La saison des allergies durera deux fois plus longtemps à la fin du siècle

Avec le réchauffement climatique, la période végétative de certaines plantes productrices de pollen va s’allonger et la saison des pollens durer deux fois plus longtemps d’ici à 2100, selon une étude qui vient de paraître.

De Connie Chang
Publication 16 mars 2022, 17:29 CET
Pollen 1

En Italie, un aulne libère du pollen. Le changement climatique rallonge déjà la saison des pollens au grand dam des allergique, et cela ne va pas s’arranger. En effet, selon des chercheurs, celle-ci durera deux fois plus longtemps à la fin du siècle.

PHOTOGRAPHIE DE FLPA, Alamy Stock Photo

Pour des millions de personnes à travers le monde, le printemps, ses arbres et ses plantes en fleurs qui libèrent quantité de pollen, sont synonymes de saison des allergies. Et à cause du changement climatique, celle-ci va s’aggraver. En effet, le réchauffement planétaire allonge la période végétative des plantes et donc les risques allergiques pour la santé des humains.

Selon une étude parue mardi dans la revue Nature Communications, la quantité de pollen produite durant la saison de floraison pourrait augmenter de 40 % d’ici à 2100. Il est donc urgent de mieux comprendre les facteurs à l’origine de cette augmentation. Bien que les sécheresses et la chaleur nuisent aux forêts et aux prairies, certains herbages, certaines mauvaises herbes et certains arbres produisant du pollen allergène apprécient les températures toujours plus élevées et les fortes concentrations de de dioxyde de carbone. Grâce à celles-ci, ces plantes s’épanouissent davantage et donnent plus de feuilles.

Selon une autre étude s’étant penchée sur les tendances polliniques historiques, en Amérique du Nord, la saison du pollen arrive en moyenne 20 jours plus tôt et dure huit jours de plus qu’il y a 30 ans, et 20 % de pollen en plus est produit.

Mais la nouvelle étude va plus loin et nous donne un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la saison du pollen à la fin du siècle : celle-ci débuterait jusqu’à 40 jours plus tôt, se terminerait 19 jours plus tard et donnerait lieu à une augmentation de 40 % de la production de pollen.

« Le pollen a un impact immense sur la santé publique », déclare Allison Steiner, spécialiste de l’atmosphère de l’Université du Michigan à l’origine de l’article de recherche. « Tant de personnes sont affectées par les allergies saisonnières, et les modèles prédictifs pour le pollen ne sont vraiment pas optimaux. »

Un pré bavarois ayant tout l’air d’une usine à pollen. La hausse des températures due au changement climatique n’est pas pour déplaire aux plantes productrices de pollen, bien au contraire.

PHOTOGRAPHIE DE Armin Weigel, picture alliance, Getty Images

ÉLARGIR LES PERSPECTIVES

Pour pallier cette lacune, Allison Steiner et son équipe ont modélisé, grâce à des données historiques, la production de pollen de 15 des taxons allergènes les plus répandus selon des paramètres comme la température et les précipitations. Ces modèles prennent également en compte l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et les variations dans la distribution des plantes au fil du temps. L’expansion des pâturages ou des arbres peut par exemple se faire au détriment des ambroisies, allergène important dont 80 % des spécimens devraient disparaître dans l’est des États-Unis selon ce scénario.

« Notre simulation s’intéresse à la production de pollen de jour en jour, explique Allison Steiner. Et vous pouvez voir la progression, cela commence dans le sud-est, et puis, à mesure que les températures augmentent, la ligne de production du pollen se déplace vers le nord. »

Bien que l’on s’attende à ce qu’un nombre conséquent de plantes productrices de pollen s’épanouissent dans un environnement chaud et riche en dioxyde de carbone, certains arbres comme le bouleau, célèbre pour son pollen, ne s’en sortiront pas aussi bien ; un effet que l’étude saisit bien.

Grâce ces modèles, Allison Steiner et ses collègues ont ensuite comparé la quantité de pollen libérée aux États-Unis contigus entre 1995 et 2014 à celle prédite par deux scénarios climatiques couvrant la période 2081-2100 : un scénario modéré en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES) ; et un autre plus extrême, gourmand en énergies fossiles. Ceux-ci mèneraient respectivement à des augmentations de 2 à 3°C et de 4 à 6°C. Dans le scénario le plus désespéré, où les concentrations de dioxyde de carbone atteindraient plus de 2,5 fois leur niveau actuel, la saison des pollens est prolongée, plus intense et dépasse de deux fois les tendances de ces 30 dernières années.

