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Les rapprochements Mars-Terre nous ont aidé à cartographier la planète rouge

Les archives de National Geographic renferment des cartes de Mars datant de l'époque où certains scientifiques pensaient que des canaux construits par des Martiens se trouvaient à la surface de la planète. Jeudi, 2 août

De BETSY MASON

Le 31 juillet, Mars était au plus près de la Terre depuis 15 ans : seuls 58 millions de km séparaient les deux planètes. À cette occasion, National Geographic a ressorti quelques-unes des cartes représentant l'un des voisins les plus proches de la Terre.

C'est en 1954 que la première carte de Mars a été publiée dans le magazine National Geographic. Elle a été réalisée après le rapprochement Mars-Terre. Pour mieux observer l'événement, des astronomes de l'Observatoire Lowell, situé en Arizona, se sont rendus en Afrique du Sud. Le voyage avait été financé en partie par la National Geographic Society. Le récit de cette excursion est paru en 1955, dans le numéro de septembre du magazine. Les astronomes avaient emporté avec eux une carte représentant la surface de Mars, vieille de 50 ans et réalisée à la main par Percival Lowell, un astronome américain. C'est lui qui a fondé en 1894 l'observatoire situé en Arizona, en raison de l'intérêt qu'il portait à la planète rouge.

Lowell pensait que les lignes sombres visibles à la surface de la planète étaient une preuve de l'existance de canaux construit par des êtres intelligents. Ces canaux, il les a reproduits sur sa carte. L'un des élèves de Lowell, Earl Slipher, a écrit à ce sujet que de nombreux astronomes doutaient de l'existence de ces lignes, car ils ne les avaient pas vues au cours de leurs observations. Earl Slipher affirme qu'en 1954, lorsque Mars s'est approchée de la Terre, le Canal de Thoth était clairement visible sur certaines des photographies qu'il a prise. « Presque aucune démarcation sur Mars ne peut rivaliser avec la taille et l'intensité de ce canal », écrit-il.

En mars 1964, la NASA lance le vaisseau spatial Mariner 4 pour observer le rapprochement prévu en 1965 entre Mars et la Terre. En juin 1965, le vaisseau réussit le premier survol de Mars et prend les premières photographies depuis l'espace d'une autre planète. La théorie des canaux est enfin laissée de côté. En décembre 1967, National Geographic a publié un article de Carl Sagan, dans lequel ce dernier indique que les soi-disant canaux ne sont que des crêtes « comparables aux dorsales océaniques et aux monts sous-marins que l'on trouve dans les fonds marins de la Terre. »

L'article de Sagan est accompagné de la première carte de Mars réalisée par les cartographes de National Geographic et publiée dans le magazine. Deux hémisphères de la planète sont représentées sur la carte, à la manière de ce que faisaient traditionnellement les astronomes. Cette carte de 1967 a inspiré un supplément, une carte détachable de la taille d'une affiche réalisée par Matt Chwastyk, responsable de l'infographie et cartographe spatial en chef chez National Geographic, pour le numéro du magazine de novembre 2016.

« Ces cartes anciennes sont très bien pensées, elles ont fait l'objet d'importantes recherches et le moindre détail a été vérifié avant d'être représenté », souligne Matt Chwastyk. « Nous ajoutons parfois dans nos cartes de petites fioritures qui proviennent de cartes anciennes. Ces dernières sont de très bonnes sources d'inspiration. »

La plupart des cartes de la Lune sont en deux hémisphères car l'un des côtés de cette dernière fait toujours face à la Terre, tandis que l'autre est opposé à la planète bleue. Il est donc naturel de séparer l'astre ainsi. Avant 2016, le dernier supplément sur Mars du magazine National Geographic était celui de février 2001. Il s'agissait d'une projection cartographique Winkel-Tripel, reconnaissable par la courbure des parties nord et sud de la carte vers les pôles. Cette représentation est souvent utilisée par National Geographic pour cartographier la Terre.

En 2016, Matt Chwastyk a choisi de faire une carte en deux hémisphères. « Je voulais lui conférer une touche plus planétaire », a-t-il indiqué. Conçu sur le même modèle, un supplément détachable de la Lune devrait prochainement sortir. Il sera parfait accroché au mur au côté de la carte de Mars.

Pour réaliser la carte de 2016, Matt Chwastyk avait de nombreuses données à sa disposition, obtenues lors de missions précédentes sur Mars, comme Mars Reconnaissance Orbiter et Mars Global Surveyor. Mais malgré ces données, certains détails étaient difficiles à cartographier. Alors qu'il cherchait le point officiel le plus haut et le plus bas de la planète, le cartographe a consulté les sites Internet de la NASA et de divers spécialistes pour découvrir une demi-douzaine de résultats différents. « C'est très intéressant lorsque l'on sait que Mars est mieux cartographié que la Terre, tout du moins sur le plan géophysique », a-t-il précisé.

National Geographic garde un œil sur Mars. Matt Chwastyl travaille actuellement sur une carte de la planète rouge, qui sortira avec le numéro de novembre du magazine. Cette sortie coïncidera avec l'arrivée sur Mars d'Insight, le dernier atterisseur de la NASA.

La carte représentera la planète rouge comme elle devait être il y a 3,8 milliards d'années. Le cartographe s'est concerté avec des scientifiques, suite à quoi il a créé une planète où l'eau est présente, avec des océans et des continents à la nuance vert-gris. « C'est totalement hypothétique, donc nous avons une marge de manœuvre un peu plus importante », confie Matt Chwastyk. « Mais nous voulons être sûrs qu'il ne s'agira pas de science-fiction. »

 

Cet article est initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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