Photographie : quand la nuit tombe, ces animaux se mettent à briller
Un photographe immortalise l’une des plus belles transformations de la nature : la façon dont certaines espèces d’animaux deviennent fluorescentes la nuit.

Éclairé par une lampe torche à lumière ultraviolette, ce scorpion languedocien (Buthus occitanus) brille d'un bleu cyan éclatant dans le ciel nocturne aux teintes rouillées de Madrid en Espagne.
D'aucuns peuvent être effrayés à la vue d'un scorpion. Pour Javier Aznar González de Rueda, c'est un modèle photographique extraordinaire. Ce photographe basé à Madrid a passé des années à photographier des insectes « brillants ». Or pratiquement tous les scorpions sont fluorescents lorsqu'ils sont exposés à la lumière ultraviolette : des substances spéciales présentes dans leur exosquelette réagissent aux rayonnements à haute fréquence. La fluorescence est très répandue chez les insectes et arachnides. La raison de ce phénomène reste cependant un mystère. Les scientifiques ont émis plusieurs hypothèses : cela pourrait servir au camouflage, à la communication avec des partenaires potentiels, ou à la protection contre le soleil. Mais les preuves tangibles sont rares.
Lors de ses promenades nocturnes, Javier Aznar González de Rueda part à la recherche de ses modèles à pattes, scrutant le sol à l'aide d'une lampe torche à lumière ultraviolette à la recherche de touches de néon. Pour obtenir les meilleurs clichés, il a modifié deux flashs externes à son appareil photo afin qu'ils émettent de la lumière ultraviolette qui, selon lui, « nous montre le monde sous un autre jour. » Les portraits qui en résultent révèlent ce qui est caché : des scorpions de couleur brune d'un bleu-vert éclatant, des chenilles aux poils soyeux et des insectes aux taches lumineuses qui se fondent dans leur environnement. Javier Aznar González de Rueda espère que ses images inspireront davantage de recherches sur le rôle de la fluorescence dans la nature. Elles montrent déjà une facette de ces créatures que nous ne verrions jamais autrement.

Les poils délicats de cette chenille, photographiée dans le parc national Yasuni en Équateur, à environ 240 kilomètres de Quito, pourraient envoyer aux prédateurs le message « ne me mangez pas, » indique le photographe Javier Aznar González de Rueda.

Des lichens fluorescents qui poussent sur une feuille dans la forêt tropicale humide de Chocó près de La Maná en Équateur ont aussi élu domicile sur cette mante. Ils offrent une couche de camouflage supplémentaire à ce prédateur à six pattes.

Photographiée par le flash ultraviolet de Javier Aznar González de Rueda dans le parc national Yasuni, cette sauterelle brille d'un bleu vif alors qu'elle grimpe au sommet d'une fleur jaune charnue.

Ces larves de papillons de nuit vert fluo, blotties sur la face inférieure d'une feuille dans le parc national Yasuni, possèdent des filaments qui deviennent bleu foncé sous la lumière ultraviolette.

Les scientifiques ne savent pas avec certitude si la fluorescence que l'on observe sur ce nid de guêpes sert à le camoufler ou à attirer l'attention. Les photos de Javier Aznar González de Rueda plaident de manière fascinante en faveur de cette dernière hypothèse.

Une araignée Gasteracantha cancriformis tisse un sac d'œufs, le motif de dentelle sur son abdomen brille grâce aux fluophores, des molécules fluorescentes présentes dans son exosquelette.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.