Mais selon William Anderegg, maître de conférences de l’Université d’Utah n’ayant pas pris part aux recherches, l’avenir prédit par le scénario modéré est peut-être encore plus digne d’intérêt. « En substance, les effets du pollen décroissent de moitié par comparaison avec le scénario à émissions élevées, donc les chercheurs montrent vraiment bien comment le fait de s’attaquer au changement climatique comporte des bénéfices cruciaux pour notre santé respiratoire », indique ce spécialiste des effets du changement climatique sur les écosystèmes forestiers.

L’ambroisie, responsable d’allergies graves chez certaines personnes, est devenue invasive dans certains coins du Land de Brandebourg, en Allemagne. On l’arrache à la main pour empêcher sa propagation.

PHOTOGRAPHIE DE Patrick Pleul, picture alliance, Getty Images

LES EFFETS SUR NOTRE SANTÉ

La nouvelle étude correspond à ce que l’allergologue John James a eu l’occasion d’observer aux premières loges. Quand il a emménagé dans le Colorado il y a 25 ans, la saison des allergies se cantonnait de mars à avril. Mais depuis, cette tendance a évolué. « J’ai vu les patients arriver de plus en plus tôt et me demander : "Pourquoi mes symptômes durent aussi longtemps ? Ça ne s’arrêtera donc jamais ?" », raconte John James, qui propose des consultations à la Fondation américaine de l’asthme et des allergies.

De nombreuses études le montrent désormais, ces saisons des pollens de plus en plus virulentes constituent une menace pour la santé publique, et ce dans le monde entier. Les étudiants allergiques ont de moins bonnes notes que leurs camarades ; la productivité des adultes au travail pâtit lorsqu’ils ont le rhume des foins. De plus, on a établi que les journées où les concentrations de pollen sont les plus fortes, les services d'urgences voient affluer en nombre des patients asthmatiques. Et c’est sans parler du coût financier pour le système de santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’ici à 2050, la moitié de la population mondiale aura contracté au moins un trouble allergique. Actuellement, 10 à 30 % des adultes et jusqu’à 40 % des enfants en sont atteints. Cette augmentation n’est pas uniquement due à la concentration toujours plus élevée des pollens, mais aussi aux nombreuses façons qu’ont certains produits chimiques polluants d’interagir avec ceux-ci.

Les substances polluantes détruisent la paroi cellulaire du pollen, elles « cassent les grains de pollens, qui sont relativement gros, en particules mesurant moins d’un micron pouvant s’enfoncer plus avant dans les poumons et s’avérer plus dangereuses pour les patients », explique Isabella Annesi-Maesano, professeure d’épidémiologie environnementale de l’Université de Montpellier. D’ailleurs, les polluants peuvent rendre le pollen davantage capable de susciter une réaction allergique. Des études réalisées en laboratoire montrent qu’une augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère entraîne la production d’un pollen contenant davantage de protéines allergènes, et donc l’apparition d’anticorps provoquant une réaction allergique.

 

QUE FAUT-IL FAIRE ?

Selon Allison Steiner, cette nouvelle étude « constitue un premier pas vers le développement de meilleurs instruments pour comprendre comment le pollen pourrait évoluer à l’avenir et aider les gens à mieux se prémunir face aux effets que cela a sur leur santé. » Mais des défis subsistent, et il reste du pain sur la planche, les données sont encore éparses. Et puis, le suivi du pollen est une tâche laborieuse qui requiert bien souvent une personne formée pour compter manuellement les grains de pollen et les identifier.

« Nous mesurons et surveillons bien moins le pollen que la plupart des autres polluants atmosphériques, alors que nous avons besoin de ces données pour établir les tendances polliniques à long terme », se lamente William Anderegg. Mais il y a tout de même une bonne nouvelle : il y a peut-être des solutions à l’horizon. Plusieurs entreprises travaillent sur des techniques d’intelligence artificielle pour automatiser le décompte et le rendre plus efficace. En outre, grâce à ces recherches, nous pourrions voir apparaître à l’avenir des projections polliniques hebdomadaires semblables à la météo de l’air que nous avons actuellement.

Selon William Anderegg, cela pourrait « étoffer les capacités locales et régionales pour faire face aux changements polliniques et minimiser leur nocivité pour la santé des gens. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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