Environnement

La volte-face des États-Unis sur le climat ne fera pas échouer les efforts internationaux

Les prix de plus en plus bas des énergies renouvelables et les mouvements citoyens ont changé la donne. Le retrait des États-Unis de l'accord de Paris décidé par Donald Trump n'y changera rien. Jeudi, 9 novembre

De Laura Parker, Craig Welch

Après des mois de sous-entendus et de petites phrases, Donald Trump a annoncé jeudi 1er juin son intention de retirer les États-Unis de l'accord de Paris sur le climat, accord international sur la réduction des émissions carbone. Il a par ailleurs annoncé sa volonté de négocier un nouvel accord sur le changement climatique qui serait « plus juste » pour les travailleurs américains.

La décision de Trump pourrait avoir une grande incidence sur la course contre la montre menée par les autres pays, qui pourraient être découragés et se détourner à leur tour de leur engagement. Les États-Unis renoncent par ailleurs à briguer la place de leader mondial dans les énergies renouvelables, laissant toute la place au volontarisme chinois en la matière.

18 mois ont passé depuis que l'accord de Paris a de manière historique été ratifié par 194 pays. Ces nations se sont par là-même engagées à maintenir la hausse des températures en-dessous des 2°C fatidiques et de limiter leurs émissions carbone. Mais d'après une étude dévoilée en mai, la transition écologique est déjà en ordre de marche grâce aux mouvements citoyens et au volontarisme des entreprises des trois pays les plus pollueurs, à savoir les États-Unis, la Chine et l'Inde.

« Notre analyse montre que la Chine et l'Inde dépassent déjà les objectifs qu'elles s'étaient fixé, » explique Niklas Höhne, climatologue néerlandais et fondateur du NewClimate Institute, une organisation de recherche scientifique. « Les effets positifs des actions engagées par la Chine et l'Inde ont des effets bien plus positifs que l'impact négatif des décisions environnementales américaines. »

Il est vrai que les efforts sont encore insuffisants. Le changement climatique a des effets plus rapides et plus graves que la communauté scientifique ne l'avait anticipé. Le retrait des États-Unis de l'accord de Paris ne devrait pas pour autant faire échouer la lutte contre le changement climatique.

 

1. LES ÉNERGIES SOLAIRE ET ÉOLIENNE SONT MOINS CHÈRES QUE LE CHARBON

Les énergies solaires et éoliennes sont de plus en plus compétitives et sont devenues moins chères que le charbon dans de nombreux pays. Aux États-Unis, la production d'électricité grâce au charbon a baissé de plus de moitié au cours des dix dernières années. L'économie d'énergie solaire a en revanche augmenté de plus de 5 000 % sur la même période, augmentant de moitié entre les seules années 2015 et 2016. En fait, les premiers 100 jours de l'administration Trump ont coïncidé avec le meilleur trimestre de l'éolien en huit ans.

Globalement, les combustibles fossiles dominent encore le marché énergétique. Mais le rythme s'accélère parce que la transition énergétique est maintenant déterminée par des intérêts économiques et non plus seulement politiques. Alors que Trump s'est engagé à rouvrir plus de 250 mines de charbon pour redonner du travail aux mineurs, plusieurs des entreprises possédant des mines de charbon ont décidé de se tourner vers des énergies propres.

Les régulations de l'ère Obama ne sont pas ici en cause. Les règles imposées par l'administration Obama pour délaisser les énergies fossiles au profit d'énergies renouvelables prévoyaient que les énergies renouvelables domineraient le margé énergétique d'ici 2028. Même sans ces dispositifs, la transition pourrait être faite avant 2029.

 

2. LES ENTREPRISES AMÉRICAINES SONT CONVAINCUES

Plusieurs des plus grandes entreprises américaines ont pressé Trump de rester dans l'accord de Paris. Parmi elles, Dupont, une société chimique, et General Motors, qui s'est engagé à ce que 100 % de l'électricité utilisée dans ses 350 usines à travers le monde soit produite par des énergies renouvelables d'ici 2050.

Apple et Google figurent parmi les 19 entreprises technologiques qui ont acheté une pleine page dans le New York Times pour afficher leur engagement et leurs inquiétudes. Mais les voix qui comptent le plus aux yeux du Président américain sont celles des entreprises du secteur des énergies fossiles. Plusieurs d'entre elles, comme Cloud Peak, une des plus importantes sociétés minières des États-Unis, et Big Oil qui possède ExxonMobil, Royal Dutch Shell, Chevron et BP ont aussi plaidé en faveur du maintien des États-Unis dans l'accord de Paris.

« Ce qui compte, c'est la réduction massive de l'électricité produite par les énergies fossiles » explique David Victor, professeur en relations internationales à l'Université de Californie et auteur de Global Warming Gridlock. « Les entreprises américaines ont toutes un programme de réduction progressive des émissions carbone. Plus de gaz naturel, moins de charbon, plus d'énergies renouvelables.»

