À quoi ressemble la vie dans le camp de base de l'Everest ?

Chaque année, une ville éphémère voit le jour au pied de la plus haute montagne du monde.

Tuesday, June 30, 2020,
De Freddie Wilkinson
Au pied du glacier du Khumbu, le camp de base de l'Everest est encerclé par certains ...

Au pied du glacier du Khumbu, le camp de base de l'Everest est encerclé par certains des sommets les plus légendaires que compte notre planète. Chaque année, des milliers de randonneurs marchent jusqu'au camp et arpentent divers circuits au Népal, sans toutefois se lancer dans l'ascension des montagnes.

Photographie de Freddie Wilkinson, National Geographic

Chaque printemps, des centaines d'alpinistes affluent du monde entier vers le mont Everest dans l'espoir de réussir l'ascension du plus haut sommet sur Terre. La grande majorité de leur séjour n'est cependant pas consacrée à l'escalade de la montagne. Non, la grande majorité de leur séjour est dédiée au repos, à l'acclimatation et à la préparation depuis les deux principaux camps de base de l'Everest, l'un sur le versant népalais et l'autre sur le versant opposé, au Tibet. La vie sur le campement s’apparente à un curieux mélange, entre vie de famille banale, défis logistiques et dilemmes mortels inattendus.

L'HISTOIRE DE DEUX CAMPS

Deux itinéraires principaux mènent au sommet de l'Everest, chacun avec son camp de base et l'expérience de campement qui lui est propre. L'arête nord, sur le versant tibétain, est plus facile d'accès car elle permet de rejoindre le camp en voiture. De nombreuses expéditions sur le versant nord s'effectuent au départ de Katmandou, au Népal, avant de traverser la frontière chinoise en voiture jusqu'à la montagne.

La route du col sud, quant à elle, est accessible depuis le Népal. S’il faut généralement compter une semaine de marche pour atteindre le pied de la montagne, les hélicoptères ont considérablement contribué à désenclaver ce versant de l'Everest.

Les deux camps sont nichés au cœur de deux immenses vallées glaciaires. Tandis qu'au nord, le camp de base tibétain se situe sous la moraine du glacier du Rongbuk, celui sur le versant népalais surplombe le glacier rocailleux du Khumbu.

UNE ÉPREUVE POUR LE CORPS

Si les deux camps sont perchés à environ 5 330 mètres d'altitude, ce n'est pas par hasard. Le corps humain commence à décliner entre 5 500 et 5 800 mètres d'altitude ; au-delà, vivre sur le long cours s’avère difficile. Autrement dit, mieux vaut ne pas tenter de planter sa tente à de plus hautes altitudes.

Un camp de base doté de toutes les commodités nécessaires offre aux alpinistes un port d'attache à partir duquel ils peuvent gravir la montagne, par à-coups de trois à cinq jours, pour ensuite revenir récupérer à une altitude plus respirable.

 

Le service de guides Climbing the Seven Summits installe une tente dôme dans le centre de la ville éphémère du camp de base de l'Everest.

Photographie de FREDDIE WILKINSON, NATIONAL GEOGRAPHIC

Avec un revêtement transparent, la tente de Climbing the Seven Summits offre l'une des vues les plus épiques sur les montagnes de l'Himalaya. Les clients guidés passeront la majeure partie de leur temps à se reposer et à s'acclimater au camp de base, à 17 500 pieds, pour se préparer à monter dans l'air, où le corps humain ne peut pas survivre pendant de longues périodes.

Photographie de MIKE HAMILL

LE SERVICE TRAITEUR

D'après le célèbre blogueur spécialiste de l'Everest Alan Arnette, le ministère du Tourisme népalais a délivré 375 permis d'escalade de l'Everest pour le printemps 2019. 144 alpinistes étrangers auraient établi leur quartier sur le versant nord. Il est toutefois interdit de se présenter directement au camp de base avec son permis d'escalade, d'y planter sa tente et de se lancer dans l'ascension de la montagne. Pour gravir le toit du monde, les étrangers doivent passer par une entreprise de logistique locale agréée, qui se charge de prévoir l'hébergement au camp de base, les repas et les installations sanitaires élémentaires.

Pour chaque alpiniste étranger, trois ou quatre travailleurs locaux vivent également au camp de base, qu’il s’agisse de guides sherpas qui sillonnent la montagne ou du personnel du camp de base (les cuisiniers, plongeurs, serveurs et chefs d'équipe) qui s’occupe des visiteurs.

Cette petite armée d'employés du secteur des services est constituée en grande partie de travailleurs népalais, bien que tous ne soient pas des Sherpas. Ils sont le moteur qui permet au camp de base de tourner.

 

QU'Y A-T-IL AU MENU CE SOIR ?

Ainsi que le dit la formule, « une armée avance avec l'estomac », et les troupes de l'Everest ne font pas exception. Les organisateurs d'expéditions redoublent d'efforts et investissent des ressources considérables afin d'offrir à leur clientèle la meilleure nourriture possible. La plupart des expéditions commerciales s'efforcent de proposer trois repas complets par jour, dotés des apports en protéines et glucides essentiels, et accompagnés d'un fruit ou de légumes. Si les denrées de base telles que le riz, les pâtes, les œufs, les fruits et les légumes en conserve ainsi que les galettes (connues sous le nom de chapati dans la région) constituent la majeure partie des ingrédients, un chef créatif saura faire varier les plaisirs. Les livraisons régulières de produits frais par yack, hélicoptère ou jeep sont également d'une aide précieuse.

