Pourquoi certaines espèces que l'on pensait éteintes réapparaissent-elles ?

La réapparition d’espèces ne tient pas du miracle – elle s’explique plutôt par un manque de moyens et d’informations.

Publication 29 mars 2022, 15:39 CEST
L’espèce de tortue géante de l’île de Fernandina, dans l’archipel des Galápagos, n’avait pas été observée ...

L’espèce de tortue géante de l’île de Fernandina, dans l’archipel des Galápagos, n’avait pas été observée depuis 1906. Elle a été «retrouvée» en 2019. 

PHOTOGRAPHIE DE Parc national des Galápagos

Dryococelus australis, un insecte que l’on appelle parfois le « homard des arbres », est une sorte de miraculé des temps modernes. Pendant près de 80 ans, on a pensé cette espèce éteinte. Ce phasme géant (les mâles peuvent mesurer jusqu’à 15 cm de long) vivait sur l’île Lord Howe, en mer de Tasman, située entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Quand on ne le vit plus sur ce bout de terre émergé, le verdict fut prononcé en 1920 : espèce éteinte. Mais en 2001, une équipe de scientifiques décide de pousser l’investigation un peu plus loin. Ils partent à la recherche de l’insecte sur la Pyramide de Ball, une île particulièrement inhospitalière, située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de l’île de Lord Howe. Victoire ! L’insecte est là, sur ce caillou d’à peine 1 km de long pour 512 m de haut. L’espèce est donc officiellement redécouverte. Même si elle n’avait jamais vraiment disparu.

Ainsi s’explique souvent la réapparition d’espèces. Cela ne tient pas du miracle, même si les spécialistes appellent cela l’effet « Lazare », du nom de ce personnage de la Bible qui aurait été ressuscité par Jésus. La véritable explication est la suivante. D’une part, les espèces qui « réapparaissent » comptent souvent peu d’individus. D’autre part, leur disparition passagère s’explique aussi par un manque de moyens et de spécialistes.

Les scientifiques pensaient cet insecte, Dryococelus australis -surnommé le homard des arbres - disparu de la surface de la planète. Ils ont finalement retrouvé des individus de cette espèce en 2001. 

PHOTOGRAPHIE DE Peter Halasz, CC BY-SA 3.0

Face à cela , toutes les espèces ne naissent pas égales. « Moins l’espèce est charismatique, moins il y a de spécialistes - il y a en effet moins de personnes passionnées par les insectes que par les tigres. Donc il y a plus de chance qu’une espèce peu charismatique soit déclarée éteinte alors qu’il reste des individus sur la planète » explique David Roberts, biologiste à l’université du Kent, au Royaume-Uni.

Le long et rigoureux processus de classification de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) repose en effet sur des groupes de spécialistes qui font remonter des informations à cette institution ; 31 % des spécialistes qui collaborent avec l’UICN travaillent sur les mammifères, quand ils sont seulement 14 % à s’intéresser aux plantes. « Les invertébrés et les champignons comptent plus d’espèces que toutes les autres catégories réunies. Pourtant, seuls 8 % des spécialistes se penchent sur ces formes de vie » souligne encore Jon Paul Rodríguez, président de la Commission de survie des espèces de l’UICN.

Avec tout cela, il n'est pas étonnant que l’on ait pensé Epipogium aphyllum, une espèce rare d’orchidée, disparue du Royaume-Uni. Elle a été déclarée éteinte en 2009 par Plantlife, une ONG britannique, avant d’être « redécouverte » par un groupe de randonneurs.

Peu de spécialistes s'intéressent aux plantes, par rapport aux grands mammifères. Ainsi, cette espèce rare d’orchidée, Epipogium aphyllum, était présumée disparue de la surface du Royaume-Uni, avant d'être retrouvée par un groupe de randonneurs.

