Voilà à quoi vous attendre si vous souhaitez voyager dans l'espace

Dans cette nouvelle ère de l’exploration spatiale, où des entreprises promettent d’emmener des touristes dans l’espace, à quoi faut-il s’attendre ?vendredi 26 juillet 2019

De Florent Lacaille-Albiges
La Station spatiale internationale à 400 km au-dessus de la Terre.
La Station spatiale internationale à 400 km au-dessus de la Terre.
photographie de NASA

Au fil des années, la perspective d’une balade en orbite devient de plus en plus réaliste pour le grand public. Entre 2001 et 2009, déjà sept particuliers ont passé chacun une dizaine de jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS) : six hommes et une femme, tous millionnaires et ayant pour la plupart fait fortune dans les nouvelles technologies. Les volontaires pour leur succéder ne manquent pas. D’après les études de marché, environ 10 000 personnes par an souhaiteraient s’offrir ce genre de voyages si leurs prix se démocratisaient. De nombreux entrepreneurs, parmi lesquels Richard Branson, Elon Musk ou Jeff Bezos, s’y attellent. En attendant le décollage, voici quelques informations à destination des astronautes amateurs.

 

TRANSPORT

« Pour faire du tourisme, il faut un taxi et un hôtel, commence Christophe Bonnal, expert au Centre national d’études spatiales (Cnes). Pour le moment, il n’y a qu’un taxi pour la station spatiale et il n’y a pas de place pour des touristes. » Le lanceur russe Soyouz est en effet le seul à faire le lien avec l’ISS depuis la fin de l’exploitation de la navette spatiale américaine en 2011, et il est seulement capable de transporter trois astronautes à la fois. Trop peu pour accueillir, en plus, des particuliers.

Pour séjourner dans la station, à 400 km de la Terre, il faut donc attendre le développement de nouveaux « taxis ». Plusieurs entreprises sont en lice pour proposer des alternatives au lanceur russe (lire notre dossier « La Lune et au-delà » dans le magazine National Geographic de juillet 2019). L’une d’elle, SpaceX, promettait même un premier vol habité avant la fin de l’année. Mais une explosion sur le pas de tir lors d’un test en avril 2019 a rendu ces annonces caduques. « Le temps de repérer les causes de cette explosion et de faire les corrections, je pense que leurs ambitions sur les vols touristiques viennent de prendre deux ans de retard », dit Christophe Bonnal.

 

LOGEMENT

Une fois là-haut, les voyageurs auraient besoin d’une solution de logement. Or, l’ISS n’est pas vraiment adaptée pour servir d’hôtel. « En fait, à l’exception de Mark Shuttleworth (entrepreneur sud-africain et deuxième touriste spatial) qui s’est comporté comme un véritable astronaute et a réalisé de nombreuses expériences scientifiques, la présence d’un touriste est plutôt dérangeante pour le fonctionnement de la station spatiale », précise l’expert du Cnes.

Des projets existent pour faire de l’espace un lieu plus accueillant. Des plus simples aux plus sophistiqués. L’agence spatiale russe, qui possède un double du module de vie de l’ISS au sol, envisage ainsi de l’ajouter à l’assemblage en place pour multiplier par deux sa capacité d’accueil. Quant à Robert Bigelow, patron d’une grande chaîne hôtelière américaine, il travaille sur un projet de structure gonflable de 330 m³. Autre exemple : en juin 2018, l’entreprise d’exploration spatiale Axiom Space a présenté son projet de capsule d’habitation de luxe, destinée à être arrimée à l’ISS. L’intérieur capitonné, recouvert de Leds et de tissu doré, a été imaginé par le designer français Philippe Starck. « Cependant, tant qu’il n’y aura pas de taxi sérieux, je pense qu’aucun hôtel ne se concrétisera », conclut Christophe Bonnal.

 

BUDGET

Les premiers touristes de la Station spatiale internationale ont tous déboursé au moins 20 millions de dollars. Les entreprises qui parient sur un développement du tourisme spatial évoquent une future baisse des prix, mais aucun chiffre n’est assuré. En juin 2019, la Nasa a annoncé un tarif de 35 000 dollars la nuit (hors transport) et son directeur financier a estimé le coût total d’un voyage à 50 millions de dollars.

Problème : plusieurs agences spatiales souhaitent se désengager du financement de l’ISS à partir de 2024 pour consacrer leurs fonds à d’autres projets. Si tel était le cas, il serait nécessaire de se tourner vers des investisseurs privés. Les vols touristiques, mais aussi professionnels, pour des entreprises qui souhaiteraient faire des expériences sur la microgravité ou les rayons cosmiques, par exemple, pourraient donc devenir l’unique ressource pour maintenir l’ISS à flot et repousser sa probable désorbitation. Avec un budget de fonctionnement d’environ 2 milliards de dollars annuels à assurer (1,46 pour la seule Nasa, hors transport) pour six astronautes, la baisse des prix annoncée n’aurait donc certainement pas lieu.

 

PRÉPARATION

Avant de quitter l’atmosphère terrestre, mieux vaut être bien préparé. Le décollage nécessite une dépense d’énergie considérable (34 000 mégajoules par kilo), réalisée en plusieurs accélérations successives, ce qui « secoue » un peu les passagers. Même pour un séjour de quelques jours, essentiellement consacré à prendre des photos par le hublot, il est donc indispensable de passer un examen médical poussé et de suivre un entraînement minimal de 2 à 3 mois.

Il peut également s’avérer utile de prévoir une assurance : les moteurs des fusées présentent encore environ 1 % de ratés au décollage. Les conséquences sont diverses, allant de la simple annulation de la mission quelques minutes après le départ à, plus grave, l’explosion en plein vol. Christophe Bonnal précise : « Les assurances semblent avoir décidé que tout était assurable, avec des prix conséquents bien sûr. En revanche, on ne sait pas quel cadre juridique s’appliquerait en cas d’accident : une victime de décollage désastreux ou ses héritiers pourraient-ils se retourner contre l’opérateur ? »

 

ALTERNATIVE

Si la perspective d’un séjour en orbite vous semble trop lointaine ou trop chère, une alternative pourrait bientôt voir le jour. Une dizaine de ports spatiaux sont en développement et proposeront d’ici à quelques années des vols suborbitaux. De quoi s’agit-il? La limite de l’espace étant fixée par convention à 100 km d’altitude (soit la ligne de Karman, mais cette limite ne fait pas l’unanimité, lire notre article), plusieurs entreprises se proposent de passer quelques minutes dans la peau d’un astronaute, sans les inconvénients d’un séjour en orbite.

« À 100 km, on peut vivre un petit moment d’apesanteur, voir la courbure de la Terre et observer des étoiles en pleine journée, note Christophe Bonnal. Et, bien qu’il n’y ait pas de différence avec un séjour à 99 km, cela permet d’affirmer qu’on a été dans l’espace. Le tout pour une énergie 30 fois plus faible au décollage. » Prix estimé : 200 000 euros.

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