Une mystérieuse maladie neurologique affecte les panthères de Floride, déjà menacées

Déjà 37 panthères et lynx roux ont été touchés par une mystérieuse maladie...

Photographie De Carlton Ward Jr.
Publication 10 avr. 2021 à 11:45 CEST
Zoo Tampa, Floride : la vétérinaire Lauren Smith examine un bébé panthère, dont la mère est atteinte ...

Zoo Tampa, Floride : la vétérinaire Lauren Smith examine un bébé panthère, dont la mère est atteinte de ce mystérieux trouble neurologique récemment découvert. Le petit et ses frères et sœurs ont été jugés en bonne santé, mais leur mère ne s’est toujours pas rétablie.

Photographie de Carlton Ward Jr.

Autrefois présentes dans tout le sud-est des États-Unis, les panthères de Floride ont bien failli disparaître à cause de la généralisation de la chasse. Dans les années 1970, il en restait moins de trente. Bien que les populations de ces félins aient connu une augmentation significative ces dernières décennies, avoisinant les deux-cents individus, leur avenir reste incertain.

C’est la raison pour laquelle les scientifiques s’inquiètent quant à la survenue d’un nouveau trouble neurologique récemment découvert qui affecte les panthères de Floride (Puma concolor coryi) et les lynx roux (Lynx rufus). Il entraîne une faiblesse des membres, et dans les cas les plus graves, une paralysie partielle. Les animaux touchés par cette maladie souffrent de difficultés pour se déplacer, ce qui peut entraîner une famine et de fait, la mort. Cette maladie a été identifiée chez trois panthères mais on pense qu’elle a déjà touché au moins dix-neuf panthères et dix-huit lynx roux dans tout l’État depuis le printemps 2017.

Un petit panthère de Floride mâle lutte pour se relever après avoir perdu le contrôle de ses pattes arrière, symptôme probant de la maladie.

Photographie de Carlton Ward Jr.

La cause de la maladie n’est pas identifiée à ce jour, déclare Darrell Land, chef de l’équipe en charge des panthères à la Florida Fish and Wildlife Conservation Commission.

« On n’a pas encore de piste claire pour le moment. C’est un peu troublant, parce qu’on peut penser que si la réponse était simple, on l’aurait déjà. »

L’hypothèse la plus probable selon les scientifiques, c’est qu’une neurotoxine serait responsable de l’affection. Un agent pathogène comme un virus pourrait également en être la cause, mais cette piste est considérée comme moins probable. La maladie pourrait aussi être déclenchée par une combinaison de facteurs, notamment une carence nutritionnelle associée à une neurotoxine. Étant donné que le trouble a été détecté chez deux espèces de félins distinctes, il ne s’agit pas d’un trouble génétique qui s’est transmis d’un parent à sa progéniture.

Mme Des Muir, une opératrice, ramène une panthère mâle de Floride juvénile encore endormie auprès de son frère après qu’elle a passé une IRM à l’hôpital vétérinaire de l’université de Floride. Les IRM sont destinées à observer la moelle épinière et le cerveau des panthères dans lesquels des traces évidentes de la maladie peuvent être retrouvées.

Photographie de Carlton Ward Jr.

Selon les chercheurs, cette maladie caractérisée par des lésions au niveau des cellules nerveuses se déclare lorsque les panthères sont encore jeunes. Selon Mark Cunningham, elle ne s’aggrave pas avec le temps mais elle ne s’améliore pas non plus. Il est vétérinaire de la faune sauvage pour la Florida Wildlife and Conservation Commission (FWC). Dans certaines régions, la maladie affecte un pourcentage conséquent des jeunes panthères.

La FWC a placé l’étude de cette maladie au centre de ses priorités selon le vétérinaire. Un groupe d’organismes, de centres de recherche et même de simples citoyens, tels que des photographes équipés de pièges photographiques, s’affairent à trouver la cause de ce trouble.

Les panthères sont déjà victimes de nombreuses menaces, notamment les collisions avec les voitures, les combats mortels pour défendre un territoire restreint et le développement [difficile de leurs populations]. Si cette nouvelle maladie « tient ce rythme, il est très probable que l’on observe des conséquences dans la population », déplore M. Cunningham.

« Il s’agit vraiment d’un évènement sans précédent pour la faune sauvage, du moins chez les félins », ajoute-t-il.

 

UNE DÉCOUVERTE ALARMANTE

Début 2018, les photographes Ralph Arwood et Brian Hampton ont capturé des vidéos d’une panthère qui venait tout juste de donner naissance à trois petits à Corkscrew Swamp, une étendue de forêt de cyprès dans le nord de Naples aux États-Unis. Toutefois à la mi-mai, il était clair que quelque chose n’allait pas. Deux des petits, tous deux mâles, éprouvaient des difficultés à marcher et présentaient une faiblesse flagrante dans leurs pattes arrière. M. Arwood a alerté la FWC.

Quelques mois plus tard, Carlton Ward, Jr., photographe et explorateur pour National Geographic, a aperçu la mère alors qu’il allait vérifier l’installation de son piège photographique. C’était un véritable moment de bonheur, jusqu’à ce qu’il découvre l’un de ses petits, se traînant au sol pendant que sa mère l’attendait. « C’était terrible à voir », se lamente-t-il. « L’une des choses les plus tristes auxquelles j’ai assisté et où je me suis senti le plus démuni. »

Cette panthère de Floride femelle a été équipée d’un collier émetteur. Elle a été observée plus tard sur des caméras de surveillance accompagnée de deux petits qui présentaient de graves signes de la maladie. Inquiets pour la survie de ces animaux, ils ont été capturés et placés en captivité. Les petits ont survécu et vivent maintenant à la White Oak Conservation. Leur mère, qui souffrait de lésions irréversibles à cause de la maladie, a été euthanasiée. Les tissus de son cerveau et de sa moelle osseuse ont été étudiés afin de déterminer la cause de ce trouble.

