Une baleine grise observée dans l'Atlantique pour la première fois en 200 ans

Aucune baleine grise n'avait pas été vue dans les eaux de l'Atlantique depuis plus de deux siècles. Selon les scientifiques, cette découverte pourrait marquer le début du retour de ces mammifères marins qui étaient autrefois nombreux dans la région.

De Melanie Haiken
Publication 14 mars 2024, 18:43 CET
Une baleine grise femelle nage avec son petit dans les eaux de la Basse-Californie. Ces animaux ...

Une baleine grise femelle nage avec son petit dans les eaux de la Basse-Californie. Ces animaux ont disparu de l'Atlantique depuis la fin du 18e siècle, en grande partie à cause de la chasse à la baleine.

PHOTOGRAPHIE DE Hiroya Minakuchi, Minden Pictures

Des chercheurs ont aperçu une baleine gris alors qu’ils effectuaient des relevés aériens au-dessus des eaux du Massachusetts, sur la côte est des États-Unis. Une découverte particulièrement inattendue, l’espèce n’ayant pas été observée dans cette zone depuis plus de deux siècles.

Cette observation, qui a eu lieu le 1er mars, était si improbable que les scientifiques de l’Aquarium de Nouvelle-Angleterre ont d’abord pensé avoir vu une baleine du genre Eubalaena, qui est en danger critique d’extinction dans la région et est donc régulièrement contrôlée. En examinant de plus près les photographies prises lors de l’expédition, les scientifiques ont toutefois remarqué que l’animal présentait une couleur grise tachetée ainsi qu’une tête étroite et triangulaire.

« Je n’en croyais pas mes yeux. Je pensais savoir ce que c’était, mais je voulais avoir la confirmation d’un tiers afin de m’en assurer », confie Orla O’Brien, chercheuse associée au Anderson Cabot Center for Ocean Life de l’aquarium. O’Brien a ainsi montré les images à sa collègue Kate Laemmle, qui a été tout aussi surprise de lui confirmer qu’il s’agissait bien d’une baleine grise.

La baleine grise observée le 1er mars est probablement le même individu qui avait déjà été photographié au large de Miami en décembre 2023.

PHOTOGRAPHIE DE ORLA O’BRIEN/NEW ENGLAND AQUARIUM

L’étonnement des deux chercheuses est justifié : les baleines grises, qui étaient autrefois abondantes dans les eaux de l’Atlantique, avaient disparu de la région depuis la fin du 18e siècle. Éradiqués en grande partie à cause de la chasse à la baleine, ces imposants mammifères marins sont parvenus à rebondir grâce à de nouvelles lois mises en place pour leur protection, ce qui a permis aux États-Unis de les retirer de leur liste des espèces menacées en 1994.

Bien que plusieurs observations de baleines grises aient été signalées en dehors du Pacifique au cours des quinze dernières années, la plupart d’entre elles ont eu lieu dans la Méditerranée et au large de l’Afrique du Sud.

La seule autre observation d’une baleine grise dans l’océan Atlantique s’est produite en décembre 2023, lorsque des pêcheurs ont déclaré avoir vu un individu au large de Miami. La comparaison des photographies capturées à ce moment-là avec celles prises par les chercheurs début mars a permis de confirmer qu’il s’agissait du même individu, qui semble bien nourri et en bonne santé.

Presque immédiatement, plusieurs questions ont commencé à se poser : comment la baleine, dont on ne connaît pas encore le sexe, est-elle arrivée dans sur la côte Atlantique des États-Unis, si loin de sa route migratoire naturelle qui s’étend de la Basse-Californie et l’Alaska, dans le Pacifique ? Et plus important encore, cette observation pourrait-elle, après plusieurs siècles d’absence, annoncer le retour des baleines grises dans l’Atlantique ?

 

DU PACIFIQUE À L’ATLANTIQUE

La présence de la baleine grise de l’autre côté du continent américain s’explique par la fonte des glaces arctiques, qui lui a permis de franchir le passage du Nord-Ouest, qui relie les océans Atlantique et Pacifique en passant par le Canada.

Les baleines « remontent jusqu’à l’Arctique pour se nourrir et sont donc déjà assez proches de ces zones qui ne sont désormais plus bloquées par la glace, ce qui leur permet de passer », explique Joshua Stewart, professeur adjoint à l’Institut des mammifères marins de l’Université d’État de l’Oregon, qui n’était pas impliqué dans la découverte.

À terme, l’absence de glace n’est toutefois pas une bonne chose pour les baleines, car leurs proies, qui sont principalement de minuscules crustacés, sont en train de disparaître en raison d’une série d’effets liés au réchauffement des eaux.

Depuis 2019, cette chute significative dans les populations de leurs proies a tué entre 25 et 50 % des baleines grises vivant dans l’est du Pacifique, d’après les données de la NOAA, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique. Bon nombre de celles qui ont survécu se retrouvent sous-nourries, raison pour laquelle, selon Stewart, « cette baleine grise a simplement commencé à aller dans une autre direction pour chercher de la nourriture ».

En outre, lorsque l’été arctique touche à sa fin et que les baleines grises tentent de rentrer dans le Pacifique, le passage est à nouveau bloqué par la glace et elles n’ont plus nulle part où aller. C’est probablement ce qu’il s’est produit à l’automne 2023, forçant ainsi cet individu à se diriger vers le sud, dans la région de la Floride.

« Pour moi, cela n’a rien de positif », affirme Regina Guazzo, chercheuse pour le Whale Acoustic Reconnaissance Project au Naval Information Warfare Center Pacific de San Diego.

« La fonte des glaces aura un impact sur la chaîne alimentaire dont dépendent les baleines de l’Arctique, et l’eau douce supplémentaire pourrait perturber les modèles de circulation océanique à travers le monde. Cela pourrait avoir des répercussions considérables sur les conditions météorologiques, les températures et les sources de nourriture. »

 

DE RETOUR DANS L’ATLANTIQUE ?

Selon Stewart, « il est presque certain » que les baleines grises recoloniseront l’Atlantique, « mais il leur faudra pour cela s’adapter ».

En effet, pour survivre, les baleines devront non seulement trouver de nouvelles sources de nourriture, mais aussi établir une zone de reproduction et avoir une population suffisamment importante pour se reproduire.

« Ce sont des choses qui se produisent à l’échelle de l’évolution, sur des centaines, voire des milliers d’années. »

Pour illustrer le problème, Stewart rappelle l’histoire d’un autre groupe : les baleines grises du Pacifique occidental, qui migraient autrefois dans les eaux de la Russie, de la Corée, du Japon et de la Chine, mais qui ont été considérées comme éteintes dans les années 1970. La découverte d’une petite population de baleines au large de l’île russe de Sakhaline a fait naître l’espoir de leur retour dans les années 1990, mais depuis, la situation n’a guère évolué et ces baleines sont toujours moins d’une centaine.

« Ce n’est pas quelque chose que nous verrons de notre vivant, mais il est intéressant de voir aujourd’hui ce qui pourrait bien être les prémisses de leur retour », conclut Stewart.

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    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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