour la survie de l’espèce. Si cette solution n’était envisagée qu’en dernier recours, de récentes études viennent rassurer les scientifiques quant à la réussite d'une telle manipulation.

 

DES COUSINS TRÈS PROCHES

À partir de tests ADN, les scientifiques ont montré que le rhinocéros blanc du nord serait bien plus proche qu'on ne le pensait de son cousin le rhinocéros blanc du sud, et c'est une excellente nouvelle en vue d'un possible croisement des deux espèces. Si il y a 1 million d’années, le rhinocéros blanc s’était divisé en deux sous-espèces, l’une au nord de l’Afrique et la seconde au sud, il est maintenant prouvé qu’elles se seraient rencontrées, mélangées et reproduites à de multiples reprises bien après cette date, il y a 14 000 ans.

Sudan, le dernier rhinocéros blanc du nord mâle, interagissant ici avec un rhinocéros blanc du sud.

Avec cette étude, « nous montrons qu’ils ont échangé des gènes au cours de cette période, peut-être aussi récemment que la dernière période glaciaire, lorsque la savane africaine s’est développée et a permis de reconnecter les deux populations » a déclaré le Dr. Michael Bruford de l’Université de Cardiff à nos confrères de BBC News. Pour lui, s’ils ont échangé des gênes par le passé, ils peuvent très bien recommencer aujourd’hui. L’espoir d’un croisement hybride pour sauver le rhinocéros blanc du nord prend donc de l’épaisseur.

 

UNE SITUATION CRITIQUE

La situation du rhinocéros blanc du nord est inquiétante, tout comme l’est celle de l’espèce entière. Malgré les perspectives de fécondation in vitro soufflant un vent d'optimisme pour la survie de l’animal, le dernier recensement de spécimens de rhinocéros fait par la WWF est alarmant. S’il reste 20 000 rhinocéros blancs du sud et 2 rhinocéros blancs du nord en Afrique, seuls 5 000 rhinocéros noirs vivent encore en Afrique et 3 500 rhinocéros indiens en Inde.

Quant aux rhinocéros de Sumatra et de Java, ils ne sont respectivement plus que 100 à l’est de l’Asie et seulement 67 en Indonésie. Cela ne va pas en s’améliorant : le braconnage sévit de plus belle et récemment, une nouvelle ombre est venue s’ajouter au tableau : la Chine vient de légaliser le commerce de cornes de rhinocéros à des fins médicales. Elles sont riches en kératine, produit réputé curatif dans la médecine traditionnelle chinoise (bien qu’aucune preuve scientifique ne l’ait jamais confirmé). Les prélèvements ne seront autorisés que sur des spécimens issus d’élevages réglementés. Toutefois, les défenseurs des animaux craignent que la difficile traçabilité des échantillons n’ouvre la voie au braconnage intensif et affaiblisse peu plus l'espèce.

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