Environnement

Plus de 75 % des terres de la planète sont dégradées

Un nouveau rapport alarme la communauté internationale : les dommages environnementaux menacent le bien-être de 3,2 milliards d'individus. Mais des solutions existent.

De Stephen Leahy
Le vent, par un phénomène d'érosion, entraîne la dégradation de la couche arable sur des terres agricoles surexploitées ou mal gérées, ce qui induit des dommages à grande échelle dans le monde entier.

Plus de 75 % des terres émergées de notre planète sont considérablement dégradées, mettant à mal le bien-être de 3,2 milliards d'individus. C'est ce qu'indique la première évaluation globale étayée d'études de terrain et de preuves scientifiques. Ces terres sont devenues désertiques, ont été polluées, ont subi les affres du déboisement ou ont été transformées en terres agricoles. Leur destruction partielle ou totale a été la principale cause d'extinction des espèces.

Si cette tendance se poursuit, 95 % des terres de la planète pourraient être dégradées d'ici 2050. Parallèlement à cela, la production alimentaire s'effondre dans de nombreux territoires. Ces deux phénomènes pourraient forcer des centaines de millions de personnes à migrer.

« La dégradation des terres, la perte de biodiversité et le changement climatique sont trois aspects différents du même défi central : les conséquences les plus dangereuses de nos choix sur l'équilibre de notre environnement naturel », indique Sir Robert Watson, président de la Plateforme intergouvernementale Biodiversité et services écosystémiques (IPBES), qui a rendu public le rapport lundi 26 mars à Medellin, en Colombie.

L'IPBES est le « GIEC pour la biodiversité », un groupe international d'experts sur la biodiversité. L'évaluation de la dégradation des terres a pris trois ans et a mobilisé plus de 100 experts originaires de 45 pays.

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L'expansion rapide et la gestion non durable des terres cultivées et des pâturages est le principal facteur de dégradation des terres, causant une perte importante de biodiversité et affectant la sécurité alimentaire, la purification de l'eau et la production d'énergie notamment. Cette dégradation a atteint des « niveaux critiques » dans de nombreuses parties du monde, selon les termes de M. Watson dans une interview.

 

LES CAUSES SOUS-JACENTES

Les zones humides sont les plus durement touchées, avec 87 % de pertes enregistrées au cours des trois derniers siècles, dont plus de 54 % depuis 1900. Les zones humides continuent d'être défrichées en Asie du Sud-Est et en Afrique dans la région du Congo, principalement pour répondre à la demande de production d'huile de palme.

Les causes sous-jacentes de la dégradation des terres, selon ce même rapport, sont les modes de vie à forte consommation énergétique dans les pays les plus développés, combinés à une consommation énergétique croissante dans les pays en développement et émergents. Cette consommation, aggravée par la croissance démographique continue dans de nombreuses régions du monde, entraîne des niveaux insoutenables d'expansion agricole, d'extraction des ressources naturelles et de minéraux.

« Nous savons cela depuis plus de 20 ans, mais la situation ne fait qu'empirer », déclare Luca Montanarella, pédologue italien qui a co-dirigé l'étude.

La dégradation des terres est rarement considérée comme une question urgente par la plupart des gouvernements, même si beaucoup ont signé un accord international pour revenir à la neutralité de la dégradation des terres d'ici 2030. « Nous devons trouver un équilibre durable entre notre mode de vie et ses effets sur la nature » a ajouté Montanarella, interrogé hier à Medellin.

Mettre fin à la dégradation des terres et restaurer les terres dégradées permettrait à l'humanité de maintenir le réchauffement de la planète sous la barre fatidique des 2°C. La déforestation à elle seule représente 10 % de toutes les émissions anthropiques.

 

DES SOLUTIONS EXISTENT

Dans les territoires en développement comme certaines régions reculées de l'Asie et de l'Afrique, le coût de l'inaction face à la dégradation des terres est au moins trois fois plus élevé que celui de l'action. Et selon le rapport, la restauration de ces terres rapporterait 10 fois plus que l'investissement nécessaire pour la mettre en oeuvre.

Mettre fin aux subventions à la production dans les secteurs de l'agriculture, de la pêche et de l'énergie, entre autres, contribuerait grandement à réduire la pression sur la nature. Selon Robert Scholes, écologiste sud-africain qui a co-dirigé l'étude, environ 25 % des pays africains ont mis fin à l'élevage de bovins et d'ovins parce que l'environnement était devenu trop sec et stérile pour que l'élevage soit rentable.

« Ces terres reviennent à leur état naturel, pour lequel elles sont le mieux adaptées », explique Scholes. « On observe le même type d'initiatives et de résultats en Australie. »

Les forêts tropicales de Bornéo portent les stigmates de l'exploitation forestière.

De nombreuses approches pour inverser ces tendances ont déjà fait leurs preuves, y compris en termes d'urbanisme, de projets de replantation d'espèces endémiques, de développement d'infrastructures écologiques, d'assainissement des sols contaminés, de traitement des eaux usées et de restauration des cours d'eau. La terre doit être gérée à petite échelle et les besoins agricoles, industriels et urbains peuvent être équilibrés de manière holistique, ajoute M. Scholes.

Il apparaît également crucial de disposer d'informations plus complètes et plus accessibles sur les impacts des produits de consommation de base. De nombreux pays riches « délocalisent » leur impact environnemental en important d'énormes quantités de nourriture, de ressources naturelles et de produits en provenance d'autres pays. L'Union européenne, pour ne citer qu'elle, importe 30 à 40 % de la nourriture consommée sur ses territoires.

« Par ce rapport, la communauté mondiale d'experts lance un avertissement franc et urgent, avec des options claires pour améliorer l'état des terres et trouver des solutions aux dégâts environnementaux, » conclut Watson.

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