Reportage : les derniers lions d'Asie
Plongée dans nos archives avec ce reportage sur les derniers lions d'Asie, aussi rares que fascinants.

Pour l’heure, la vie est douce, mais ce tendre moment de jeu entre une lionne et son petit peut disparaître aussi rapidement que la lumière chaude de la fin d’après-midi. Dans l’Inde ancienne, l’une des façons de démontrer ses qualités de meneur était d’affronter un lion. Aujourd’hui, alors que le lion d’Asie est devenu un symbole national, il conviendrait plutôt d’en sauver un.
Pour l’heure, la vie est douce, mais ce tendre moment de jeu entre une lionne et son petit peut disparaître aussi rapidement que la lumière chaude de la fin d’après-midi. Dans l’Inde ancienne, l’une des façons de démontrer ses qualités de meneur était d’affronter un lion. Aujourd’hui, alors que le lion d’Asie est devenu un symbole national, il conviendrait plutôt d’en sauver un.
La plupart d’entre nous pensent que les lions vivent uniquement en Afrique. Mais c’est parce qu’ils ont été éliminés presque partout ailleurs. Il y a des dizaines de milliers d’années, ces félins étaient présents dans de vastes régions du globe, comme nous. Sauf que la population humaine a augmenté et s’est organisée, exerçant une pression sur les prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire. L’aire de répartition des lions ne représente désormais plus qu’une fraction de ce qu’elle était, et les lions d’Asie, une sous-espèce du lion d’Afrique qui serait apparue il y a 100 000 ans, n’occupent plus qu’une minuscule fraction de leur ancien territoire. L’Inde abrite environ 300 de ces félins, qui vivent majoritairement dans un sanctuaire de 1 450 km².
Il m’aura fallu un an et demi pour obtenir l’autorisation permettant d’explorer l’entièreté du parc national de Gir. En revanche, j’ai immédiatement compris pourquoi les lions étaient devenus des symboles de royauté et de grandeur. Si un tigre se déplace furtivement dans la forêt sans être vu, un lion ne cherchera nullement à se cacher et se montrera curieux et sans peur, vaillant en somme. S’ils m’ont subtilement fait comprendre quand je m’approchais trop, les lions de Gir m’ont offert un aperçu unique de leur vie au cours des trois mois que j’ai passés dans la forêt. Il est curieux de se dire qu’ils sont menacés d’extinction ; le parc de Gir abrite autant de ces félins qu’il peut en accueillir. Ils y sont même trop nombreux. Leur territoire devenant trop petit, les lions rôdent en périphérie de la forêt et la quittent, ce qui donne souvent lieu à des confrontations avec les habitants de la région.
C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Inde crée une seconde réserve, les autres étant les catastrophes naturelles ou les épidémies. En effet, en 1994, plus d’un tiers des lions du Serengeti, en Afrique, soit un millier d’animaux, a succombé à la maladie de Carré. Un sort qui pourrait facilement advenir aux lions de Gir. Ces félins, sauvés par un prince au début du 20e siècle, sont particulièrement vulnérables aux maladies du fait qu’ils descendent d’une dizaine d’individus seulement. « Le profil génétique des lions d’Asie s’apparente à celui de vrais jumeaux », explique Stephen O’Brien, généticien qui les a étudiés. Mais leur population fait face à des dangers cachés, que l’on ne soupçonnerait pas en les observant. Ces lions dégagent une certaine vitalité et savent vous charmer.
UN MOMENT DE TRANQUILLITÉ

La lionne n’était qu’à un ou deux bonds du photographe Mattias Klum, lequel n’était pas très rassuré, jusqu’à ce que le félin roule sur le dos. Elle se sentait bien dans la forêt indienne du Gir, mais une menace invisible pesait sur elle. Il suffisait d’une maladie ou d’une catastrophe naturelle pour décimer le petit groupe isolé de lions d’Asie à deux doigts de l’extinction.
La lionne n’était qu’à un ou deux bonds du photographe Mattias Klum, lequel n’était pas très rassuré, jusqu’à ce que le félin roule sur le dos. Elle se sentait bien dans la forêt indienne du Gir, mais une menace invisible pesait sur elle. Il suffisait d’une maladie ou d’une catastrophe naturelle pour décimer le petit groupe isolé de lions d’Asie à deux doigts de l’extinction.
La lionne n’était qu’à un ou deux bonds du photographe Mattias Klum, lequel n’était pas très rassuré, jusqu’à ce que le félin roule sur le dos. Elle se sentait bien dans la forêt indienne du Gir, mais une menace invisible pesait sur elle. Il suffisait d’une maladie ou d’une catastrophe naturelle pour décimer le petit groupe isolé de lions d’Asie à deux doigts de l’extinction.

