Chlordécone : l’empoisonnement des Antilles françaises

Presque la totalité des Guadeloupéens et Martiniquais sont contaminés par ce perturbateur endocrinien à très forte toxicité.

Plantation de bananes en Guadeloupe.
Plantation de bananes en Guadeloupe.
Photographie de CaptureLight / iStock

La culture de la banane est l'un des piliers économiques de la Martinique et de la Guadeloupe avec une production d’environ 270 000 tonnes par an. Source de revenus et d’emplois, le secteur est à préserver. Alors quand le charançon du bananier en provenance de l’Asie du sud-est a fait irruption dans les plantations, trouver une solution pour que ces coléoptères ne détruisent pas les récoltes est devenu l’objectif numéro 1 ; d’autant plus à une époque où plusieurs ouragans avaient ravagé les îles et favorisé sa prolifération. Pour cela, une solution aussi efficace que toxique a été trouvée : le chlordécone, déjà en vente depuis des années aux États-Unis.

Ce pesticide a vu son exploitation autorisée sur le territoire français entre 1972 et 1993. Pourtant son homologation avait déjà été rejetée dans les années 1960 en raison du danger que le produit représentait pour les animaux. Le produit a été déclaré comme cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1979 mais le gouvernement français n’a pas immédiatement suivi les recommandations internationales. Même interdit, l’exploitation du pesticide s’est poursuivi grâce aux différentes dérogations accordées par le ministère de l’agriculture.

Aujourd’hui le chlordécone est prohibé. On en sait plus sur sa toxicité et l'on considère que 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais ont été contaminés par le pesticide. Le dernier relevé fait état d’environ 18 000 hectares de cultures touchés, soit un quart de la surface agricole mais une nouvelle évaluation est encore en cours et le résultat pourrait être encore plus important.

Plusieurs plans de protection ont été mis en place pour limiter la contamination ; entre autres, un label pour les produits locaux pour assurer les consommateurs du risque zéro. De nombreux espaces de culture ont dû stopper toute exploitation à cause de la contamination des sols. Des zones de pêche ont également été interdites puisque le produit a fini par se déverser dans l’océan et les cours d’eau. Plusieurs sources d’eau ont été traitées ou fermées.

Concernant les effets du chlordécone sur l’organisme, ils sont nombreux : de forts impacts sur le système nerveux peuvent se faire ressentir. Chez les femmes, on observe de forts problèmes de fertilité et des naissances prématurées. Les hommes, eux, sont bien plus exposés au cancer de la prostate. La Martinique est aujourd'hui le territoire qui connait la plus forte proportion de ce cancer à travers le monde. De nombreux autres symptômes peuvent apparaître au niveau neurologique et allocutif. Les nourrissons rencontrent ainsi de nombreuses difficultés sur le plan du développement moteur et cognitif.

La situation est d’autant plus alarmante quand l’on sait que la molécule du pesticide peut survivre dans la nature pendant près de 700 ans.

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