 

3. LES ÉTATS ET LES VILLES PRENNENT LE RELAI

Pendant ce temps, les États et les villes des États-Unis ont pris la place laissée vacante par Washington. Dans les heures qui ont suivi la décision de Trump du retrait de l'Accord de Paris, les États de New York, de Californie et de Washington ont annoncé la formation de l'alliance climatique des États-Unis. Une coalition des États qui se sont engagés à respecter eux-mêmes les termes de l'accord de Paris.

29 États dépendent déjà des énergies renouvelables pour produire leur électricité. Parmi eux, le Massachusetts, le New Hampshire, le Minnesota et New York prévoient de réduire leurs émissions carbone de 80 % d'ici 2050.

La Californie affiche quant à elle les objectifs les plus ambitieux : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % au cours des 13 prochaines années. L'État veut montrer la voie et encourager les autres États à engager leur transition écologique qui passera notamment par un réseau de transports entièrement électrique. La Californie appelle à des investissements importants dans la construction de bâtiments éco-énergétiques. L'État atteint même d'autres objectifs climatiques quant à l'utilisation des terres, incitant les instances locales et régionales à réduire l'utilisation des véhicules.

Plus de deux douzaines de villes ont adopté des mesures qui vont encore plus loin. Elles se sont engagés à produire 100 % de leur électricité à partir d'énergies renouvelables dans les décennies à venir. Ce ne sont pas seulement les villes côtières démocrates, mais aussi les municipalités de l'intérieur, des endroits comme Hanovre, dans le New Hampshire et Moab, dans l'Utah. De même, les villes à travers le pays modernisent les stations de traitement de l'eau, élèvent des murs de protection contre les inondations et réécrivent les codes de construction urbaine qu'ils adaptent aux nouvelles conditions météorologiques.

« Ce qu'il se passe dans les gouvernements des États et des gouvernements locaux tient à deux ambitions : la réduction des émissions carbone et l'adaptation à la nouvelle donne climatique,» déclare John Holdren, ancien conseiller scientifique du président Obama. « Les deux axes sont absolument essentiels.»

4. UNE SITUATION ÉCONOMIQUE GLOBALE FAVORABLE

La baisse des prix des énergies renouvelables a considérablement amélioré les perspectives mondiales. Il y a deux ans à Paris, la Chine et l'Inde ont insisté sur le fait qu'ils étaient encore très dépendants du charbon. Cela est particulièrement vrai en Inde, où des millions des villages ruraux vivent toujours sans électricité.

Aujourd'hui, des régions entières de l'Inde aspirent à dépendre à 100 % des énergies renouvelables. Les nouveaux projets de l'Inde pour répondre aux besoins énergétiques futurs réduisent la dépendance du pays aux mines de charbon. La Chine, elle aussi, délaisse les installations de charbon. La consommation de charbon du pays a diminué pendant trois années consécutives. Dans les deux pays, selon l'équipe de Hohne, les changements adoptés semblent susceptibles de faire baisser significativement les émissions de gaz à effet de serre mondiales d'ici 2030, bien plus que ce qui avait été prévu lors de la COP21. « C'est vraiment une surprise,» dit Hohne.

 

5. MAIS LES ÉTATS-UNIS DOIVENT ALLER PLUS LOIN

De nombreux scientifiques reconnaissent que les objectifs fixés à Paris ne sont pas suffisants pour éviter les pires conséquences du changement climatique. Il n'y a d'ailleurs toujours pas de garantie que le monde atteindra ces objectifs conservateurs. Selon la communauté scientifique, pour y parvenir, il faudrait que les États-Unis agissent plus rapidement.

Même si Trump avait été en accord avec les décisions prises par Obama, les États-Unis auraient manqué à leur objectif de réduire les émissions de 26 à 28 % d'ici 2030. 

« Je pense que nous devons être honnêtes sur notre situation actuelle et sur la situation que nous voulons dans les années à venir, sans pour autant démoraliser les gens de bonne volonté, » déclare Kate Larsen, qui a travaillé comme conseillère en climatologie à la Maison Blanche d'Obama et est maintenant directrice de l'organisation de recherche Rhodium Group. « Il ne fait aucun doute que c'est la direction dans laquelle le pays et le monde doivent aller. Mais il sera difficile de compenser le terrain que nous avons perdu avec les changements de politique environnementale.»

Par ailleurs, tandis que de nombreux efforts se concentrent sur la production d'électricité, la dépendance aux énergies fossiles reste très forte dès qu'il s'agit du carburant utilisé pour les transports. Les navires, les camions, les avions et les voitures peuvent avoir besoin de solutions différentes et innovantes, mais Trump a réduit les budgets de recherche et développement des départements collaborant avec des entreprises non-américaines. Si la nation qui produit le plus d'automobiles au monde ne fait pas d'efforts, d'autres pays pourraient l'imiter.

Le retrait des États-Unis de l'accord sur le climat pourrait également signifier la perte de leadership du pays dans les nouveaux marchés, industries et surtout dans le commerce international et géopolitique, au profit de la Chine. Cela pourrait coûter plus cher aux États-Unis que l'Administration Trump ne l'avait pas anticipé.

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