Bientôt des "micro-usines" dans l’espace ?

Des entrepreneurs misent sur l’absence de gravité pour créer dans l'espace des médicaments, de nouveaux matériaux pour l’industrie ou des plantes résistantes au changement climatique.

De Manon Meyer-Hilfiger, National Geographic
Publication 11 janv. 2024, 11:51 CET
Illustration de la micro-usine Varda en orbite avec les panneaux solaires déployés.

Illustration de la micro-usine Varda en orbite avec les panneaux solaires déployés. 

ILLUSTRATION DE Varda Space Industries

C’est un satellite digne des fantasmes de science-fiction des années 1970 qui tournoie autour de la Terre depuis quelques mois. Un prototype d’« usine pharmaceutique spatiale » entièrement automatisée, qui teste la fabrication de médicaments dans l’espace. Varda Space Industries s’éloigne des contraintes de la gravité pour élaborer le Ritonavir, un traitement contre le SIDA. 

Le grand avantage de dépasser l’atmosphère ? Là-haut, la cristallisation est plus lente, les cristaux des médicaments sont donc généralement de meilleure qualité. Ce qui, potentiellement, rendrait ces derniers plus efficaces. « C’est une question importante : le problème de la cristallisation sur Terre empêche également la création d’autres médicaments» assure Delian Asparouhov, l’un des fondateurs de Varda Space Industries. Voilà pour les promesses et les attentes. Pour les résultats concrets, il va falloir être patient. L’entreprise n’a toujours pas d’autorisation pour le retour de sa capsule, qui doit être délivrée par la Federal Aviation Administration (FAA), l'agence gouvernementale chargée des réglementations et des contrôles concernant l'aviation civile aux États-Unis, ainsi que la Force aérienne des États-Unis. La capsule erre pour l’instant dans le cosmos, sans espoir, à court terme, d’atterrir. « Mais nous sommes en négociation, et nous restons confiants pour les prochains mois » affirme Delian Asparouhov.

Lancement de Varda à bord de la mission SpaceX Transport 8, juin 2022.

PHOTOGRAPHIE DE Space Exploration Technologies

Malgré les tâtonnements, l’entrepreneur ressuscite un vieux rêve. « Dans les années 1970, l’ingénieur astronautique G. Harry Stine imaginait une troisième révolution industrielle dans l’espace » retrace Arnaud Saint-Martin, sociologue spécialiste de l’histoire spatiale, co-auteur d’Une histoire de la conquête spatiale, à paraître aux éditions La Fabrique. « Dès les débuts de la Station spatiale internationale, en 1998, on savait que les propriétés de ce milieu étaient intéressantes [pour la fabrication de produits pharmaceutiques]. Dans les années 2010, l’exploitation de ces propriétés a connu un regain d’intérêt. Des entreprises comme NanoRacks ont utilisé quelques mètres cubes disponibles dans la station spatiale pour mener des expériences en partenariat avec la NASA, afin d’étudier le comportement des matériaux à bord » poursuit-il. En 2017, Thomas Pesquet s’est également intéressé à la fabrication dans l'espace pour le compte d’entreprises pharmaceutiques

Voilà l’une des sources d’inspiration de Varda Space Industries. Delian Asparouhov estime qu’environ « 10 à 20 % des médicaments seraient notablement plus efficaces s’ils étaient fabriqués dans l’espace ». Dans le domaine de l’industrie, l’absence de gravité permettrait de réaliser des alliages proches de la perfection, alors que sur Terre, le matériau plus lourd ira toujours vers le bas, à cause de la gravité.

D’autres sociétés se lancent : Thalès Alenia Space, spécialisée dans les armes, l’aérospatial et le transport, a signé un contrat fin 2022 avec Space Cargo Unlimited pour développer « REV1 », une autre « micro-usine » dans l’espace, dont le lancement est prévu fin 2025. L’idée serait d’exploiter ces paramètres spatiaux dans les domaines des biotechnologies, de l’industrie... et de l’agriculture. Car pour les plantes aussi, l'espace pourrait avoir un rôle à jouer. 

Déjà, en 2019, Space Cargo Unlimited a envoyé plusieurs centaines de vignes dans la station spatiale internationale, pour tenter de trouver une solution au réchauffement climatique. Pourquoi aller chercher si loin ? Selon les fondateurs, les jeunes plants de vignes exposés à l’absence de gravité développeraient de meilleures défenses naturelles, et s'adapteraient mieux.

Assemblage de la capsule Varda 

PHOTOGRAPHIE DE Varda Space Industries

Avec de telles promesses, le ciel sera-t-il bientôt encombré d’« usines » en orbite autour de la Terre ? « Nous n’y sommes pas encore » tempère Arnaud Saint-Martin, qui souligne aussi qu’ il est trompeur de parler d’usines : « ces capsules automatisées sont minuscules. On est encore au stade de l’expérimentation. » REV1 comme la capsule de Varda Space Industries n’excèdent pas les quelques mètres de long.

Autre sujet d'importance : les financements. « Ces expériences sont souvent menées grâce à de l’argent public. Les entreprises bénéficient notamment des petits contrats avec la NASA, qui dépassent rarement un million de dollars (à titre de comparaison, le budget annuel de la NASA avoisine les 27 milliards de dollars). Ce qui ne suffit pas pour monter en échelle. »

« Cela reste un marché à construire, pour l’instant très anecdotique » poursuit le chercheur. Ces entreprises trouveront-elles des clients, des modèles économiques viables, une fois les démonstrations achevées ? Delian Asparouhov, de Varda Space Industries, se veut optimiste : une deuxième mission pour sa capsule serait déjà programmée en juin, cette fois-ci pour des clients – sans en dire plus sur la nature du contrat. La fabrication dans l’espace, et l’ampleur du phénomène dans le futur, restent encore sujets à de nombreuses interrogations.

loading

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2024 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.