Espace

Elon Musk : ''Dans 7 ans, SpaceX pourra envoyer des hommes sur Mars''

Les nouvelles annonces d'Elon Musk incluent la construction d'une immense fusée qui pourra envoyer les hommes sur Mars - et potentiellement sur la Lune - d'ici 2024.

De Nadia Drake

Un an après avoir annoncé son projet ambitieux d'établir une colonie martienne de plus d'un million de personnes d'ici 2060, Elon Musk ajuste sa feuille de route pour envoyer les hommes sur la Planète Rouge. 

Dans une présentation décousue au Congrès international d'Astronautique qui s'est tenu à Adelaïde, en Australie, Musk a mis en exergue une version mise à jour de ses prévisions initiales. La dernière annonce en date ne diffère que peu des plans initiaux, mais met en avant la BFR, la « Big Fucking Rocket », et la possibilité de financer cette fusée multifonctions en l'utilisant pour mettre des satellites en orbite et en la mettant au service de la Station Spatiale internationale.

Les utilisations des BFR pourraient par ailleurs se diversifier dans les années à venir. Musk suggère que cette fusée pourrait aussi servir au transport de passagers sur Terre entre n'importe quels points de la planète en moins d'une heure - et peut-être même relier notre planète à un avant-poste lunaire.

« Cela permettra la création d'une base lunaire. Nous sommes en 2017. Nous devrions déjà avoir une base lunaire. Pourquoi n'est-ce pas déjà le cas ? » a lancé Musk au cours de sa présentation.

MARS, REDUX

Musk a souvent fait part de son désir de mourir sur Mars (mais pas au moment de l'impact) et de sa conviction que pour survivre, l'espèce humaine devrait devenir une espèce multi-planétaire. Au cours du Congrès international d'aéronautique 2016 qui était organisée à Guadalajara, au Mexique, Musk avait dévoilé quelle stratégie il souhaitait mettre en place pour atteindre ce but et créer la première colonie humaine sur Mars. 

En avril, un lanceur déjà envoyé dans l’espace a voyagé pour la seconde fois, puis a regagné la Terre, constituant une avancée importante pour des voyages spatiaux moins coûteux. BFR serait une version améliorée - et plus imposante - des Falcon 9 déjà en activité, et pourrait livrer régulièrement du carburant aux vaisseaux capables de transporter jusqu'à 100 passagers dans l'orbite terrestre.

Musk imagine une flotte de milliers de vaisseaux qui stationneraient en orbite autour de la Terre. Puis, tous les 26 mois environ, quand Mars et la Terre seront favorablement alignés, cette flotte mettrait le cap sur la Planète rouge.

Après un voyage de trois à six mois, ces vaisseaux se poseraient sur Mars et déposeraient les hommes et cargaisons qu'ils transportaients. Pour le moment, Musk n'a pas précisé comment ces humains pourraient survivre une fois arrivés sur Mars, un monde hostile dont le sol nocif et l'air irrespirable empêchent la terraformation.

Les révisions présentées cette année réduisent la taille de la BFR à celle d'une fusée seulement un peu plus large que la fusée Saturn V, qui a permis aux hommes de fouler le sol lunaire. Mais pour être clair, la BFR 2.0 reste immense : elle pourra contenir un cargo entier de marchandises et autant de passagers qu'un Airbus A380. Elle pourra également se poser, que l'atmosphère soit dense, fine ou inexistante, ce qui la rendra particulièrement utile.

Musk espère lancer les travaux de construction de cette fusée en 2018. Il a ajouté qu'il était aussi envisageable de lancer deux fusées ne contenant que des marchandises dès 2022. Les délais semblent courts mais « cinq ans me paraissent une éternité » a soufflé Musk.

Si SpaceX tient ces délais, Musk annonce vouloir lancer quatre appareils d'ici 2024 : deux contenant des marchandises et deux vaisseaux habités. Les deux missions auraient pour tâches de trouver les meilleurs sources d'eau sur Mars et de construire un espace pouvant soutenir les allers-retours entre la Terre et Mars.

 

DES DÉLAIS DIFFICILES À TENIR

Réduire la taille initialement prévue de la fusée n'est pas une décision complètement inattendue.  

Musk est connu pour ses ambitions démesurées. SpaceX est la première compagnie à avoir réutilisé une fusée, les voitures électriques Tesla sont sur une liste d'attente de plusieurs années, et l'Hyperloop qui pourra relier San Francisco et Los Angeles en 45 minutes est en développement.

Mais les délais annoncés paraissent intenables pour les experts en aéronautique. Par exemple, la fusée Falcon Heavy est censée être lancée depuis des années. Mais cette fusée, qui joue un rôle crucial dans le plan d'envoyer les humains autour de la Lune ou sur Mars, n'a pas encore été testée.

Pour répondre aux critiques dont il était l'objet quant aux délais annoncés, Musk avait ironiquement noté que le premier lancement prévu en 2022 n'était pas acté mais restait une "aspiration".

Le rêve martien de Musk est tout du moins audacieux. Pour y parvenir il aura besoin d'innovations techniques sans précédents. Si la science et l'ingénierie ont aujourd'hui de solides fondations et que l'architecture des fusées imaginées par SpaceX semble réalisable, le bât blesse au niveau financier.

SpaceX n'a tout simplement pas assez d'argent pour financer seul cette aventure scientifique et convaincre des investisseurs publics et privés de financer le projet n'est pas chose aisée.

Pour le moment, SpaceX compte financer ce projet en construisant des Falcon 9 et des capsules Dragon, et de vendre autant de transports de marchandises vers l'espace que possible.

PLANÈTE ROUGE, PLANÈTE BLEUE

Installer des humains sur Mars pose également de nombreux problèmes éthiques que Musk n'aborde pas. Le plus important peut-être est que l'homme puisse contaminer la planète en introduisant des microbes n'existant pour l'instant pas dans ce monde. Cela pourrait condamner la vie qui s'y trouve ou nous prévenir de constater la présence même de vie extraterrestre.

Se poser sur Mars n'est que la première étape. Il faut ensuite rendre la planète habitable. Mars est létal pour les hommes en l'état : l'air chargé en carbone est irrespirable, le sol toxique, l'eau dans les sous-sols de la planète sont glacées.

Par le passé, Musk a reconnu qu'il s'agissait là d'un véritable problème et a proposé de terraformer Mars en un monde capable d'accueillir la vie. Son choix à l'époque se portait sur l'explosion des pôles de Mars pour libérer l'eau pour l'instant retenue dans les profondeurs.

Cette action serait catastrophique pour toute forme de vie martienne. Coloniser une planète de secours en détruisant toute forme de vie pré-existante ne semble pas être la meilleure idée.

« Il y a de nombreuses raisons d'aller sur Mars, mais si on vous dit que c'est pour sauver l'humanité, c'est comme si le capitaine du Titanic vous expliquait que la fête commencera dans les canots de sauvetage » estime l'astronome Lucianne Walkowicz. « Si nous parvenons à comprendre comment créer et maintenir des espaces habitables dans les zones les moins hospitalières sur Terre, alors nous pourrons sans doute protéger notre environnement et nous lancer à la conquête de nouveaux mondes ».

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