Environnement

Le lac d'Ourmia, joyau terni de l'Iran

Autrefois le paradis des oiseaux et des baigneurs, la jetée du lac d'Ourmia ne mène désormais nulle part. Qu'est-il arrivé à ce joyau de l'Iran ?

De Kenneth R. Weiss
Photographie De Newsha Tavakolian

Vénéré et surnommé « le solitaire turquoise de l'Azerbaijan » par les Azéris, le lac d'Ourmia était le deuxième plus grand lac salé du Moyen-Orient, juste derrière la mer Caspienne. Un véritable paradis pour les oiseaux et les baigneurs. Mais depuis le début des années 1970, sous l'action de la Nature et l'Homme, ce joyau situé dans le nord ouest de l'Iran s'est rétréci. Au cours des 30 dernières années, le lac a perdu 80 % de sa superficie. Les flamants roses qui se nourrissaient des artémies de cette réserve de biosphère de l'UNESCO désertent les lieux, tout comme les pélicans, les aigrettes et les canards. Même les touristes qui affluaient pour les eaux chaudes et hypersalines thérapeutiques du lac d'Ourmia se tiennent désormais à l'écart.

De ce passé glorieux, il ne reste plus que les jetées qui ne mènent à nulle part, les épaves de bateaux rouillées à moitié ensevelies dans la vase et les paysages blancs et stériles des salins. La poussière de sel qui provient du lit du lac est transportée par les vents, recouvre les champs et les rend petit à petit infertiles. Des tempêtes de poussière nocives mêlées de sel vont jusqu'à irriter les yeux, la peau et les poumons des Iraniens de Tabriz, une ville de 1,5 million d'habitants située à environ 95 km du lac. Ces dernières années, les sublimes eaux turquoises d'Ourmia se sont tachetées de rouge sang. En cause, la présence d'algues et de bactéries qui prolifèrent dans ces eaux huit fois plus salées que l'océan et qui changent de couleur une fois que la lumière du jour traverse les hauts-fonds.

UN DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE

Qu'est-il arrivé à ce joyau de l'Iran ? Des scientifiques estiment qu'avec le changement climatique, les sécheresses sont devenues plus nombreuses et les étés plus chauds, ce qui a accéléré l'évaporation du lac. Mais ce n'est là qu'une partie de l'explication. Des experts en hydrologie et des ingénieurs estiment que le lac de cette région semi-aride pâtit des milliers de puits creusés illégalement et de la multiplication des barrages et projets d'irrigation. Ces derniers dévient l'eau de ses affluents pour irriguer et faire pousser des pommes, du blé et des tournesols. Les experts ont tiré la sonnette d'alarme auprès du gouvernement iranien pour que celui-ci agisse avant que le lac d'Ourmia ne « souffre du syndrome de la mer d'Aral », une affection causée par la surexploitation des eaux qui a condamné ce lac d' Asie centrale.

Il semblerait que Téhéran ait entendu les avertissements des scientifiques. Le président iranien Hassan Rouhani s'est engagé à dépenser quatre millions d'euros pour remplir à nouveau Ourmia en ouvrant plus les barrages, en améliorant les systèmes d'irrigation et en privilégiant les cultures moins gourmandes en eau au détriment de celles qui nécessite cette ressource en abondance. Mais il semblerait que le lac ne soit pas le seul à souffrir de la sécheresse. Certains financements sont à sec, ce qui repousse l'avancement du projet et a conduit au dépôt de pétitions auprès du guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, dans l'espoir de renouveler les efforts ou d'obtenir le soutien de la communauté internationale. Le Programme des Nations Unies pour le développement travaille avec des agricultureurs pour mettre au point des pratiques plus économes en eau. Malgré une relation tendue entre les États-Unis et l'Iran depuis plusieurs décennies, les deux pays ont autorisé des échanges scientifiques afin de trouver des solutions pour remplir à nouveau deux lacs similaires en termes de taille et de configuration : le lac d'Ourmia et le Grand Lac Salé, situé dans l'Utah, aux États-Unis.

En 2016, lors d'une réunion sponsorisée par la National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine qui s'est tenue à Irvine, en Californie, des scientifiques américains et iraniens ont discuté des difficultés de l'Iran et de l'ouest des États-Unis face aux sécheresses qui perdurent plusieurs années et à la demande toujours plus importante en eau de leur population croissante et de l'agriculture.

Les responsables politiques se dédouanent de toute responsabilité, préférant accuser le changement climatique ou les caprices de la Nature. Amir AghaKouchak, professeur d'ingénierie à l'Université de Californie à Irvine, est né et est allé à l'école en Iran avant d'immigrer en Californie. Pour lui, les deux régions ont souffert d'importantes sécheresses par le passé. La seule différence concerne la demande humaine en eau, notamment lorsque celle-ci dépasse le niveau d'eau disponible et renouvelable. « Si une telle sécheresse se reproduit à l'avenir, les conséquences seront encore plus graves », a-t-il déclaré.