Cette espèce de félin vient d'être découverte... et affole déjà Internet

En septembre, des scientifiques ont révélé l’existence du tilcayo, une nouvelle espèce de félins sauvages. À la suite de quoi ils ont reçu des dons d’argent, des prix... et quelques appels étranges.

Publication 18 oct. 2026, 14:11 CEST
La découverte d’une nouvelle espèce de félins pour la première fois depuis cent ans a suscité ...

La découverte d’une nouvelle espèce de félins pour la première fois depuis cent ans a suscité un engouement mondial. Les scientifiques et les responsables du sanctuaire qui s’occupe de l’animal espèrent désormais que cet intérêt se traduira en avancées pour ce qui est de la protection de son environnement.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

La découverte d’une nouvelle espèce de félins pour la première fois depuis cent ans a suscité un engouement mondial. Les scientifiques et les responsables du sanctuaire qui s’occupe de l’animal espèrent désormais que cet intérêt se traduira en avancées pour ce qui est de la protection de son environnement.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

L’été dernier, Vicky Ossio a passé sept semaines sans savoir si le moindre des 1 200 animaux dont elle s’occupait allait survivre.

Elle est la cofondatrice de Senda Verde, un sanctuaire bolivien pour la faune situé à deux heures et demie de la capitale, La Paz. Senda Verde se trouve dans l’une des régions les plus durement touchées par les barrages routiers installés par l’opposition au gouvernement qui ont interrompu l’approvisionnement en carburant et en nourriture dans le pays cet été. Chaque semaine, elle a besoin de se procurer plus de 225 kilogrammes de viande pour nourrir tous les ours à lunettes (Tremarctos ornatus), tous les jaguars (Panthera onca) et les autres félins sauvages dont elle a la charge. « Je me réveillais, et la seule chose que je faisais toute la journée, c’était d’essayer de trouver de la nourriture », raconte-t-elle.

Miraculeusement, Senda Verde a survécu aux blocages en se procurant des fruits de saison auprès de voisins et en s’appuyant sur un cheptel de soixante poules pondeuses. Mais cette épreuve était encore bien présente dans l’esprit de Vicky Ossio lorsque la nouvelle est tombée le mois dernier : des scientifiques venaient de confirmer que l’un des félins sauvages du sanctuaire appartenait en fait à une nouvelle espèce, Leopardus tilcayo. Des analyses génétiques ont révélé que ce petit félin au pelage tacheté originaire de Bolivie avait divergé d’autres membres du complexe d’espèces des chats-tigres il y a 1,4 million d’années.

Voici le seul tilcayo connu. Il vit actuellement à Senda Verde, un sanctuaire pour la faune en ...

Voici le seul tilcayo connu. Il vit actuellement à Senda Verde, un sanctuaire pour la faune en Bolivie. Il est arrivé là vers 2017 après qu’une famille qui le gardait chez elle l’a confié au refuge. Sa célébrité soudaine a inspiré des citoyens, scientifiques de profession, à chercher davantage de membres de son espèce.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

Voici le seul tilcayo connu. Il vit actuellement à Senda Verde, un sanctuaire pour la faune en Bolivie. Il est arrivé là vers 2017 après qu’une famille qui le gardait chez elle l’a confié au refuge. Sa célébrité soudaine a inspiré des citoyens, scientifiques de profession, à chercher davantage de membres de son espèce.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

Dire que Vicky Ossio n’était pas préparée au raz-de-marée médiatique qu’allait générer cette découverte serait un euphémisme. Des journalistes du monde entier faisaient sonner son téléphone toutes les dix minutes, même lorsqu’elle traversait des régions reculées du pays. Peu après, on a informé Vicky Ossio que plus de 130 000 euros avaient été donnés au sanctuaire par le biais d’une campagne de dons de cryptomonnaie. « Vous n’avez pas idée de la paix d’esprit que ça nous a apportée », confie-t-elle. L’argent devrait garantir au sanctuaire de pouvoir subvenir aux besoins alimentaires de ses pensionnaires quoi qu’il arrive à l’avenir.

