Archéologie

Quand l’Homme a-t-il commencé à enterrer ses morts ?

Les archéologues ont trouvé des traces d’inhumation au Proche-Orient, datant du Paléolithique. Mais ce n’est qu’au moment de la sédentarisation que les pratiques funéraires se sont réellement généralisées chez les Hommes.

De Julie Lacaze

Il y a environ 100 000 ans, Homo sapiens (l’homme moderne) et Homo Neanderthalensis (l’homme de Neandertal) enterraient déjà leurs morts. En témoignent les premières traces d’inhumation retrouvées par les archéologues au Proche-Orient (en Israël et en Égypte). La preuve qu’il s’agit bien d’actes funéraires volontaires ? Les corps ont été préservés des charognards. Les sédiments entourant certaines dépouilles attestent que la terre a été creusée, puis remblayée. Les défunts sont parfois recouverts d’une matière spécifique ou placés dans une position particulière, et il arrive qu’ils soient accompagnés d’objets.

 

L’AVÉNEMENT DES NÉCROPOLES

Les pratiques funéraires se sont complexifiées durant le Néolithique, qui commence environ 9 000 ans avant notre ère, quand Homo sapiens s’est sédentarisé. À cette époque, l’homme abandonne la chasse et la cueillette au profit de l’élevage et de l’agriculture. Ce changement radical de mode alimentaire implique l’établissement des premiers villages. En s’implantant durablement dans des régions, les hommes modernes peuvent alors conserver, dans des espaces dédiés, les restes de leurs défunts. Voire ériger des constructions monumentales en pierre ou en terre.

D’abord enterrées à l’intérieur ou à proximité des maisons, les dépouilles sont progressivement séparées des espaces de vie quotidienne. Les premières nécropoles naissent afin de les rassembler. Les pratiques funéraires se diversifient : les défunts sont enterrés seuls ou dans des fosses collectives, en pleine terre, dans des coffres en bois, en pierre, dans des grottes ou en pleine terre. Certaines populations ont même recours à la crémation.

 

LES TOMBES REFLÈTENT LE NIVEAU SOCIAL DU DÉFUNT

Vers 4 500 ans avant notre ère, on déposait fréquemment des vases sur les tombes, en hommage aux défunts. Mais, généralement, les dépôts funéraires, laissés sur les tombes ou sur les dépouilles, indiquent la place qu’occupe le défunt dans ces premières sociétés sédentarisées. Les hommes âgés sont accompagnés dans l’au-delà par des objets associés au monde sauvage : flèches, dents d’ours, de sanglier ou de cerf. Les femmes et les individus plus jeunes sont plutôt entourés d’objets de la vie quotidienne : meules à grains, outils, colliers de coquillages. Pour les personnages importants, nos ancêtres construisent des dolmens ou des cairns – des amas de pierres - comme ceux de Carnac, en Bretagne. Dans les pays où la pierre est moins accessible, les hommes préhistoriques construisent plutôt des tertres – des monticules de terre – pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres de long, comme ceux de la vallée de Boyne, en Irlande du Nord.

 

ENTERRER SES MORTS, UN MARQUEUR D'HUMANITÉ

À la fin du Néolithique, vers 3 300 av. J.-C., il n’est pas rare que 500 personnes soient inhumées dans la même fosse. Nos ancêtres viennent régulièrement réorganiser les ossements de ces tombes collectives : ils alignent les tibias ou empilent les crânes. Est-ce là le signe de l’émergence de pratiques religieuses ? Les archéologues peinent à le confirmer. Pour l’heure, rien ne semble indiquer qu’elles soient apparues si tôt dans notre histoire. Reste qu’enterrer ses morts est un marqueur essentiel de l’humanité.

 

Lire aussi Les enfants sacrifiés (extrait ici), dans le numéro 233 du magazine National Geographic, daté de février 2019.