Environnement

Le parc des séquoias géants menacé par le réchauffement climatique

Dans le parc national américain, la hausse des températures menace les arbres géants, pour certains trois fois millénaires.

De Corinne Soulay
Le houppier des séquoias abrite des insectes, des oiseaux, des rongeurs. C'est aussi là que se concentrent les nouveaux feuillages, sensibles à la sécheresse.

On les pensait indestructibles. Les mythiques séquoias géants du parc national des Séquoias avaient résisté depuis des siècles (3 200 ans pour les plus vieux) à toutes les agressions. Hivers rigoureux, incendies, foudre… Mais, aujourd’hui, ces super-héros à l’écorce rouge sont menacés.

Depuis 2014, les biologistes s’inquiètent des sécheresses à répétition, conséquence du réchauffement climatique, et traquent les moindres signes de stress. Régulièrement, ils enfilent leur panoplie d’escalade et montent à la cime de ces arbres, hauts comme des immeubles de trente étages. C’est au sommet, là où il y a le plus de lumière, que se concentre l’activité physiologique du végétal et que se développent les nouveaux feuillages. Les scientifiques y placent des capteurs d’humidité et effectuent des prélèvements.

« Il y a quatre ans, nous avons repéré un phénomène inédit, explique le biologiste Nathan Stephenson, qui dirige le Centre de recherche écologique sur l’Ouest américain (WERC), basé dans le parc. Les feuilles étaient recouvertes de taches brunes, signe de dépérissement. C’est une façon intelligente pour les séquoias de répondre à la sécheresse : pour économiser l’eau et survivre, ils ont sacrifié certaines feuilles. »

Depuis, le phénomène ne s’est pas reproduit. Mais une autre observation préoccupe les chercheurs. Lors des dernières années, toujours à cause des canicules, une quinzaine de spécimens se sont écroulés, morts de soif. Les scientifiques ont beau plonger dans les archives du parc, protégé depuis 1890, aucune catastrophe comparable ne s’était jamais produite.

Même les exploitants qui en voulaient à leur bois, au XIXe siècle, n’avaient pas pu vaincre ces mastodontes. Ils avaient renoncé face au travail titanesque que constituait l’abattage. Pour comprendre, il suffit de jeter un oeil aux mensurations de General Sherman, considéré comme l’organisme vivant le plus volumineux de la planète : 83,8 m de hauteur, pour un tronc de 10 m de diamètre en moyenne et des branches pouvant atteindre 2 m de diamètre.

Le parc abrite des séquoias haut de plus de 80 m, soit l'équivalent d'un bâtiment de trente étages. Certains spécimens ont plus de 3 000 ans

Mais, avec le réchauffement climatique, la résistance exceptionnelle des géants est mise à mal. Si le rythme des émissions de gaz à effet de serre ne ralentit pas, les épisodes de sécheresse devraient se multiplier… et l’hécatombe s’intensifier. Un seul de ces grands arbres constitue un écosystème en soi. De nombreux insectes élisent domicile dans son tronc et son feuillage, mais aussi des oiseaux, comme le merle d’Amérique, des chauves-souris, ou encore le tamia (cousin des écureuils).

Au sol, son ombre favorise le développement de plantes, comme la rose Rosa bridgesii ou la chimaphile de Menzies, une fleur sauvage dont le centre évoque un petit pois. D’autres espèces préfèrent les hauteurs de son houppier (la couronne de feuilles du sommet), tels le papillon Nemoria darwiniata ou le grand polatouche, un écureuil doté d’une membrane de peau entre les pattes antérieures et postérieures, ce qui lui permet de planer d’une branche à l’autre.

C’est donc urgent : il faut sauver General Sherman… et ses semblables. Mais comment préserver ce patrimoine millénaire ? David Milarch, à la tête de l’association Archangel Ancient Tree Archive, dans le Michigan, propose une solution qui dépasse les frontières du parc national des Séquoias et de la Californie. Depuis 1996, Milarch, persuadé que les arbres géants sont dotés d’un patrimoine génétique extraordinaire qui leur confère cette incroyable résistance, traque les spécimens exceptionnels et prélève des échantillons « pour constituer une sorte d’arche de Noé ». « Nous choisissons des arbres âgés d’entre 3 000 à 3 500 ans, et dont le diamètre du tronc est d’au moins 9 m, explique-t-il.

L’idée est d’archiver leur code génétique, de les cloner, puis de les faire pousser dans une serre, et, enfin, de les replanter dans le monde entier pour pallier la déforestation. » L’association a déjà obtenu 11 000 plants par clonage, qu’elle a commencé à replanter dans sept pays : États-Unis, Canada, Australie, Allemagne, Irlande, Grande-Bretagne et Nouvelle-Zélande.

Le but n’est pas seulement de sauver les mastodontes. « Les séquoias géants sont menacés par le changement climatique, note David Milarch. Mais, si nous arrivons à en replanter assez, ils pourraient bien constituer une solution au réchauffement. Car ce sont de formidables puits de carbone ! En moyenne, ils sont capables d’absorber 400 t de CO2 dans une vie. » Les séquoias sont plus que jamais un pan précieux de notre patrimoine.

 

Dans le numéro de janvier 2018 du magazine National Geographic, une exploration de trois parcs d'exception en Californie.

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