Entre les repas, des boissons chaudes, des fruits secs, des barres chocolatées et l'éternelle boîte de Pringles contribuent à apaiser la faim.

Sous une autre tente, une cantine propose des plats népalais — principalement du thé et un ragoût traditionnel à base de riz et de lentilles bouillis — aux travailleurs locaux.

Pour le chef cuisinier Subash Magyar, la cuisine est le lieu où la magie opère. Riz, pâtes, œufs, fruits et légumes en conserve et galettes (appelées chapati dans la région) composent l'essentiel des trois repas par jour.

Photographie de Freddie Wilkinson, National Geographic

DES PROBLÈMES SEMBLABLES À CEUX DES VILLES

Les terrains de camping sont généralement occupés selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Certains organisateurs d'expédition avisés vont jusqu’à envoyer des représentants locaux plusieurs mois à l'avance afin d'obtenir les meilleures places. Avec plusieurs centaines de personnes agglutinées sur quelques kilomètres carrés, les coordinateurs des camps de base sont confrontés aux mêmes problèmes que les urbanistes des petites villes.

Au camp de base du glacier du Khumbu, sur le versant népalais, la commission du contrôle de la pollution de Sagarmatha veille au respect des normes sanitaires élémentaires. De l'autre côté de la montagne, dans le camp du glacier du Rongbuk, les autorités chinoises remplissent cette fonction. Des tentes dédiées aux sanitaires ont été installées de sorte que les excréments puissent être évacués au sein de tonneaux en plastique doublés de sacs poubelle pour être transportés plus bas dans la vallée et éliminés. De la même manière, les déchets sont collectés et retirés. Si ces mesures permettent de maintenir les camps modernes relativement propres, vous avez tôt fait de tomber sur d'énormes tas de détritus dès que vous vous aventurez hors des sentiers battus, vestiges d'expéditions anciennes remontant à une autre époque. Sur le versant népalais, des dispositions ont été prises afin d’éliminer progressivement toutes les ordures. En 2019, les autorités chinoises ont limité l'accès aux alpinistes et interdit aux touristes de se rendre dans le camp de base tibétain en vue de contenir la quantité de déchets.

Après une semaine de marche pour atteindre le camp de base situé sur le versant népalais, les visiteurs peuvent, une fois sur place, rester connectés au reste du globe grâce aux cartes Internet prépayées proposées par l'entreprise népalaise Everest Link. Selon le service choisi, les clients vivent plus ou moins « à la dure » et peuvent même profiter de conforts matériels proches de ceux du quotidien, tels que des douches chaudes, une tente dédiée au yoga et des séances de film avant de se coucher.

Photographie de Freddie Wilkinson, National Geographic

CAMPING DE LUXE

Comme dans n'importe quelle ville, certains « quartiers » valent mieux que d'autres. En effet, toutes les équipes qui se lancent à la conquête de l'Everest ne bénéficient pas des mêmes conditions d'hébergement. Qu’est-ce qui distingue un campement haut de gamme d’un campement économique ? Les agences les plus luxueuses proposent désormais des tentes immenses dotées de tous les conforts : électricité en continu grâce à des groupes électrogènes à essence, lits, douches chaudes, connexion wifi fiable, projecteurs pour les films du soir et jusqu'à des tentes dédiées à la pratique du yoga et à l'exercice physique. Mais ce confort matériel ne va pas sans un certain prix. Comptez plus de 90 000 euros pour les agences les plus chics, alors que les hébergements plus modestes coûtent entre 23 000 et 37 000 euros.

Si vous êtes à la recherche de boules à facettes et de soirées mémorables, revoyez toutefois votre destination. La majorité des équipes d'alpinistes préfèrent s'isoler et se coucher tôt, du moins jusqu'à ce qu'elles aient atteint le sommet.

Alors que la plupart des grimpeurs s'empressent de rentrer chez eux au terme de la saison, le personnel du camp de base continue de travailler pendant plusieurs semaines, démontant et transportant tous les équipements afin de les stocker en sécurité, plus bas dans la vallée. De nombreuses agences touristiques louent des espaces de rangement dans les villages voisins, évitant ainsi le long trajet jusqu'à Katmandou.

LES URGENCES DE L'EVEREST

Des médecins accompagnent un grand nombre d'expéditions. Outre ce personnel, les services médicaux demeurent limités des deux côtés de la montagne ; en cas de problème médical grave, il est impératif de partir immédiatement du camp de base et de descendre à plus faible altitude.

Au camp de base du glacier du Khumbu, les « urgences de l'Everest » de l'Association de sauvetage de l'Himalaya proposent des consultations sans rendez-vous. Les patients atteints de maux préoccupants, quant à eux, sont évacués par hélicoptère vers Katmandou le plus rapidement possible. Depuis le camp du glacier du Rongbuk, il faut compter quatre heures de route en 4x4 jusqu'à Tingrit, où sont assurés les soins médicaux de première nécessité.

ON AIME OU ON DÉTESTE

Le camp de base s'apparente à une sorte de purgatoire pour certains, un refuge temporaire où l'on doit patienter quatre à cinq semaines dans l'espoir de gravir l'Everest. Pour d'autres, c'est le nec plus ultra du camp de vacances, un lieu et une communauté comme il n'en existe nulle part ailleurs sur Terre. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit des deux points de départ pour qui souhaite monter sur le toit du monde.

NDLR : L'écrivain Freddie Wilkinson a réalisé ce reportage depuis le camp de base de l'Everest, au Népal, et dans la région environnante. La National Geographic Society a contribué au financement de cet article.
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