« Il est si difficile d’obtenir des fonds pour les petits félins », explique Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne et co-autrice principale de l’étude qui a décrit le tilcayo. « Mais aujourd’hui, on ne sait comment, nous avons fait exploser Internet avec un petit félin. » Près d’un mois après l’annonce de la découverte, cette attention extrême a fait émerger des perspectives encourageantes pour l’étude et la protection de cette nouvelle espèce de félins, ainsi que quelques conséquences étranges dues à cette célébrité soudaine et virale.

Après l’annonce de la découverte, Paola Nogales-Ascarrunz, qui est également exploratrice National Geographic, a enchaîné les entretiens pendant des heures, puis regardé avec stupéfaction les publications consacrées au tilcayo envahir ses fils sur Facebook, Instagram, TikTok et même LinkedIn. Des amis en Allemagne, en Pologne et en Inde l’ont tous contactée pour la féliciter. « Je n’en peux plus de voir mon visage », plaisante-t-elle.

Sauf qu’il ne s’agissait pas toujours du visage de Paola Nogales-Ascarrunz. Dans de nombreuses publications sur le tilcayo générées par l’IA, la chercheuse bolivienne dit avoir constaté que ses traits avaient une apparence plus caucasienne. « Ils m’ont rendue blanche et blonde », raconte-t-elle. Dans d’autres publications générées par l’IA, les seuls scientifiques montrés étaient des hommes qui n’existaient pas.

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Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne et exploratrice National Geographic qui a contribué à la découverte de cette ...

Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne et exploratrice National Geographic qui a contribué à la découverte de cette nouvelle espèce de félins, observe le tilcayo à Senda Verde.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne et exploratrice National Geographic qui a contribué à la découverte de cette nouvelle espèce de félins, observe le tilcayo à Senda Verde.

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À un moment donné, dans tout cet emballement médiatique, le site Internet du sanctuaire de Vicky Ossio aurait subi 137 tentatives de piratage toutes les dix minutes. Elle a également reçu des appels téléphoniques préoccupants. Quelqu’un, à Seattle, lui proposait d’acheter le tilcayo, raconte-t-elle. Un autre importun, cette fois-ci d’une région de Bolivie connue pour ses liens avec les producteurs de drogue, souhaitait que Vicky Ossio l’aide à établir si un félin aux traits semblables qu’il détenait était également un tilcayo. Aux yeux de Vicky Ossio, ces deux incidents soulèvent la question du mascotisme, phénomène par lequel la popularité soudaine d’animaux sauvages entraîne une hausse des tentatives de les retrouver dans leur milieu naturel, puis de les garder ou de les vendre comme animaux domestiques. « Nous ne voulons pas mettre les tilcayos en danger, cela va de soi », indique Vicky Ossio.

Heureusement, la plupart des suites de l’emballement médiatique autour du tilcayo ont été positives. Dans les semaines qui se sont écoulées depuis que le tilcayo est devenu viral, Paola Nogales-Ascarrunz a pris plaisir à découvrir les illustrations du félin réalisées par des fans du monde entier. Avec le co-auteur de son étude, Enzo Aliaga-Rossel, elle a également reçu un prix du gouverneur de La Paz. Mais l’un des développements les plus curieux ayant suivi cet engouement concerne le nom même du tilcayo.

Dans leur étude, les scientifiques ont donné au félin le nom « tilcayo », car c’est ainsi que certains habitants de la région s’y référaient quand on pensait encore qu’il s’agissait d’une autre espèce. Toutefois, en cherchant à savoir si le mot avait une quelconque signification, Paola Nogales-Ascarrunz a fait chou blanc, que ce soit en espagnol ou en quechua, langue autochtone parlée dans la région.

Cependant, elle est désormais en contact avec un linguiste qui pense que le mot pourrait venir d’une autre langue autochtone sud-américaine, l’Aymara. La traduction ? Til vient d’un mot qui signifie « petit » et cayo d’un autre qui signifie « patte » ou « pied ».

L’habitat du tilcayo est menacé par l’orpaillage illégal. Les défenseurs de l’environnement espèrent que l’attention portée ...

