Environnement

Vos idées peuvent sauver la Grande barrière de corail

L’Australie vous appelle au secours de la Grande Barrière de corail.

De Elaina Zachos
La Grande Barrière de corail en Australie connaît depuis plusieurs années des épisodes de blanchiment massif des coraux.

La condamnation de la Grande Barrière de corail n'est plus un secret pour personne. La hausse des températures des eaux de mer causée par le changement climatique tue les coraux. L'Australie espère trouver des solutions à cette grave crise environnementale grâce à une compétition axée sur la conservation, et un fonds d'investissement de plus d'1 million de dollars australiens (652 683 d'euros).

En janvier 2016, le gouvernement australien a créé une bourse de 1,6 million de dollars australiens (1,04 millions d'euros) pour les scientifiques qui sauront proposer des projets visant à sauver le récif corallien, qui s’étend sur une superficie de 344 400 km². Cette compétition internationale prendra fin le 6 mars prochain.

 

EN CONCURRENCE POUR SAUVER LES CORAUX

La compétition, coordonnée par le pôle innovation d'Advance Queensland, invite les scientifiques, les chefs d'entreprises, les inventeurs et les entrepreneurs à développer un projet de sauvetage de la Grande Barrière de corail, victime des activités humaines. Le programme prévoit la collaboration des secteurs du tourisme, des communautés côtières et des pêcheurs locaux. 

Les projets récompensés recevront un financement de près de 200 000 dollars australiens pour 6 mois afin de mener les premiers tests scientifiques, puis de 800 000 dollars australiens pour le développement du projet sur près de 12 mois.

« L'échelle est telle que nous avons besoin de prendre du recul et d'accueillir toutes les idées, d'où qu'elles viennent, » a expliqué le Ministre australien de l'écologie Josh Frydenberg à AFP.

La hausse des températures de l'eau exacerbe le blanchiment des coraux sur la Grande Barrière de corail, qui se produit lorsque les organismes sont stressés et qu'ils rejettent une algue symbiotique qui les maintient en vie. Fragilisés, les coraux ne peuvent plus maintenir l'écosystème marin, et celui-ci se meurt.

Récif corallien à 190 mètres de profondeurs dans l’ouest de l’océan Pacifique. Les composants chimiques relâchés dans l'eau renforcent la propagation des microbes.

Certains pans du récif ont subi deux épisodes massifs de blanchiment durant les étés 2016 et 2017. Bien que les coraux ne représentent que 0.10 % du plancher océanique, ils sont l'habitat naturel de plus de 25 % de la vie marine.

Mais le changement climatique n'est pas le seul facteur de destruction de ces habitats marins. À cela s'ajoute le déversement dans l'eau de produits chimiques et toxiques qui détruisent les coraux. Alors que les gaz à effet de serre s'accumulent dans l'atmosphère, le dioxyde de carbone se propage dans les océans, faisant baisser le pH de l'eau, ce qui la rend plus acide et la rend moins propice à d'autres organismes vivant dans les coraux comme les poissons, les tortues, les crabes et les vers.

 

DES SOLUTIONS DURABLES

Sauver un site du patrimoine mondial de l'UNESCO tel que la Grande Barrière de corail est une tâche monumentale. Certains chercheurs proposent d’installer des abris flottants pour protéger les coraux de la lumière du soleil qui accentue les épisodes de blanchiment, tandis que d'autres préféreraient pomper l’eau des profondeurs de l'océan pour rafraîchir l’habitat en péril. L'écologiste marin et professeur John Bruno a récemment listé d'autres initiatives scientifiques pour sauver les coraux dans un article du Washington Post.

Pour John Bruno, l'enjeu environnemental est de traiter les menaces locales, comme les eaux usées et les sédiments. Car si la hausse des températures détruit les coraux, ceux-ci sont aussi abîmés par les activités humaines, comme lorsque les bateaux jettent l'ancre sans faire attention aux coraux ou que les touristes faisant de la plongée s'arrêtent sur le récif.

Certains scientifiques se tournent vers les laboratoires pour faire pousser des coraux qui seront replantés ensuite dans les récifs existants. Mais, comme le souligne John Bruno, cette solution très coûteuse et sous-financée ne sera efficace qu'à toute petite échelle. Et ces plants devront remplacer d'anciens coraux dans un environnement très chaud, acide et agressif voire toxique.

L'eau, qui ressemble à de la vapeur, est recrachée par des petites cheminées de corail dans l'ouest de l'océan pacifique.

D'autres scientifiques, plus optimistes, espèrent pouvoir avoir recours aux technologies de génie génétique, comme le CRISPR, pour altérer l'ADN du corail et le rendre plus résistant. Mais John Bruno reste très réservé sur cette approche. La hausse des températures affectant différentes parties de l'habitat que constituent les coraux, leur mort entraîne celle de nombreux autres organismes. Ne sauver que les coraux ne sauvera pas l'écosystème marin tout entier.

« En général, quand on optimise une caractéristique, cela a un prix, » écrit John Bruno. « Et rendre les coraux insensibles à la montée des températures les rendra certainement plus sensibles à d'autres menaces et rendra leur survie plus difficile à l'état sauvage. »

L'une des plus anciennes propositions pour laisser les coraux s'épanouir à nouveau est la restriction de la pêche. La surpêche près des récifs coralliens peut rendre les écosystèmes plus sensibles aux agressions extérieures. Mais les arrêtés interdisant la surpêche se sont avérés être peu efficaces.

« La seule option pour que tout cela se termine bien, » écrit Bruno, « est que nous réduisions radicalement et immédiatement nos émissions carbone. »

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