Le programme Copernicus au chevet de la planète Terre

Plus de 20 ans après le manifeste de Baveno qui prévoyait la création d’un programme européen de surveillance de l’environnement, Copernicus fournit des services ouverts qui utilisent des données satellites afin de répondre aux défis environnementaux.jeudi 5 décembre 2019

De Paul Chigioni
Photographie De ESA - P. Carril

« Nous avons du mal à prendre du recul et à apprécier les phénomènes globaux », avait déclaré Thomas Pesquet lors d’une interview pour National Geographic en 2017. Questionné sur son engagement écologique, il expliquait que ses missions spatiales loin de la surface de la terre lui avaient permis de décroché « le nez de la copie ».

En 2014, quand le premier satellite Sentinel du programme européen d'observation et de surveillance de la Terre a été lancé, c’est dans cette même logique que la Commission Européenne, en partenariat avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA), se projetait : mieux comprendre notre planète.

Pour ce faire, l’Europe a consacré 8 milliards d’euros à ce programme (dont 4,3 milliards pour la période 2014-2020) afin de mettre en orbite une flotte de satellites Sentinel, désormais au nombre de 7, effectuant des relevés depuis l’espace.

 

L'INFORMATION AU SERVICE DE LA PLANÈTE

« Copernicus mesure en continue le pouls de notre planète et permet ainsi d’anticiper les changements environnementaux pour mieux appréhender les conséquences sociétales », explique Hervé Jeanjean, architecte système à l’ESA. 

Copernicus produit de nombreuses données sur l’évolution climatique, la qualité de l’air, des terres, des mers et océans pour la communauté scientifique à l'instar du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) et les décideurs politiques.

Il surveille également les catastrophes environnementales en fournissant des cartographies aux professionnels de secours. Dernièrement, le programme a aidé à détecter les feux de forêt en Amazonie.

En quelques années, Copernicus est devenu le plus grand fournisseur de données spatiales au monde, avec une production de 12 téraoctets de données par jour. Ces datas ont été utilisées par plus de 300 000 utilisateurs et le nombre d’utilisateurs a doublé chaque année depuis 2014.

Pour Hervé Jeanjean, c’est notamment cette mise à disposition gratuite des données pour tous qui distingue Copernicus des autres projets spatiaux internationaux : « À l’exception du domaine météorologique, aucun autre programme de cette envergure n’est capable de couvrir simultanément les trois caractéristiques majeures de Copernicus, à savoir : le suivi de l’environnement dans tous les compartiments du système Terre, des services fonctionnant 24 heures sur 24 et une politique de données ouverte. »
 

LE TRAITEMENT DES DONNÉES UN CASSE-TÊTE SPATIAL ?

Mais alors comment traiter cette immense masse d’informations ? C’est là qu’intervient la coopération européenne. La Commision Européenne est chargée de rassembler les besoins des utilisateurs et finance les opérations. L’ESA et l'Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques (EUMESAT) développent les satellites Sentinels et assurent l’accès aux données. Enfin, les Etats Membres complètent cette information par la mise à disposition de certaines de leurs données spatiales.

Et le programme ne cesse de se développer. Depuis peu, de nouvelles missions Sentinels sont à l’étude. Au programme : le suivi du CO2 atmosphérique en continu pour savoir qui émet et combien, l’observation détaillée de l’évolution des pôles mais aussi la lutte contre le trafic illégal. 

Un arsenal déplié donc, pour mieux considérer tous les ressorts environnementaux du système Terre. Et cela commence par envisager l’empreinte écologique du programme spatiale lui-même. Car il est désormais connu que les technologies de l’information du Big Data ont un coût environnemental conséquent dû à sa consommation énergétique. 

Autre problème rencontré: la pollution spatiale et ses nombreux débris en orbites. Elle représente un important enjeu de sécurité pour le programme. En fonction des risques de débris, chaque satellite en fin de vie pourra faire l’objet d’une désorbitation contrôlée. 

Si l'humain paraît tout petit face à l'envergure des enjeux de l’industrie spatiale, le projet Copernicus montre qu’il est dorénavant possible d’appréhender les enjeux complexes de la petite bille bleue depuis le balcon cosmique tout en restant chez soi.

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