L'intelligence artificielle peut-elle sauver l'un des plus beaux lacs du monde ?

Des algues toxiques envahissent le lac Atitlán. L'intelligence artificielle pourrait permettre de sauver ce lac endoréique du sud-ouest du Guatemala.Thursday, December 13, 2018

De Sarah Gibbens
Le lac Atitlán est une attraction touristique populaire et une ressource importante en eau douce pour la région.

Lorsque les premières algues sont apparues dans le lac Atitlán, au Guatemala, sa population de plus de 200 000 habitants était sous le choc, comme le raconte Africa Flores, chercheuse à l'Université de l'Alabama à Huntsville originaire du Guatemala.

Africa Flores s'emploie maintenant à ralentir la propagation des algues, qui couvraient plus de la moitié du lac en 2009 et continuent de menacer son écosystème.

Mme Flores est l’une des 11 personnes à avoir reçu une bourse National Geographic pour développer des programmes d’intelligence artificielle pour aider à préserver les environnements naturels ou la biodiversité. Leurs noms ont été révélés lors d'une cérémonie le 11 décembre dernier au siège de National Geographic à Washington. (Lire aussi : Comment devenir un explorateur National Geographic ?)

Normalement d'un bleu pittoresque, le lac était recouvert d’une fine pellicule d’algues vertes lors des premières observations du phénomène. Le lac Atitlán est une attraction touristique majeure au Guatemala et fournit de l’eau potable aux habitants de la région.

À son point le plus profond, le lac s’étend sur 298 mètres et, quand il n’est pas envahi par des algues, la vue est parfois si claire que les plaisanciers peuvent voir à plus de 15 mètres de profondeur.

Ces algues apparues soudainement, également appelées cyanobactéries, se développent facilement lorsque des substances telles que l'azote et le phosphore s'accumulent dans l'eau. Les écosystèmes d'eau douce du monde entier risquent risquent de voir des algues proliférer lorsque les activités humaines, telles que le ruissellement provenant des engrais utilisés dans l'agriculture et des eaux usées non traitées, pénètrent dans un plan d'eau.

« Maintenant, c'est très fréquent", explique Africa Flores des années après l'apparition des premières algues.

Bien que Mme Flores indique que cyanobactéries apparaissent chaque année, le plus important phénomène a été observé en 2009. Il était tellement visible que le satellite Terra de la NASA a capturé des images de cet épisode depuis l'espace.

Au Guatemala, Africa Flores et les parties prenantes locales ont décidé de cartographier les proliférations au cours des années suivantes, en développant une nouvelle intelligence artificielle qui aidera les autorités locales à mieux prévoir quand et où les algues autour du lac pourraient proliférer. Au Guatemala, il n’existait jusqu'alors aucune infrastructure technologique de ce type.

Elle espère que les nouvelles technologies pourront également aider les ONG locales et les groupes environnementaux à cibler les sources de contaminants favorisant la croissance des algues. Par exemple, ils savent que les eaux de ruissellement agricoles et les eaux usées non traitées favorisent leur prolifération, mais leur origine et leur intensité restent encore un mystère.

« Lorsque nous identifions les variables clefs qui contribuent à la formation et la prolifération d'algues, c'est un premier pas vers l'action », dit-elle.

Selon Flores, l'un des avantages d'utiliser l'intelligence artificielle au lieu de se reposer sur des moyens humains pour identifier la source de la floraison est que la collecte d'informations sera de fait moins chère, plus rapide et plus facile à partager.

D'autres bénéficiaires sont en train de développer des outils d'intelligence artificielle avec en tête d'autres objectifs de développement durable, notamment la surveillance des pratiques agricoles grandissantes en Afrique et la cartographie de barrages destructeurs et vieillissants.

D'autres boursiers utiliseront l'intelligence artificielle pour suivre l'évolution des populations animales en analysant rapidement les informations provenant d'enquêtes visuelles et de suivis acoustiques.

« L'ingéniosité humaine, en particulier lorsqu'elle est associée à la rapidité, à la puissance et à l'ampleur apportées par l'intelligence artificielle, est notre meilleure chance de créer un avenir meilleur pour notre planète », estime Lucas Joppa, responsable de la protection de l'environnement chez Microsoft, à propos des projets présentés dans un communiqué de presse.

Chaque subvention octroyée variait entre 45 000 et 200 000 dollars (entre 39 550 et 175 000 euros). Microsoft et la National Geographic Society ont octroyé un total de 1,2 million de dollars (1,05 million d'euros) aux boursiers.

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