Portrait de Sian Proctor, première femme noire à avoir piloté un vaisseau spatial

Cette géoscientifique, artiste et pilote d’avion, passionnée de voyages spatiaux depuis son plus jeune âge, est récemment devenue la première femme noire de l’histoire à avoir piloté un vaisseau spatial.

Publication 10 oct. 2021, 10:45 CEST
Sian Proctor visite le Space Camp d’Huntsville, dans l’Alabama (États-Unis). Membre de la mission Inspiration4, cette géoscientifique ...

Sian Proctor visite le Space Camp d’Huntsville, dans l’Alabama (États-Unis). Membre de la mission Inspiration4, cette géoscientifique et artiste est devenue la première femme noire à piloter un vaisseau spatial en septembre dernier.

Photographie de John Kraus, Inspiration4

Sian Proctor n’est pas du genre à baisser les bras ; ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle parvienne à voler en orbite. Cette géoscientifique, artiste et pilote d’avion, passionnée de voyages spatiaux depuis son plus jeune âge, est récemment devenue la première femme noire de l’histoire à avoir piloté un vaisseau spatial.

Son père avait aidé à guider les missions Apollo en orbite depuis la station de suivi de la NASA de Guam (ce qui lui a valu les remerciements personnels de Neil Armstrong et une foule de souvenirs de la NASA décorant sa maison). Comme Armstrong, Sian voulait devenir astronaute. Elle a donc obtenu un doctorat, son brevet de pilotage et sa certification de plongée, des compétences courantes chez les aspirants astronautes.

En 2009, Sian a rejoint le dernier carré du processus de sélection sur concours des astronautes de la NASA. Mais, lorsque la NASA a rejeté sa candidature, elle a cru que son rêve d’aller dans l’espace ne se réaliserait jamais. La scientifique a alors décidé de participer à une mission analogue et a passé quatre mois en 2013 dans une simulation de l'environnement martien à Hawaï en tant que membre d’équipage.

En plus d’avoir voyagé en orbite, Sian Proctor est également entrée dans l’histoire. Elle a obtenu son ticket pour la mission privée Inspiration4 après avoir impressionné le jury par son talent artistique, son panache et son travail visant à promouvoir ce qu’elle appelle « l’espace JEDI », une vision de l’exploration spatiale pour l’humanité placée sous le signe de la justice, de l’équité, de la diversité et de l’inclusivité.

« Nous sommes très peu à être allés dans l’espace », relève l’astronaute au sujet de la communauté noire. « J’essaie simplement de réfléchir à comment nous pouvons leur en ouvrir les portes et comment inspirer les autres pour que nous soyons plus nombreux à l’avenir ».

En septembre, pendant trois jours, Sian Proctor et ses compagnons d’équipage ont gravité autour de la Terre dans une capsule Dragon de SpaceX et ont contribué à collecter plus de 200 millions de dollars (173 millions d’euros) pour le St. Jude Children’s Research Hospital. Le commandant de la mission Jared Isaacman, qui a financé le vol ; le spécialiste de mission Chris Sembroski, qui a gagné son ticket lors d’une tombola ; et l’assistante médicale Hayley Arceneaux, survivante d’un cancer détecté alors qu’elle était enfant, complétaient l’équipage. Ils ont écouté de la musique, réalisé quelques travaux scientifiques et se sont émerveillés devant le blanc éclatant du soleil dans l’environnement stressant et extrême d’un vol dans l’espace.

National Geographic a rencontré Sian Proctor pour parler de son vol, de ses compagnons d’équipages et du message porté (elle l’espère) par la mission Inspiration4.

 

Quelles sensations procure le fait d’être en apesanteur ?

C’est formidable. Je rêve beaucoup de ça. Depuis que je suis rentrée, je passe au moins 50 % de mes nuits à rêver que je vis dans l’espace. C’est merveilleux, j’avais l’impression d’être soulevée au plus profond de moi-même. C’est difficile à décrire, mais ça s’apparente un peu au fait de voler dans un rêve.

 

Referiez-vous ce voyage ?

J’irais plus longtemps. Trois jours, ce n’est pas assez. C’était le point négatif de la mission.

 

Pourquoi ?

