Voici pourquoi il ne faut pas manger de limaces (crues)

Au cas où il vous faudrait une raison, certains de ces gastropodes transportent des parasites capables d'infester le cerveau humain.

Publication 23 févr. 2021, 18:46 CET
Répandue à travers l'Europe, la limace Limax cinereoniger peut dégager une odeur fétide lorsqu'elle est écrasée, ...
Répandue à travers l'Europe, la limace Limax cinereoniger peut dégager une odeur fétide lorsqu'elle est écrasée, en fonction de son régime alimentaire.
Photographie de Premaphotos, Alamy

Sam Ballard avait 19 ans lorsque des amis lui ont lancé le défi d'avaler une limace lors d'une soirée. En quelques jours, l'adolescent australien a développé une forme rare de méningite, puis il est tombé dans un coma qui a duré plus d'un an. À son réveil, il était paralysé du cou jusqu'aux pieds.

Le coupable, selon les médecins, était un parasite transporté par la limace, Angiostrongylus cantonensis, capable de s'introduire dans le cerveau humain.

Ballard n'est pas le seul, ni même l'unique personne infectée à cause d'un défi : au moins trois autres cas de jeunes garçons ayant relevé le défi de manger une limace ou un escargot ont été signalés. Le parasite s'est depuis propagé dans de nouvelles régions du monde.

Originaire d'Asie, Angiostrongylus cantonensis est désormais présent en Afrique, en Australie, dans les Caraïbes et dans le sud des États-Unis. En 2017, l'épidémiologiste d'État d’Hawaï, Sarah Park, annonçait que l'île comptait environ 10 cas d'infection humaine au Angiostrongylus cantonensis par an.

Au Brésil, c'est une tentative ratée d'élevage d'escargots qui a probablement introduit ce parasite envahisseur de cerveau. À la fin des années 1980, des kits vendus pour élever des escargots géants africains ont popularisé l'élevage à domicile.

Cependant, il s'est avéré que les Brésiliens n'étaient pas de grands amateurs de cette friandise et lorsque cette industrie artisanale s'est effondrée, les escargots ont envahi l'environnement, suivis de près par le parasite Angiostrongylus cantonensis. En 2007, National Geographic signalait au Brésil deux cas de méningite causés par la consommation d'escargots géants africains infectés par le parasite.

Angiostrongylus cantonensis peut vivre dans diverses espèces hôtes d'escargots et de limaces qui ne montrent aucun signe apparent d'infection ; il est donc impossible de savoir si un animal transporte le parasite d'un simple coup d'œil.

« Les escargots hébergent un grand nombre de parasites, » indique Heather Stockdale Walden, parasitologiste à l'université de Floride qui a documenté la propagation de Angiostrongylus cantonensis dans le sud de la Floride. « Les parasites cherchent un hôte qui sera mangé et les escargots entrent au menu de nombreux animaux, notamment les oiseaux. »

Les vers sont parfois consommés accidentellement par des animaux domestiques ou d'autres animaux lorsqu'ils s'immiscent dans l'eau potable. En Floride, le parasite a circulé chez les chiens, les chevaux miniatures, les oiseaux et divers animaux sauvages, indique Walden. Le parasite serait également responsable de la mort d'un gibbon à mains blanches au Miami MetroZoo en 2004 ; et un orang-outan détenu par un particulier dans la région de Miami est mort après avoir ingéré des escargots infectés en 2012.

À mesure que Angiostrongylus cantonensis contamine de nouvelles régions du monde, nous n'aurons d'autre choix que de nous adapter, indiquent les experts, en arrêtant notamment de consommer des gastropodes crus, pour commencer.

 

PARCOURS DU VER

À l'origine, Angiostrongylus cantonensis est un parasite qui infecte les artères pulmonaires du rat. Les vers traversent ensuite les intestins du rat et sont évacués dans leurs déjections. Un escargot ou une limace consomme ensuite ces déjections et hérite de la larve, qui poursuit son développement dans un nouvel hôte au déplacement lent.

Pour se reproduire, le jeune parasite doit à nouveau s'introduire chez un rat, ce qui se produit généralement lorsque le rat ingère un escargot ou une limace infectés. Une fois le rat contaminé, le ver rejoint son cerveau pour arriver partiellement à maturité, puis dans les artères pulmonaires qui mènent du cœur aux poumons. C'est dans cet environnement improbable, battu par le flux du système sanguin, que le ver finit par s'accoupler.

Voilà pourquoi le pire est à craindre lorsqu'une personne avale une limace ou un escargot. Comme pour le rat, le ver ingéré se dirige vers le cerveau. Parfois, les vers sont capables de franchir la barrière protectrice du cerveau humain mais une fois à l'intérieur, ils ne peuvent plus en ressortir. Les parasites restent donc enfouis dans le cerveau et provoquent des dégâts physiques ainsi qu'une inflammation déclenchée par la réaction du système immunitaire.

En 1993 à La Nouvelle-Orléans, un garçon de 11 ans a été hospitalisé pour une migraine, une raideur de la nuque, des vomissements et une légère fièvre. « L'enfant a avoué qu'il avait avalé un escargot une semaine plus tôt dans la rue suite à un défi, » écrivaient à l'époque les chercheurs dans la revue New England Journal of Medicine. Il a fini par se rétablir sans avoir besoin de traitement.

Lorsque les vers meurent dans le cerveau, l'inflammation peut être encore plus intense, ce qui explique pourquoi les médecins traitent rarement l'infection à l'aide de médicaments visant à tuer les parasites. Ils préfèrent traiter les symptômes et laisser le système immunitaire faire son travail. Il est rare que les personnes infectées développent une méningite sévère, mais elle est souvent mortelle lorsqu'elle se produit.

 

COMMENT ÉVITER L'INFECTION ?

Vous l'aurez compris, avaler cru un escargot ou une limace est une mauvaise idée. Cela vaut également pour les grenouilles, les crabes ou les crevettes d'eau douce. Il est préférable de porter ces aliments à ébullition pendant au moins trois minutes ou de les cuire jusqu'à une température interne de 74 °C, comme pour le poulet, pendant au moins 15 secondes afin d'éliminer le moindre parasite.

Même s'il vous paraît évident de ne pas consommer volontairement des limaces, gardez à l'esprit qu'il peut être facile d'en ingérer de plus petites accidentellement, et il est possible que le parasite subsiste dans leurs traînées de bave.

« Se débarrasser des escargots, des limaces et des rats à proximité des maisons et des jardins devrait aider à réduire le risque, » indique Sue Montgomery, directrice de l'équipe d'épidémiologie du service des maladies parasitaires des CDC. « Les légumes doivent être soigneusement nettoyés s'ils sont consommés crus, et tout récipient contenant des boissons ou d'autres liquides doit être couvert de manière à tenir à distance les limaces ou les escargots. »

Au vu des cas survenus en Australie et à La Nouvelle-Orléans, il peut être judicieux d'apprendre à vos enfants à ne pas manger de petits animaux sauvages, même dans le cadre d'un « cap ou pas cap ».

Si cette maladie parasitaire vous semble une raison suffisante pour tuer les limaces qui ont grignoté vos plants de basilic, notez qu'il est crucial de ne pas laisser de limaces mortes dans les environs afin qu'elles ne soient pas à leur tour consommées par un rat, un animal domestique ou sauvage.

Quant aux habitants des régions nordiques, n'allez pas croire que ces parasites se cantonneront à jamais aux pays du sud : « Avec l'augmentation des températures induite par le réchauffement climatique et la progression des escargots vers le nord, ce n'est qu'une question de temps, » assure Walden.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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