PHOTOGRAPHIE DE BerndH, CC BY-SA 3.0

À l’inverse, les espèces en danger les plus connues peuvent subir l’« effet Elvis ». Victime de sa popularité, Elvis Presley était aperçu partout, même là où il ne se trouvait pas vraiment. Le tigre de Java a souffert du même problème que le roi du rock. Il n’a plus été vu depuis le milieu des années 1970. En 2003, il a été classé dans la catégorie « espèce disparue » par l’UICN. Quand, en 2017, un ranger prend en photo un grand félin qui pourrait bien lui ressembler, l’espoir renaît.

« Mais un spécialiste a démontré qu’il s’agissait d’un léopard de Java, et non d’un tigre » explique David Roberts. Peut-être qu’il en sera de même pour la panthère nébuleuse de Taïwan, vue pour la dernière fois à la fin du 20e siècle et considérée comme éteinte sur l’île en 2013. Elle a été vue en 2019 à deux occasions distinctes par des gardes forestiers. « Les preuves semblent convaincantes, mais établir si le félin est vraiment vivant exigera des investigations plus poussées » souligne David Roberts.

L’enjeu est de taille. Trouver ne serait-ce qu’une ou deux panthères nébuleuses de Taïwan encore vivantes pourrait bien aider à éviter « l’effet Roméo », autre personnage utilisé par les taxonomistes pour vulgariser leur quotidien. Penser qu’une espèce est éteinte - ou bien qu'une amante est morte, comme dans l’exemple de Roméo et Juliette - n’est pas sans conséquence. « On ne fait ensuite plus rien pour la protéger » explique David Roberts « ce qui peut mener ensuite à sa réelle extinction si quelques individus survivaient. »

C’est ce qui a failli arriver au Dicée quadricolore, endémique de l’île de Cebu, aux Philippines - un oiseau que l’on pensait disparu au milieu du 20e siècle car il n’y avait quasiment plus de forêt sur l’île. Finalement, en 1992, une parcelle de bois a été découverte - et avec elle, le fameux oiseau. En 2020, il ne restait plus qu’une soixantaine d’individus. « Si nous n’avions pas pensé que le Dicée quadricolore de Cebu était éteint dans les années 1950, des efforts auraient pu être fait plus tôt. Il resterait donc beaucoup plus de forêts. Et donc, plus d’oiseaux de cette espèce aujourd’hui » assure Stuart Butchart, responsable scientifique au sein de l’ONG « Birdlife international ». C’est pourquoi l’UICN est particulièrement prudente. « Les espèces passent du temps dans la catégorie "en danger critique – potentiellement éteinte". Nous ne les déclarons éteintes qu’après de longues enquêtes » explique Jon Paul Rodríguez, qui travaille aussi sur le concept d’« espèces perdues », afin d’encourager les recherches.

La panthère nébuleuse de Taïwan, vue avec certitude pour la dernière fois à la fin du XXe siècle. Source de l'image : Proceedings of the Zoological Society of London 1862.

PHOTOGRAPHIE DE Joseph Wolf, Public domain, via Wikimedia Commons

Car pour beaucoup de spécialistes, connaissance est synonyme de protection. « Nous n’avons pas besoin de répertorier toutes les espèces sur Terre » nuance toutefois David Roberts. « Parfois nous tombons même dans l’écueil de nous comporter en "collectionneurs". Mais connaître les zones riches en biodiversité permet de mieux les protéger » explique-t-il.

Cette recherche vaut pour les espèces que l’on imagine disparues comme pour celles qui ne sont pas encore répertoriées. Autant dire qu’il reste du travail : près de 10 millions d’espèces nous seraient encore inconnues, soit 20 % de toutes celles qui peuplent la Terre.

Lire la suite

Vous aimerez aussi

Animaux
La mémoire du moustique déjoue tous les pronostics
Animaux
Dans ce refuge indien, les grands félins prospèrent
Animaux
Les animaux se métamorphosent avec le réchauffement climatique
Animaux
Le réchauffement climatique bouleverse la migration des oiseaux 
Animaux
Quelle place pour la chasse en France ?

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2021 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.