Vous rêvez d'observer des macareux ? Rendez-vous dans les Orcades !

Au large de l’extrémité septentrionale de l’Écosse, les Orcades, archipel de soixante-dix îles, regorgent de reliques du Néolithique et de réserves naturelles. La région attire ornithologues et historiens du monde entier.

De Elizabeth Finney
Publication 4 févr. 2026, 11:52 CET
« Tammie norrie » est l’ancien mot écossais pour désigner le macareux.

« Tammie norrie » est l’ancien mot écossais pour désigner le macareux.

PHOTOGRAPHIE DE markferguson2, Alamy

Le chant envoûtant des alouettes, des huîtriers et des courlis se répand sous la voûte d’un ciel nuageux, ricochant sur des piliers de pierre sur lesquels cet oratorio s’écrase depuis des millénaires. De chaque côté, les eaux d’acier des lochs de Stenness et de Harray clapotent de manière approbatrice.

Le cercle de Brodgar, sacré et menaçant, a un je-ne-sais-quoi de cathédrale. Ce monument de la fin du Néolithique et du début de l’âge du bronze formait autrefois un cercle de soixante monolithes extraits de sept sites différents des Orcades. Désormais inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, il est entouré d’une réserve naturelle de la Société royale pour la protection des oiseaux (RSPB). Une mouette se pose sur l’une des trente-six pierres qui demeurent et incline la tête en direction de notre petit groupe.

« Les alentours étaient autrefois des terres agricoles, mais nous les avons restaurées pour favoriser la reproduction des échassiers et des bourdons », explique Sarah Sankey, directrice des opérations. « Quand nous avons acquis les terres, aucun courlis ne se reproduisait ici, mais il y en a désormais quinze couples. C’est une belle continuité historique que ces oiseaux soient là depuis le Néolithique. Les oiseaux que nous entendons en ce moment même, on les entendait il y a 5 000 ans déjà. »

Alors que notre groupe fait le tour de l’enceinte mégalithique, je me penche pour caresser les touffes duveteuses de linaigrette et examiner les pétales éclatants des orchidées des marais. Au-dessus de nos têtes, un chevalier gambette (Tringa totanus) lance son cri, un piaulement urgent qui fend l’air et auquel répondent les trilles doux et lointains des pipits farlouses (Anthus pratensis) voltigeant sur la bruyère.

Mon attention se déporte du pépiement animé des oiseaux vers une sorte de tunnel en bois, à moitié dissimulé dans un fossé. C’est l’un des 9 000 pièges installés par le Projet de protection de la faune indigène des Orcades (ONWP) afin d’éradiquer les hermines (Mustela erminea). Ces mustélidés rusés sont apparus sur ces îles en 2010 et ont causé des ravages sur leur faune locale, notamment chez des oiseaux nichant au sol, comme le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) et le hibou des marais (Asio flammeus).

La réserve naturelle de Mull Head est l’un des meilleurs endroits pour observer des rissas et ...

La réserve naturelle de Mull Head est l’un des meilleurs endroits pour observer des rissas et des petits pingouins.

PHOTOGRAPHIE DE David Gowans, Alamy

« Les hermines ne sont présentes que sur cinq îles, mais il y en a soixante-cinq de plus, donc nous devons agir vite », m’explique Sarah le lendemain. Nous nous sommes retrouvées à la Réserve naturelle locale de Mull Head, une étendue spectaculaire tout en falaises et en landes où les oiseaux marins tournoient au-dessus de la mer et où les fleurs sauvages s’accrochent à la tourbe fouettée par le vent.

Nous longeons des sentiers côtiers bordés de boutons d’or et de cerfeuil sauvage pour rejoindre Scout, un chien pisteur, et Allen, son maître, sur le Brough de Deerness. Scout est déployé, avec la promesse de retrouver sa balle préférée une fois achevée sa vadrouille entre les buttes herbeuses, 300 millions de récepteurs olfactifs en éveil dans sa truffe avide et remuante. Il s’assied, alerte, et fixe un point minuscule. Des hermines sont passées par là, elles se sont cachées entre les œillets marins roses et les nids d’oiseaux côtiers.

