Espace

Incident de Soyouz : la Station spatiale internationale va-t-elle en pâtir ?

L'incident, qui s'est produit jeudi dernier, pourrait avoir des répercussions sur les astronautes déjà à bord de la Station spatiale et pourrait mettre un terme à son occupation continue depuis 2000.Monday, October 15, 2018

De Michael Greshko
Le 11 octobre 2018, la fusée Soyouz MS-10 décolle du cosmodrome de Baikonue au Kazakhstan pour rejoindre la Station spatiale internationale, avec à son bord l'astronaute américain Nick Hague et le cosmonaute russe Alexey Ovchinin.

La semaine dernière, le voyage de deux cosmonautes à destination de la Station spatiale internationale a tourné court, suite à une défaillance d'un propulseur sur leur fusée Soyouz. L'équipage a été contraint d'annuler sa mission. L'incident va certainement avoir des répercussions sur les astronautes déjà présents à bord de la Station spatiale internationale et pourrait même interrompre le fonctionnent de cette dernière, occupée sans interruption depuis le 2 novembre 2000. 

La fusée Soyouz MS-10 devait emmener l'astronaute américain Nick Hague et le cosmonaute russe Alexey Ovchinin sur la Station spatiale internationale, où ces derniers devaient rester pour une mission de six mois. Moins de deux minutes après le décollage, les deux hommes ont indiqué avoir l'impression d'être en apesanteur. En réalité, la fusée entamait sa chute.

Le système d'urgence de la fusée s'est déclenché, provoquant le détachement de la capsule dans laquelle se trouvait l'équipage. D'après la BBC, celle-ci a atterri à près de 500 km au nord-est du cosmodrome de Baikonur, situé au Kazakhstan, où la fusée Soyouz avait décollé.

Le cosmonaute russe Alexey Ovchinin (à gauche) et l'astronaute américain Nick Hague photographiés avant le lancement de la fusée Soyouz MS-10 depuis le cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan, le 11 octobre. Les deux hommes partaient pour une mission de six mois sur la Station spatiale internationale. Elle a été annulée suite à l'incident.

Au cours de leur descente ballistique et abrupte sur Terre, Nick Hague et Alexey Ovchinon ont subit une pression équivalente à près de sept fois le poids de leur corps. La NASA et l'agence spatiale russe Roscosmos ont fait savoir que les deux hommes étaient sains et saufs.

Cet incident nous rappelle combien les voyages dans l'espace sont difficiles à réaliser. Il risque aussi d'accroître la surveillance sur Roscosmos et l'industrie spatiale russe. En effet, la panne de propulseur est la dernière d'une série de problèmes techniques : selon The Planetary Society, entre 2011 et 2015, la Russie a connu 15 échecs de lancement, des explosions de fusées transportant des satellites en passant par le positionnement de satellites sur les mauvaises orbites.

Aucun membre de l'équipage n'a perdu la vie au cours de ces récentes bévues. Le programme spatial de la Russie n'a pas connu de décès d'un de ses membres d'équipage depuis 1971 et cela fait 35 ans qu'il n'y a pas eu d'échec de lancement, le dernier datant de 1983, lorsqu'une fusée Soyouz a pris feu juste avant son lancement. Tous les cosmonautes présents à bord étaient retournés sains et saufs sur Terre.

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Bien que personne n'ait été blessé la semaine dernière, Roscosmos devra enquêter sur les raisons de la défaillance technique de Soyouz. La flotte pourrait donc rester clouée au sol pendant des semaines, voire des mois. Soyouz est aujourd'hui la seule fusée en activité à envoyer des humains en orbite. Sans elle, les astronautes risquent d'être coincés sur Terre.

 

LE LANCEMENT DE SOYOUZ INTERROMPU POUR UNE DURÉE INDÉTERMINÉE

Actuellement, les astronautes américain et allemand Serena Auñón-Chancellor et Alexander Gerst, ainsi que le cosmonaute russe Sergey Prokopyev, sont à bord de la Station spatiale internationale depuis juin dernier. Selon SpaceNews, la capsule avec laquelle l'équipage doit revenir sur Terre, et qui est elle aussi stationnée depuis juin, a une durée de vie en orbite d'environ 200 jours. Cela signifie que le retour des astronautes devra s'effectuer au plus tard au moment de Noël.

L'équipage à bord de la Station spatiale internationale « pourrait désamarrer et revenir sur Terre à n'importe quel moment, mais comme après l'accident de Columbia, nous devons réfléchir à un plan sur le long terme relatif à la santé des équipages à bord de la station spatiale, sans oublier cette dernière », a déclaré hier dans une vidéo diffusée en direct Chris Hadfield, ancien commandant de la Station spatiale internationale et co-pilote de Soyouz. En 2003, la navette spatiale Columbia s'était désintégrée lors de sa rentrée dans l'atmosphère de la Terre, tuant les sept membres d'équipage présents à bord et mettant à l'arrêt les vols de navettes américaines pendant plus de deux ans.

« En cas d'abandon de la station spatiale, il n'y aura plus personne pour réparer les pannes. La station finira par avoir un problème sérieux », a expliqué Chris Hadfield.

L'agence de presse Sputnik, détenue par le gouvernement russe, a indiqué que si l'enquête menée par Roscosmos prend fin rapidement, la date de lancement de Soyuz MS-11 pourrait être avancée du 20 décembre 2018 à la mi-novembre. L'agence de presse a ajouté que Nick Hague et Alexey Ovchinin ne participeraient pas à cette mission, puisqu'elle dispose déjà d'un équipage de trois personnes.

Toutefois, l'agence de presse russe Interfax rapporte que la Russie pourrait suspendre l'ensemble de ses missions Soyouz sans équipage et que les astronautes à bord de la Station spatiale internationale pourrait devoir patienter jusqu'à début 2019 avant de revenir sur Terre.

La cause exacte de l'incident déterminera quand le lancement de fusée Soyouz sera à nouveau possible. « Si la panne est simple et facile à diagnostiquer, ils pourraient bien être en mesure de lancer une fusée en respectant à peu près leur agenda », confie Chris Hadfield. « Mais si elle est compliquée, et en général, les pannes de fusées le sont, il leur faudra plus de temps pour en déterminer l'origine. Donc, pour l'instant, les trois personnes à bord de la Station spatiale internationale y sont bloquées pour une période indéterminée », a ajouté Chris Hadfield.

La NASA ne pourrait-elle pas les ramener sur Terre ? Pas tout de suite. Depuis que l'agence spatiale américaine a mis un terme à son programme de navettes spatiales, elle paie le gouvernement russe pour que ses astronautes prennent place dans les fusées Soyouz. Et le voyage coûte de plus en plus cher : selon les derniers chiffres, la NASA déboursait 70 millions de dollars par siège.

Le programme Commercial Crew de la NASA est censé combler ce vide, puisqu'il encourage des entreprises privées à développer des « taxis spatiaux » pour les lancements américains. En 2014, SpaceX et Boeing ont signé des contrats de 5,8 milliards d'euros pour envoyer des astronautes vers la Station spatiale internationale. À l'heure actuelle, les deux entreprises finalisent leur véhicule mais toutes deux ont pris un important retard. La semaine dernière, la NASA a indiqué que les vols test avec équipage vers la Station spatiale internationale ne débuteront pas avant juin 2019 pour les deux entreprises.

 

Victoria Jaggard a contribué au reportage.
Cet article a initialement paru sur le site internet nationalgeographic.com en langue anglaise.
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