Le premier jour, je ne me sentais pas très bien. De nombreuses personnes souffrent du mal de l’espace. Vous n’êtes pas au mieux de votre forme. Le deuxième jour, j’allais mieux, mais j’avais encore un peu mal au crâne. Mais alors, quand je me suis réveillée le troisième jour, je chantonnais, tout était parfait. Je m’étais adaptée, je me sentais bien et je me suis dit « Quoi ? Je dois rentrer ? Non, non, non ! ». Dans l’idéal, une mission de cinq jours dans la capsule Dragon avec la coupole aurait été parfaite.

 

Avez-vous eu peur au lancement ou à l’atterrissage ?

Non. En tant que pilote, j’ai une liste de choses à faire. Lorsque nous sommes dans la phase de sortie d’orbite, nous surveillons le système, car nous pouvons avoir à procéder à certaines manipulations si l’ordinateur de vol ne fonctionne pas correctement. La principale concerne le déploiement du parachute de freinage et les parachutes principaux ; s’ils ne s’ouvrent pas comme il faut, nous devons intervenir et le faire manuellement.

C’était quelque chose de voir ces quatre parachutes se déployer, car j’ai tout de suite su que nous n’allions pas mourir en percutant trop fort l’océan.

 

Étiez-vous stressée sur la rampe de lancement ?

C’est l’un des aspects que nous avons beaucoup simulé. Tout le monde était très détendu. On attendait et on comptait les secondes, vraiment. La dernière minute avant le lancement, vous vous dites « Bon, je suppose qu’on va le faire. Allons-y ! ». Les moteurs s’allument et c’est parti pour le meilleur voyage de votre vie.

 

La coupole, cette immense fenêtre en forme de dôme, a été ajoutée pour ce vol. Qu’est-ce que cela fait de regarder la Terre depuis ce poste d’observation ?

Franchement, chapeau, c’est ce que nous avons le plus apprécié de notre voyage dans l’espace. Aucun de nous n’avait conscience que la coupole avait été conçue pour nous permettre de voir la Terre tout entière. C’était à couper le souffle. C’est très difficile à décrire. Vous laissez simplement échapper des cris d'admiration.

J’avais envie de tendre la main et de faire tourbillonner notre planète. Je n’arrêtais pas de penser que les humains créaient ce portrait en mouvement. Nous avons un impact énorme sur son apparence future et nos actions comptent. La Terre est d’une beauté époustouflante. Elle est si lumineuse ! Et puis la Lune ! Elle était comme suspendue !

 

Certains astronautes de la NASA qui ont voyagé à bord de la capsule Dragon la trouvent assez exiguë, même pour deux personnes. Comment est-ce à bord pour vous, avec trois autres personnes pendant trois jours ? Vous êtes-vous sentie à l’étroit ?

Non. Et c’est intéressant, car il n’y a pas beaucoup de place. La coupole agrandit l’espace, ce qui était agréable, mais je pense que ça ne nous a pas gênés, car nous ne pouvions pas la comparer à un vaisseau spatial. Quand on revoit les capsules Apollo et Gemini, on se demande comment ils ont pu vivre dedans. Dragon, c’est un peu la Cadillac des stations spatiales. Elle est spacieuse ! Je pense que tout est une question de perspective.

 

Que s’est-il passé avec les toilettes ? On a pu lire qu’elles avaient déclenché une alarme.

Nous avons eu un problème d’évacuation. On en a fait toute une histoire alors que ce n’était pas si grave. Nous avons été alertés, nous avons trouvé le problème et nous l’avons résolu pour pouvoir rester en orbite dans le cadre de notre mission. Il s’agissait ni plus ni moins d’êtres humains qui cherchaient comment vivre et travailler dans l’espace.

 

La gestion des déchets dans l’espace semble primordiale… La NASA vient de concevoir de nouvelles toilettes pour la Station spatiale internationale qui sont plus simples d’utilisation pour les femmes.

C’est une grande avancée. Merci, la NASA ! L’une des choses que j’ai remarquées, c’est que, bien souvent, l’espace est aménagé autour des hommes. Nous devons voir plus large. Dans ce domaine, je salue le travail de SpaceX, car ils ont créé sur mesure chacune de nos combinaisons. On ne s’est pas demandé dans quoi nous allions pouvoir rentrer ; ils ont créé les combinaisons spécifiquement pour nous. J’adore ma combinaison.