Photographie de Carlton Ward Jr.

L’un des petits n'a plus été aperçu depuis et on le pense mort. L’autre avait été équipé d’un collier émetteur qui est tombé quelques mois plus tard. Personne ne sait ce qui est advenu de la jeune panthère, explique Mark Cunningham. Depuis cette première observation, il est possible que plusieurs cas de la maladie aient été détectés chez les panthères et le lynx roux de Corkscrew Swamp.

Une analyse rétrospective des pièges photographiques a révélé la présence potentielle d’un cas de l’affection à la Babcock Ranch Preserve en avril 2017. Il s’agirait du premier cas connu. La détection des cas probables consiste en l’observation des images issues des pièges photographiques qui montrent des animaux éprouvant des difficultés à marcher et dont la cause n’est pas connue. Le diagnostic officiel est compliqué puisqu’il implique un examen de la moelle osseuse des individus récemment décédés.

Sur les trois cas officiels découverts chez les panthères, l’un d’entre eux est une femelle qui a donné naissance à deux petits à l’été 2019 près de Immokalee. Elle a été aperçue sur les caméras présentant une forte faiblesse dans ses pattes arrière. Finalement, les trois félins ont été pris en charge par les des responsables de la faune sauvage de l’État car il semblait peu probable qu’ils survivent dans la nature. Les petits ont été placés en observation avec l’aide de chercheurs du Zoo Tampa et la mère a été transférée à l’école vétérinaire de l’université de Floride.

La femelle a subi divers examens, notamment une IRM, un bilan neurologique et des analyses sanguines. Les résultats obtenus n’ont pas pu expliquer sa condition. À ce stade, elle pouvait à peine marcher. L’équipe de vétérinaires a donc décidé de l’euthanasier. « La situation était très triste », déplore Jim Wellehan, vétérinaire à l’université de Floride qui a été témoin de son état. « On voudrait pouvoir faire le maximum pour aider. »

Heureusement, les petits ont survécu. Aujourd’hui adultes, ils vivent dans de vastes enclos à la White Oak Conservation au nord-est de la Floride.

 

DES AXONES MANQUANTS

Les nécropsies des félins atteints de cette maladie ont révélé que leur moelle épinière était gravement endommagée. Elle est criblée de trous aux endroits où les axones, c’est-à-dire la fibre nerveuse, devraient se trouver, explique Nicole Nemeth. C’est une vétérinaire pathologiste et elle travaille avec le groupe de recherche collaboratif Southeastern Cooperative Wildlife Disease Study. Elle fait partie d’un réseau de chercheurs de plus en plus étendu qui aide à l’analyse des échantillons des animaux touchés.

Selon Ian Duncan, neurologue à l’université du Wisconsin et qui a collaboré avec la FWC, il est probable qu’une toxine tue les axones. Il est expert des troubles affectant la gaine de myéline, cette couche graisseuse qui enveloppe les fibres nerveuses du système nerveux des mammifères. Au départ, on pensait que cette maladie provoquait une détérioration de cette gaine. Toutefois, les analyses des échantillons prélevés de la moelle épinières des panthères décédées ont révélé que ce n’était pas le cas.

Jusqu’à présent, les chercheurs ont examiné plusieurs corps des panthères ayant succombé à l’affection en quête de substances toxiques comme des rodenticides, des pesticides, des herbicides ou des métaux lourds. Ils n’ont rien découvert de probant pour le moment.

M. Duncan et d’autres scientifiques estiment que la présence d’un virus est une hypothèse peu probable. En effet, les félins ne présentaient pas de signes clairs d’inflammation comme cela devrait être le cas lors d’une infection. Les chercheurs commencent à se pencher sur l’hypothèse d’une neurotoxine produite naturellement par des algues ou bien un type de microbe présent dans leur habitat naturel.

Les félins en général, que ce soit les chats domestiques, les guépards ou les léopards, semblent plus sujets aux troubles neurologiques que les autres mammifères, explique Mme Nemeth.

 

UNE MENACE SUPPLÉMENTAIRE

« [Cette maladie], c’est une sorte de mystère à ce stade. On ne voudrait pas tirer la sonnette d’alarme trop vite mais [elle] pourrait impacter l’avancée vers le rétablissement [des populations] », déclare Dave Onorato, le biologiste en chef [du département chargé] des panthères du FWC.

Cette maladie pourrait impacter les populations de panthères, actuellement en pleine ascension. Ainsi, les félins doivent être déplacés dans un nouveau territoire afin de les isoler de ces nouvelles menaces grandissantes.

La vétérinaire Lara Cusack et le biologiste Mark Lotz prélèvent des échantillons sanguins d’un petit panthère de Floride à Corkscrew Swamp Sanctuary. Il a été aperçu montrant des signes de la mystérieuse affection sur des enregistrements des caméras de surveillance. Le jeune a subi un examen vétérinaire complet et a été relâché dans la nature.

Photographie de Carlton Ward Jr.

Les panthères doivent notamment rejoindre le nord, un déplacement possible uniquement si l’on préserve les corridors fauniques. En 2016, pour la première fois en quarante-trois ans, les chercheurs ont aperçu une femelle au nord du Caloosahatchee, un cours d’eau à proximité de Fort Myers.

Si de nombreux chercheurs sont optimistes pour le futur de ces félins, d’autres s’inquiètent. « L’avenir de ces panthères est remis en question », s’inquiète Deborah Jansen, une biologiste spécialisée dans les panthères et qui collabore avec le National Park Service. « Elles font face à des obstacles majeurs, en particulier ce trouble neurologique. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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