Les astronautes d’Artemis II comptent immortaliser un nouveau "lever de Terre"
La photo de notre planète bleue prise en 1968 a inspiré le mouvement écologiste mondial. La NASA espère aujourd’hui recréer cette magie lors de sa mission de dix jours.

Cette photo emblématique, prise par Williams Anders en 1968 alors que le vaisseau spatial Apollo 8 était en orbite lunaire, montre la Terre qui apparaît derrière la surface de la Lune.
Le 24 décembre 1968, Frank Borman, Jim Lovell et William Anders sont devenus les premiers êtres humains à entrer en orbite lunaire lors d'une mission qui a ouvert la voie à l'alunissage historique des États-Unis l'année suivante. En regardant par les hublots de leur module de commande Apollo 8, ils ont aperçu la planète bleue qu'ils avaient laissée derrière eux, la planète qui abrite tous les êtres humains.
« Waouh, c'est magnifique ! » s'était exclamé William Anders, en saisissant un appareil photo Hasselblad 500EL modifié afin de prendre cette photo emblématique désormais connue sous le nom de « Lever de Terre. »
À l'origine de l'émergence du mouvement écologiste mondial, il s'agit sans doute de l'une des photos ayant eu le plus d'influence de tous les temps. « Les gens ont compris que nous vivons sur cette planète fragile et que nous devons en prendre soin » a expliqué William Anders au Guardian en 2018. Les trois membres de l'équipage d'Apollo 8 sont tous décédés au cours des trois dernières années.
La NASA a désormais l'occasion de réaliser une nouvelle photo « Lever de Terre » pendant la mission Artemis II, un vol de dix jours autour de la Lune qui a décollé le 1er avril dernier pour un trajet similaire à celui d'Apollo 8. Il s'agit de la première mission de ce type depuis plus de cinquante ans et elle ouvre également la voie à un nouvel alunissage que l'agence spatiale américaine espère réaliser d'ici 2028.
Cette semaine, les astronautes de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, ainsi que l'astronaute canadien Jeremy Hansen, se sont envolés, direction la face cachée de la Lune, suivant une trajectoire de vol qui les mènera plus loin dans l'espace que n'importe quel être humain avant eux. L'une de leurs priorités : réussir à immortaliser un deuxième « Lever de Terre » qui puisse rivaliser avec l'originale tant en termes de signification que d'émerveillement.
CE QUE LES ASTRONAUTES D'ARTEMIS POURRAIENT VOIR
Une partie de la magie de la photo du lever de Terre originale tient au fait qu'elle a été prise spontanément, dans un moment d'inspiration. Cette fois-ci, les astronautes sauront à l'avance ce qu'ils devront chercher. En août dernier, le Science Visualization Studio de la NASA a publié une simulation de ce que les astronautes d'Artemis II pourraient voir depuis leur hublot pendant leur survol de la Lune, prévu le sixième jour de leur voyage.
Vous remarquerez peut-être que la Terre est plus petite sur cette simulation que sur la photo du lever de Terre originale. Cela s'explique par le fait qu'Artemis II s'approchera à une distance minimale d'environ 6 900 kilomètres au-dessus de la surface de la Lune. À titre de comparaison, Apollo 8 n'était qu'à environ 95 kilomètres au-dessus de la surface de la Lune.
La NASA ne connaît pas exactement la façon dont la Lune sera éclairée lorsque les astronautes passeront à côté d'elle. Les conditions dépendront du moment où les astronautes effectueront l’allumage du moteur qui les fera quitter l’orbite terrestre pour se diriger vers la Lune. Cette manœuvre est programmée un peu plus de vingt-quatre heures après le lancement mais l'heure exacte n'est pas encore fixée. Pendant la première journée de la mission, les membres de l'équipage testeront les sytèmes d'eau et d'air, ainsi que la maniabilité du vaisseau spatial. S'ils ont besoin de plus de temps pour résoudre d'éventuels problèmes, la vue depuis l'autre côté de la Lune pourrait changer et une partie, voire la totalité, de sa surface pourrait se trouver dans l'ombre.
Une fois que les astronautes auront effectué cette manœuvre, la NASA pourra avoir une meilleure idée des conditions d'éclairage de la nouvelle photo « Lever de Terre. »
Quelles que soient les conditions exactes d'éclairage, Ernie Wright, visualiseur de données pour la NASA, explique que deux occasions se présenteront pour photographier à la fois la Terre et la Lune sur un même cliché. « L'objectif est de filmer à la fois un lever de Terre et un coucher de Terre » a-t-il indiqué dans un courriel. La capsule se déplacera si rapidement que ces deux occasions se présenteront à quarante-cinq minutes d'intervalle et lorsque la capsule se trouvera de l'autre côté de la Lune, hors de portée des communications avec Houston où se trouve le Centre de contrôle de mission.
Ces quarante-cinq minutes constituent la seule fenêtre dont ils disposeront. Contrairement aux missions Apollo, l'équipage d'Artemis II n'entrera pas en orbite lunaire et ne fera qu'un seul passage autour de la Lune.
La capsule Orion comporte cinq hublots : un hublot d'amarrage situé vers le haut et quatre hublots orientés vers l'avant, chacun situé sur un côté du vaisseau. C'est à travers l'un de ces quatre hublots principaux que les astronautes prendront la prochaine photo du lever de Terre, indique Kelsey Evans Young, responsable en sciences de la Lune pour la mission Artemis II. Selon David Melendrez, responsable de l'intégration d'imagerie de la capsule Orion pour la NASA, l'équipage utilisera deux appareils photo Nikon D5 DSLR portatifs pour prendre cette photo.
Le lever de Terre n'est pas la seule priorité de la mission en matière d'imagerie lunaire. Au total, « pendant trois heures, l'équipage devra prendre des photos et se contentera de faire des observations verbales de la Lune » indique Kelsey Evans Young. L'œil humain étant bien plus apte à détecter les variations subtiles de couleurs sur la Lune que les engins spatiaux robotisés, l'équipage a été chargé de photographier la surface de la Lune de manière exhaustive, ainsi que les éclairs provoqués par l'impact de météorites sur la surface de la Lune lors de leur survol.
SUSCITER L'ÉMERVEILLEMENT À TRAVERS LE MONDE
Il est clair que la NASA accorde une grande importance aux images de la mission Artemis II, y compris à celles prises par les appareils photo de National Geographic. « Nous présentons le visage de la mission au monde entier » affirme David Melendrez.
C'est l'occasion de susciter l'émerveillement dans le monde entier. L'année 1968, lorsque la photo « Lever de Terre » originale a été prise, a été marquée par une violence et des troubles généralisés. L'offensive du Tết au Vietnam, le massacre de Mỹ Lai au Vietnam également dont la population américaine n'a eu connaissance qu'un an plus tard et le Printemps de Prague ont eu lieu. Les manifestations et rassemblements en faveur des droits civils et contre la Guerre du Vietnam battaient leur plein. Martin Luther King, Jr. et Robert F. Kennedy ont été assassinés. Pour de nombreuses personnes, la mission Apollo 8 et la photo du lever de Terre ont représenté une lueur d'espoir dans une année marquée par les problèmes, un rappel que les êtres humains partagent un seul et même foyer dans le cosmos.
« Quand on voit tous les conflits et tout ce qu'il se passe dans le monde aujourd'hui, je pense que c'est important de nous considérer comme un tout » indique David Melendrez. « Regardez cette photo. Il n'y a pas de frontières, simplement nous tous. Je pense que c'est l'un des principaux enseignements que l'on peut en tirer : rappeler à tout le monde que c'est notre maison. Et que l'on doit tous la partager. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.