Qu’il s’agisse d’experts de l’ONWP, de dresseurs de chiens, de bénévoles du coin ou de touristes, comme moi-même, la conservation environnementale a ici des airs de mobilisation générale. Sur la plage de South Ronaldsay, dos aux vagues qui déferlent, exposée aux vents violents, j’observe de petites sternes dégringoler dans les airs et plonger en piqué comme des pilotes de chasse, leur calotte noire tirée et ajustée comme pour faire face à la tempête. Il y a peu, des écoliers se sont mobilisés pour protéger ce site de nidification, surveillant la zone, dessinant des affiches et ratissant le sable pour s’assurer de leur arrivée. Grâce à leurs efforts, ces petits oiseaux marins s’épanouissent désormais.

Ma dernière halte sera à Cottasgarth, un havre tentaculaire de landes de bruyère prisé par les oiseaux de proie tels que les faucons crécerelles (Falco tinnunculus) et les faucons merlins (Falco columbarius). Je me poste avec des jumelles dans une cabane et observe les battements d’ailes à l’horizon. Robbier Fraiser, agriculteur des environs, me rejoint, et notre conversation s’interrompt quand déferle sur la lande le babil ondulant d’un courlis. Robbie Fraiser incline la tête vers le ciel. « Ici, le chant des oiseaux est constamment avec toi, annonce-t-il doucement. Le but n’est pas forcément de les voir, il [le chant] accompagne ton horloge biologique. »

Je suis frappée par le fait que le monde naturel ne semble pas avoir conscience de notre notion de temps. Parcourir un tel un paysage empli du chant des oiseaux, c’est côtoyer une intemporalité que nous ne pouvons que désirer. C’est un rappel puissant que la vie est cyclique, à l’instar du retour des oiseaux chaque printemps ou d’un cercle mégalithique.

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    PHOTOGRAPHIE DE Danita Delimont Stock, AWL Images

    OISEAUX À OBSERVER

    1. Macareux

    Ces charmants petits oiseaux peuvent être aperçus sur les falaises abruptes de Marwick Head. Espèce inscrite sur la liste rouge de l’Union national pour la conservation de la nature (UICN), l’inimitable macareux (Fretercula arctica) peut être identifié à son bec coloré, à ses plumes noires et blanches, à ses pattes orange et à son expression timide.

    2. Sternes naines

    C’est aux Orcades que l’on trouve la population la plus septentrionale de cette espèce (Sternula albifrons) inscrite sur la liste d’ambre du Birds of Conservation Concern et menacée en raison de la vulnérabilité de ses sites de nidification. Restez à l’affût de leur bec jaune caractéristique à l’extrémité noire et de leurs spectaculaires démonstrations aériennes.

    3. Courlis

    Ces échassiers au plumage moucheté sont derrière la bande-son doucement bavarde des Orcades. Facilement identifiables à leur long bec courbé et à leurs élancées, ils sont omniprésents sur les landes et dans les zones humides des Orcades, notamment aux Loons, près de Marwick.

    4. Pingouins tordas

    Les pingouins tordas (Alca torda) sont souvent en train de se chamailler dans les renfoncements rocheux des falaises, comme ceux de Marwick Head, et se repèrent à leur plumage monochrome et à leur gros bec noir striés de blanc.

    5. Huîtriers

    Partout dans les Orcades, on peut entendre de brefs cris secs. Ce sont ceux des huîtriers. Ces oiseaux trapus arpentent les littoral et les prairies à la recherche de vers, de mollusques et de coquillages.

    INFORMATIONS PRATIQUES

    Wild Orkney Walks propose des excursions en pleine nature à partir de 30 livres Sterling (35 euros environ). L’Orkney Ranger Service propose des visites gratuites du cercle de Brodgar de 13 heures à 14 heures. Des circuits des îles sur mesure sont disponibles à la réservation par le biais d’Orkney Uncovered.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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