Environnement

Un mois après les ouragans, les Antilles françaises ont évité le pire

Un mois après le passage des ouragans Irma et Maria, quel est le bilan sanitaire dans les Antilles françaises ? Jeudi, 9 novembre

De Julie Lacaze

En septembre, les ouragans Irma et Maria ont dévasté les Antilles françaises. Charles Aurouet, responsable du pôle eau, hygiène et assainissement (EHA) de la Croix-Rouge française, estime que la situation sanitaire est désormais sous contrôle. 

 

Dans quel état se trouve le réseau d’eau potable à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin ?

À Saint-Barthélemy, malgré les dégâts, la situation n’est pas dramatique : les infrastructures existantes étaient en bon état et les ouragans ont été moins violents.

Ça a été plus compliqué à Saint-Martin, où les constructions étaient vétustes. Mais aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée. Le réseau d’eau potable a été partiellement remis en service. Le plus problématique reste les connexions au niveau des habitations. Veolia a effectué des travaux sur l’usine de désalinisation existante, et a fait venir d’Espagne une station de désalinisation pouvant produire 30 000 litres d’eau par heure. Aujourd’hui, l’eau distribuée est considérée comme « sanitaire », c’est-à-dire qu’elle est non potable mais utilisable à des fins domestiques (hygiène corporelle, cuisine et nettoyage). L’Agence régionale de santé (ARS) doit procéder à des analyses pour qu’elle soit classée dans la catégorie « eau potable ». Pour l’heure, la distribution de bouteilles d’eau minérale continue.

 

Concrètement, comment votre équipe a-t-elle travaillé sur le terrain ?

À Saint-Martin, une douzaine de membres de notre équipe EHA (eau, hygiène et assainissement) se sont relayés ces dernières semaines. Nous avons installé des réservoirs de stockage, proches des conduites du réseau d’eau existant, pour qu’ils soient directement alimentés. Sur ces installations figurent des rampes de distribution d’eau comportant six robinets. Nous avons distribué des jerricans à la population, pour qu’elle puisse y collecter l’eau. Ce système fonctionne bien, sauf quand Veolia coupe son réseau pour effectuer des travaux de restauration. Les onze réservoirs doivent alors être alimentés par camion-citerne.
Par ailleurs, nous vérifions que l’eau est de bonne qualité, en mesurant à l’aide d’un colorimètre la concentration en chlore, et nous effectuons un suivi de la consommation, en nous assurant que la valeur seuil de 40 litres par jour est bien disponible pour chaque habitant. Nous procédons aussi à de petites réparations ou à des interventions de maintenance pour un fonctionnement optimal de nos réservoirs et de la distribution d’eau sanitaire. Enfin, nous effectuons un gros travail de coordination avec Veolia, la préfecture et l’établissement des eaux.

Comment les habitants de Saint-Martin se douchent-ils ou font-ils leurs besoins ?

Les gens continuent à utiliser leurs toilettes et leurs douches, mais le système d’assainissement a été fortement endommagé. Notamment les six stations de traitement des eaux usées de l’île, dont les capacités de traitement ne fonctionnent qu’à 30 %. Pour éviter que les eaux usées ne se déversent n’importe où, la collectivité territoriale et l’établissement des eaux de Saint-Martin les ont redirigées vers l’extérieur, en creusant des systèmes de canalisations à ciel ouvert. En parallèle, une évaluation technique a été menée par les équipes de la Croix-Rouge française et de Veolia, afin de proposer à la collectivité les travaux de réhabilitation et d’amélioration de ses stations de traitement.

 

Quels sont, aujourd’hui, les principaux risques sanitaires ?

Avec la présence de ces égouts en plein air, on aurait pu s’attendre à la propagation de certaines épidémies. Ça n’a pas été le cas. Le plus grand risque vient souvent du choléra, mais la souche n’est pas présente sur l’île. On observe aussi, ces derniers jours, un net recul des autres maladies liées à la contamination de l’eau, comme la diarrhée. Le plus gros risque vient en fin de compte des eaux stagnantes et des marigots, alimentés par les fortes précipitations faisant suite aux ouragans et propices au développement des moustiques. Ceux-ci sont les vecteurs de maladies graves, comme le virus Zika ou le paludisme. Reste également à surveiller la prolifération de nuisibles, essentiellement les rats, qui véhiculent notamment la gale.

Globalement, la Croix Rouge française et l’ARS travaillent sur la promotion de bonnes pratiques d’hygiène sur le terrain, pour éviter les contaminations féco-orales, en rappelant surtout de se laver les mains régulièrement. Nous diffusons aussi des messages de prévention sur la lutte anti-moustiques, comme le fait d’utiliser du répulsif ou de dormir sous des moustiquaires.

 

Quel est le bilan de votre intervention ?

Dans les Antilles françaises, les habitants bénéficiaient d’infrastructures correctes, contrairement à certains pays en développement, comme Haïti ou la Dominique. À part les moustiques, qui prolifèrent, aucune épidémie n’est survenue. Pour l’accès à l’eau potable, le réseau principal sera très vite rétabli à 100 %. Toutefois, il faudra plus de temps pour remettre en état les connexions et les branchements, qui restent fortement endommagés, chez les habitants.
La situation étant stabilisée, nous commençons à réfléchir à notre stratégie de sortie.

 

Dans National Geographic n° 217, un grand reportage aborde un enjeu sanitaire majeur, l'accès aux toilettes dans les pays en développement.