L’habitat du tilcayo est menacé par l’orpaillage illégal. Les défenseurs de l’environnement espèrent que l’attention portée à cette nouvelle espèce contribuera à sa protection.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

L’habitat du tilcayo est menacé par l’orpaillage illégal. Les défenseurs de l’environnement espèrent que l’attention portée à cette nouvelle espèce contribuera à sa protection.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

Selon elle, tout cela aurait du sens, car l’empreinte du tilcayo est plus petite que celle des ocelots (Leopardus pardalis) et des margays (Leopardus wiedii).

De la même façon, plusieurs citoyens ayant rejoint un programme de science participative ont commencé à envoyer des photos de petits spécimens de félins tachetés aux chercheurs, en se demandant s’ils n’avaient pas, eux aussi, découvert un tilcayo. Selon Paola Nogales-Ascarrunz, jusqu’à présent, il semblerait qu’il s’agisse pour la plupart de margays. Cet intérêt n’en est pas moins inspirant, ajoute-t-elle.

Parallèlement, la notoriété du tilcayo est également susceptible d’engendrer la pression politique nécessaire pour protéger les habitants et les animaux de la région des activités d’orpaillage illégales qui menacent une grande partie de la Bolivie. Ces opérations font remonter les sédiments des cours d’eau et utilisent le mercure comme un aimant pour extraire de minuscules paillettes d’or que le lavage à la batée ne permet pas d’obtenir. Une partie de ce mercure se déverse dans les cours d’eau et finit par contaminer les poissons et d’autres animaux. Les populations locales dépendent de ces animaux pour se nourrir, ce qui les expose à leur tour à un risque d’intoxication aux métaux lourds.

Selon Vicky Ossio, l’orpaillage illégal est fréquent dans la région et affecte la qualité de l’eau à proximité du sanctuaire.

Yolosa, localité située près du Sanctuaire pour animaux de Senda Verde, dans la région des Yungas, ...

Yolosa, localité située près du Sanctuaire pour animaux de Senda Verde, dans la région des Yungas, en Bolivie. Les communautés locales appellent depuis longtemps « tilcayo » la nouvelle espèce décrite, Leopardus tilcayo, sans savoir qu’il s’agissait d’une espèce encore inconnue de la science.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

Yolosa, localité située près du Sanctuaire pour animaux de Senda Verde, dans la région des Yungas, en Bolivie. Les communautés locales appellent depuis longtemps « tilcayo » la nouvelle espèce décrite, Leopardus tilcayo, sans savoir qu’il s’agissait d’une espèce encore inconnue de la science.

PHOTOGRAPHIE DE Fernando Faciole

« L’eau ressemblait à du lait chocolaté et c’était dû à l’activité minière », raconte Joel Sartore, explorateur National Geographic et photographe qui s’est rendu à Senda Verde pour filmer le tilcayo. « Trois jours plus tard, après l’intervention de la police pour les faire s’arrêter, l’eau était beaucoup plus claire. Pas cristalline, mais la différence sautait aux yeux. »

L’exploitation minière illégale a toujours été difficile à éradiquer. Mais aujourd’hui, les élus locaux, régionaux et nationaux sont tous désireux de protéger le tilcayo et la tendance pourrait être en train de commencer à s’inverser.

« Nous utilisons le tilcayo comme étendard dans l’espoir de débarrasser Coroico [la localité voisine] de l’activité minière », explique Vicky Ossio.

En ce qui la concerne, Paola Nogales-Ascarrunz espère que la notoriété internationale du félin permettra de trouver des financements plus facilement pour l’étape suivante : plus de science pour en savoir davantage sur le tilcayo et sur les façons de le protéger.

La Bolivie n’est pas réputée pour son équipe de football en Coupe du monde et n’a jamais remporté aucun des quatre grands concours internationaux de beauté, plaisante-t-elle, « mais en ce moment, pour ce qui est de la science et de la biodiversité, le monde entier parle de la Bolivie ».

Jason Bittel est explorateur National Geographic et auteur de Grizzled: Love Letters to 50 of North America’s Least Understood Animals.

Fernando Faciole est explorateur National Geographic, photographe spécialisé dans la conservation de la nature et biologiste. Il a reçu plusieurs prix dans le cadre de ses activités et vit à São Paulo, au Brésil.

La National Geographic Society, organisation à but non lucratif engagée pour la mise en valeur et la protection des merveilles de notre monde, a financé le travail de l’exploratrice Paola Nogales-Ascarrunz.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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