Environnement

Les coraux de la Grande Barrière de corail ne se reproduisent plus assez vite

Le changement climatique aggrave les vagues de chaleur océaniques, une réalité qui augmente les risques de blanchissement massif et met les jeunes coraux en péril.

De Sarah Gibbens
Les coraux Acropora de la Grande Barrière de corail se reproduisent en relâchant dans l'eau leur matériel de reproduction quand la lune est pleine.

Durant les journées les plus chaudes de l'été australien, juste après la pleine lune, la grande barrière de corail subit une sorte de tempête de neige sous-marine.

Le long de l'étendue de récifs, les coraux libèrent des millions d'œufs et de spermatozoïdes qui flottent à la surface de l'eau, se combinent pour former des gamètes. Ces gamètes vont se transformer en larves. Certaines vont flotter et s'établir sur le fond océanique à proximité, tandis que d'autres pourront être emportés par le courant.

Une nouvelle étude publiée mercredi dans Nature révèle que le réchauffement des eaux empêche les coraux de se reproduire en masse. En fait, à la suite d'un important épisode de blanchissement des coraux en 2017, la quantité de matériel de reproduction recueillie dans l'eau après une frayère massive avait diminué de 89 % dans la Grande barrière de corail en 2018. Les chercheurs estiment qu'il faudra entre cinq et dix ans pour que le corail se rétablisse complètement.

L'après-midi, la lumière se faufile dans le récif Lodestone, sur la Grande Barrière de corail.

Les recherches montrent qu'après des épisodes de blanchissement de masse, les récifs coralliens peinent à se rétablir. Cette baisse de la population juvénile frappe certains coraux plus durement que d’autres, ce qui signifie que la composition des récifs pourrait être radicalement modifiée par le changement climatique.

 

RECUEILLIR DES DONNÉES

Les coraux qui se reproduisent en libérant du matériel de reproduction dans l'eau sont appelés des diffuseurs. La plupart des espèces de coraux de la Grande Barrière de Corail se reproduit de cette manière, mais certaines, notamment un groupe d'espèces dites couveuses, se reproduisent en libérant des larves qui se déposent à proximité.

Pour déterminer quelles espèces de coraux adultes étaient les plus touchées, les chercheurs ont mené des enquêtes sous-marines en posant du ruban adhésif sur les fonds de récifs et en mesurant leur topographie. Pour échantillonner le nombre de larves, ils ont disposé des panneaux à travers la Grande Barrière de Corail dans les jours qui ont suivi une frayère massive.

« Nous avons mis en place un millier d'unités d'étude », déclare Terry Hughes, scientifique spécialiste des récifs coralliens à la James Cook University et chercheur principal de l'étude. « Entre la pointe nord et la pointe sud, il y a une distance de 2 900 kilomètres. »

Lors des recherches précédentes, les scientifiques avaient rassemblé des panels de cinquante à cent gamètes chacun. Cette année, dit-il, « les chiffres les plus courants étaient compris entre zéro et un. »

 

MOINS DE TEMPS DE RÉTABLISSEMENT

Les températures chaudes et la pollution poussent les coraux à expulser les algues qui vivent dans leurs tissus. Cette algue fournit de la nourriture à chaque polype de corail. Lorsque l'eau ne refroidit pas ou que la pollution ne se dissipe pas, les algues ne retournent pas dans les coraux, les laissant mourir de faim. Les épisodes météorologiques tels qu'El Niño peuvent transformer les eaux déjà chaudes en un environnement insupportable pour les coraux.

Le blanchissement des coraux a été enregistré pour la première fois au début des années 1980, mais la Grande Barrière de corail a connu quatre épisodes de blanchissement de masse qui ont dévasté d’énormes pans du récif. Le premier a eu lieu en 1998 et le second en 2002. De 2002 à 2016, les coraux ont pu récupérer ce qui avait été perdu à cause du blanchissement.

« Nous avons eu de la chance d'avoir un écart de quatorze ans entre les deuxième et troisième épisodes de blanchissement », a déclaré Hughes. « Mais malheureusement [les coraux] n'ont pas eu de répit depuis 2016. »

Les épisodes de blanchissement consécutifs de 2016 et 2017 ont dévasté la Grande Barrière de Corail, et une étude publiée par Hughes l'année dernière dans la revue Science suggère que l'on se rapproche dangereusement d'un réchauffement extrême.

« Cela revient à être frappé par une maladie grave tous les deux ans, ou à des intervalles trop courts pour pouvoir avoir le temps de récupérer » explique l'auteur de l'étude et biologiste marin Julia Baum.

 

UN FUTUR ROCHEUX

On estime que les coraux auront besoin de dix ans pour récupérer, à la condition évidemment qu'aucun autre événement de blanchissement de masse ne les frappe pendant cette période. Hughes estime quant à lui qu'il est peu probable que les coraux puissent se remettre dans un monde en plein réchauffement.

« Je suis raisonnablement convaincu que nous aurons toujours des récifs [à l'avenir] », a déclaré Hughes. « Mais nous observons déjà les changements qui se produisent avec un degré de réchauffement. Si nous allons à deux degrés ou plus, alors les récifs seront de plus en plus dégradés et méconnaissables. »

Certaines espèces de coraux en période de frayère, comme les coraux Acroporaont été plus touchées. La reproduction de cette espèce a diminué de 93 %. Les acropores ont la forme de grandes tables et soutiennent des milliers d'autres espèces.

« Nous avons toujours anticipé que le changement climatique modifierait la composition du corail », déclare Hughes. « Ce qui nous a surpris, c'est la vitesse à laquelle cela se produit aujourd'hui. La question n'est pas relayée à plus tard. C'est quelque chose que nous mesurons déjà. »

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