L’histoire de la bible volée par le Tsar
Au 19e siècle, l’un des plus vieux manuscrits bibliques est retrouvé dans le monastère de Sainte-Catherine, en Égypte. Le savant qui le découvre l’apporte en Russie pour examen. Les moines égyptiens ne reverront jamais la relique.

Au 19e siècle et au début du 20e siècle, les premiers chasseurs de textes bibliques parcourent le Moyen-Orient. Leur destination favorite : l’Égypte, dont le climat sec est idéal pour la conservation des fragiles manuscrits. En 1844, l’un d’eux, l’Allemand Constantin von Tischendorf, entreprend le dangereux et long voyage à travers le désert égyptien du Sinaï, pour se rendre dans le monastère byzantin de Sainte-Catherine.
Il y découvre, selon ses mots, « les trésors bibliques les plus précieux de l’existence ». Il s’agit d’un codex, un texte manuscrit ancien, relié en cahiers. Baptisé aujourd’hui Codex Sinaiticus et daté du milieu du IVe siècle, c’est l’une des plus vieilles bibles chrétiennes jamais retrouvées.
Constantin von Tischendorf remarque quelques pages du codex dans un panier de vieux parchemins que les moines prévoyaient de brûler. Il récupère les pages, et demande la permission de rapporter tout le codex en Europe pour l’étudier. Mais les moines n’acceptent de se séparer que de dizaines de feuillets.
Le chercheur de Bibles retourne sur place en 1859, après avoir obtenu le patronage du tsar de Russie, Alexandre II, considéré comme le « défenseur et protecteur » de l’Église orthodoxe, à qui appartient le monastère de Sainte-Catherine. Tischendorf s’engage par écrit à restituer le codex une fois des copies effectuées, puis il l’apporte à son impérial patron, à Saint-Pétersbourg.
L’inestimable relique ne sera jamais restituée. Les moines finissent par « faire don » du codex, volontairement ou sous la pression du tsar. L’ancienne bible demeure à Saint-Pétersbourg jusqu’en 1933, lorsque le gouvernement de Joseph Staline la vend au British Museum.
Vers 1892, deux sœurs jumelles écossaises entreprennent un voyage identique dans le Sinaï. Elles y découvrent à leur tour un très vieux codex. Mais, plutôt que de l’emprunter, elles le photographient page par page. Ainsi, le monastère de Sainte-Catherine n’a pas tout perdu de son précieux patrimoine textuel.