Bien à l’abri dans la forêt, une mère et son petit n’ont aucune idée de la fragilité de leur droit à exister.
Bien à l’abri dans la forêt, une mère et son petit n’ont aucune idée de la fragilité de leur droit à exister.
Cette lionne et son petit installés en sécurité dans la forêt n’ont aucune idée de leur importance. En Grèce, le dernier lion est mort peu de temps après la naissance du Christ, soit cinq siècles après que le félin a fait son apparition sur les pièces de monnaie grecques. L’aire de répartition du lion d’Asie a régulièrement diminué jusqu’au 19e siècle, l’espèce ayant été chassée jusqu’au bord de l’extinction.
UNE ESPÈCE PLUS PETITE

Un jeune lion d’Asie se nourrit sur une carcasse d’antilope.
Un jeune lion d’Asie se nourrit sur une carcasse d’antilope.
Si la douceur observée pendant le jeu disparaît à l’heure du repas, celui-ci ne nécessite pas forcément de montrer les crocs à Gir. Qu’il s’agisse d’une mère et de son petit partageant un cerf ou d’un jeune mâle se nourrissant d’une antilope, il n’y a généralement pas besoin de se battre pour manger un bout. Les animaux de proie sont plus petits à Gir qu’en Afrique ; par conséquent, les groupes de chasse sont composés d’un nombre d’individus plus restreints. Les lions d’Asie sont moins imposants que les lions d’Afrique, arborent des crinières plus courtes et présentent un long pli de peau sur les flancs que bon nombre de leurs cousins du continent africain n’ont pas.
UN TERRITOIRE SURPEUPLÉ

Repue, une lionne s'abreuve dans un ruisseau.
Repue, une lionne s'abreuve dans un ruisseau.
Repue, une lionne s’abreuve dans un précieux ruisseau situé dans une forêt asséchée de teck. Les points d’eau et les troupeaux de bétail deviennent des sites d’observation clés au moment du recensement des lions de Gir, qui se produit tous les cinq ans environ. Le dernier recensement a fait état de 40 lions ayant quitté la réserve surpeuplée, ce qui pose un problème, puisque cette dernière est entourée de fermes et d’usines. Le transfert de quelques individus dans la réserve faunique de Kuno, située à plus de 800 km, est prévu, mais il pourrait s’avérer difficile de trouver d’autres sites adaptés. En Inde, pays le plus peuplé au monde, les aires protégées assez grandes et abritant des proies en nombre suffisant pour les fauves sont rares.
LA MENACE DE LA CONSANGUINITÉ

Deux lions en train de s'accoupler.
Deux lions en train de s'accoupler.
Perpétuer l’espèce est loin d’être simple. Les lions copulent environ 500 fois pour chaque portée arrivant à terme. Une fois qu’une femelle persuade un mâle de s’accoupler, les deux animaux font leur petite affaire en un clin d’œil. La lionne veille à ce que le processus ne s’éternise pas en grognant et en griffant son partenaire. Puis, ils remettent le couvert, après une courte pause. En raison du faible patrimoine génétique des lions d’Asie, 70 à 80 % de leurs spermatozoïdes sont déformés. Un taux qui peut causer des problèmes d’infertilité lorsque les zoos les font se reproduire entre eux. Conformément à un rigoureux programme de reproduction, les zoos européens ont augmenté la population de ces félins vivant en captivité : ils sont désormais presque 60.
Cet article a originellement paru dans le numéro de juin 2001 du magazine National Geographic. Pour découvrir d’autres articles numérisés issus de nos archives, c’est ici.
