Ces images ont révélé l'insaisissable panthère des neiges au monde entier
En 1971, le zoologue George Schaller a pris les premières photographies de panthères des neiges à l’état sauvage, une avancée majeure dans l’étude et la protection de ce félin insaisissable.

L’objectif du zoologue George Schaller a capturé l’un des fauves les plus rares dans une réserve de chasse au Pakistan.
L’objectif du zoologue George Schaller a capturé l’un des fauves les plus rares dans une réserve de chasse au Pakistan.
Cet article a initialement paru dans le numéro de novembre 1971 du magazine National Geographic. Il s’agit d’un contenu original qui peut potentiellement contenir des stéréotypes ou des descriptions péjoratives. Vous pouvez consulter plus d’articles digitalisés tirés de nos archives ici.
Tout à coup, j’ai aperçu la panthère des neiges. Comme dans un rêve, la créature fantomatique apparaissait et disparaissait entre les nappes de brouillard. Une quarantaine de mètres nous séparaient, sur cette falaise escarpée au cœur du Pakistan. Nous nous tenions immobiles, comme deux êtres liés l’un à l’autre au milieu de la neige tourbillonnante. C’est ainsi qu’en décembre [1971], j’ai pu entrevoir l’un des fauves les plus rares et méconnus du monde.
J’étais en exploration dans une réserve de chasse privée du district de Chitral, au nord-ouest du Pakistan, afin d’observer la faune locale et notamment le markhor (Capra falconeri), une chèvre sauvage endémique. Mon confrère Zahid Beg Mirza de l’Université du Panjab, et moi projetions également de conseiller son Altesse le mihtar de Chitral qui voulait transformer sa réserve en sanctuaire.

L’hiver, les markhors rejoignent de plus basses altitudes, où la nourriture est plus abondante. Là, ils escaladent les chênes verts pour brouter les feuilles épaisses en équilibre sur les branches. La panthère des neiges redescend également à la recherche de nourriture. Dans les vallées, le bétail représente une proie facile pour le fauve, qui peut parfois se retrouver face à son plus grand ennemi : l’être humain.
L’hiver, les markhors rejoignent de plus basses altitudes, où la nourriture est plus abondante. Là, ils escaladent les chênes verts pour brouter les feuilles épaisses en équilibre sur les branches. La panthère des neiges redescend également à la recherche de nourriture. Dans les vallées, le bétail représente une proie facile pour le fauve, qui peut parfois se retrouver face à son plus grand ennemi : l’être humain.
J’ai tenté d’attirer les panthères avec des chèvres vivantes, mais elles ont d’abord boudé mes offrandes pendant deux semaines. Puis, un matin, le ballet des vautours dans le ciel m’a indiqué qu’une chèvre avait été tuée. Près de la carcasse, j’ai aperçu une panthère femelle sur un éperon rocheux. Elle y est restée pendant une semaine, se nourrissant du cadavre et de ceux d’autres chèvres, et me donnant l’opportunité de réaliser ces photographies uniques.
En parcourant les hauteurs, j’ai trouvé des traces des pattes avant, plus larges, et arrière de ce fauve de 40 kg. Principalement nocturnes et solitaires, les panthères des neiges vivent jusqu’à 5 500 mètres d’altitude au cœur des chaînes de montagnes d’Asie centrale comme l’Himalaya ou l’Hindou Kouch.
Lorsque la panthère bougeait, sa queue touffue de près d’un mètre de long, soit la moitié de la longueur totale de son corps, semblait douée d’une vie propre. Pourtant, ce sont ses yeux qui m’ont le plus frappé. Pâles éclats glacés adoucis d’une touche d’ambre, c’était les yeux d’une créature accoutumée aux vastes étendues de neige et à la solitude.
Son épaisse fourrure grise mouchetée de noir est la plus grande protection de la panthère des neiges, mais aussi sa plus grande fragilité. Si elle lui permet de se fondre parmi les rochers, sa beauté éveille les convoitises humaines. La Fédération internationale du commerce de la fourrure a récemment recommandé à ses membres de stopper tout commerce de fourrure de panthère des neiges. Pourtant, au Pakistan et en Inde, les touristes ignorent souvent les interdictions d’exportation pour se procurer illégalement des peaux allant jusqu’à 150 dollars la pièce (soit 1200€ actuels, si l'on utilise l'inflation américaine comme référence, ndlr).
Les écologistes considèrent l’espèce comme menacée. Mais pour la protéger, il nous faut l’étudier en détail. On ne connaît pas exactement le nombre d’individus à l'état sauvage, et on en compte moins de cent en captivité. Si mon enquête au Chitral, subventionnée par la New York Zoological Society et la National Geographic Society, a permis quelques éclaircissements, il reste de nombreuses zones d’ombre. Leur territoire rétrécit : si l’on ne crée pas de sanctuaires de protection, l’avenir s’annonce sombre pour ces adorables fauves.

George G. Schaller à la recherche de traces fraîches dans la neige.

« En suivant sa piste sur les hauteurs, j’ai découvert les empreintes de ses pattes arrière ainsi que celles, plus imposantes, de ses pattes avant, appartenant à ce félin de près de 36 kilogrammes. »
George G. Schaller à la recherche de traces fraîches dans la neige.
« En suivant sa piste sur les hauteurs, j’ai découvert les empreintes de ses pattes arrière ainsi que celles, plus imposantes, de ses pattes avant, appartenant à ce félin de près de 36 kilogrammes. »

Son épaisse fourrure grise mouchetée de noir est la plus grande protection de la panthère des neiges, mais aussi sa plus grande fragilité. Si elle lui permet de se fondre entre les rochers, sa beauté éveille les convoitises humaines.
Son épaisse fourrure grise mouchetée de noir est la plus grande protection de la panthère des neiges, mais aussi sa plus grande fragilité. Si elle lui permet de se fondre entre les rochers, sa beauté éveille les convoitises humaines.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