 

Vous avez pu la garder ?

Non. Si ça avait été le cas, j’en aurais fait don au Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines pour qu’elle inspire les prochaines générations. Cela aurait eu un impact. Le modèle de combinaison de SpaceX est réutilisable ; c’est essentiel pour la réduction des coûts. Donc, elles vont être réutilisées comme combinaisons d’entraînement pour les prochains équipages.

 

L’une des choses que j’ai appréciées dans votre message est votre rapport à l’art.

J’ai beaucoup de chance, vous savez, je suis une géoscientifique de formation. Quand j’ai envoyé ma candidature pour aller dans l’espace avec Inspiration4, je leur ai dit qu’ils devaient choisir un artiste et un poète. Aller dans l’espace est un élément si important de l’humanité. La part humaine qui est en nous, c’est l’art, la musique, la danse, l’expression, la culture que nous apportons. Nous n’allons pas dans l’espace en nous basant uniquement sur les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques. 

 

Et cette composante humaine devrait gagner en importance alors que nous imaginons des missions dans l’espace encore plus longues.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je dis que nous écrivons actuellement l’histoire du vol spatial habité. Jared avait cette vision concernant la manière dont nous pourrions, d’une certaine manière, établir une norme de réflexion sur le vol spatial habité. Qu’il est possible de partir faire de l’exploration parmi les étoiles et de faire le bien sur Terre dans le processus. C’est pourquoi nous cherchons à créer un espace JEDI, un espace placé sous le signe de la justice, de l’équité, de la diversité et de l’inclusivité. Nous avons le pouvoir de le faire. Nous devons donc y être attentifs.

 

Y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé savoir avant d’entreprendre cette aventure ?

Au cours de cette aventure, j’ai appris à être plus indulgente avec moi-même. Je m’inquiétais de ne pas être suffisamment bonne ou intelligente, ou de tout foutre en l’air et que l’on me prive de cette opportunité. Mais ça n’a pas été le cas ! Devenir le pilote de la mission signifiait devenir ingénieure système et je n’étais pas ingénieure. Je suis pilote, et un Cessna 172 n’a rien à voir avec une capsule Dragon. J’aime bien dire que je suis allée à l’école SpaceX, un lieu magique et mystérieux, un peu comme Poudlard. Et puis je me rappelle que je ne suis pas magicienne !

 

Il s’avère que vous êtes vraiment magicienne.

Oui, je sais ! C’est génial !

 

Vous êtes une Gryffondor ?

Je suis une Gryffondor ! C’est amusant, car Harry Potter était un thème récurrent au sein de notre équipe. Jared était le seul à ne pas avoir vu les films, donc nous lui avons fait passer le test Pottermore pour savoir à quelle maison il appartenait. Deux d’entre nous - Jared et moi - étaient dans la même maison et les deux autres appartenaient aussi à la même. Hayley et Chris étaient des Poufsouffle. Hayley est une Poufsouffle pur jus !

 

Avez-vous été surprise par quelque chose d’autre lors cette expérience, ou par la façon dont vous avez agi ?

Je pense que c’est surtout le fait d’avoir la cinquantaine et d’avoir vécu cette aventure. Le message qui ressort de cette expérience pour moi, mais aussi pour les femmes d’âge mûr, est de ne jamais faire une croix sur un rêve. Il est courant de penser qu’une grande partie de votre vie est derrière vous une fois que vos enfants ont quitté le nid ou que vous avez la quarantaine, la cinquantaine ou la soixantaine, que vous êtes trop âgée pour réaliser certains rêves que vous aviez lorsque vous étiez petite, ou que le moment pour le faire est passé.

Mais ce n’est pas le cas.

Je veux être la porte-parole de toutes les femmes, pas seulement les femmes et les filles de couleur. Nous vivons plus longtemps que les hommes. Il est primordial de comprendre que nos vieux jours peuvent correspondre aux plus belles années de notre vie, car nous avons acquis une certaine sagesse. Vous avez la cinquantaine, n’éprouvez aucun remords. Soyez le phoenix qui renaît de ses cendres. Je suis qui je suis, et j’ai une sagesse que je n’avais pas lorsque j’avais la vingtaine ou la trentaine. 

Cet entretien a été édité dans un souci de concision et de clarté.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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