Histoire

Akhenaton et les hommes politiques égyptiens

Depuis la révolution égyptienne de 2011, les hommes politiques du pays tentent de s'approprier la figure du pharaon et son héritage. Jeudi, 9 novembre

De National Geographic

3 300 ans après sa naissance, le pharaon Akhenaton inspire encore les hommes politiques égyptiens. Dans un monde qui foisonnait de génies, d’ancêtres déifiés, de démons, de divinités locales et provinciales, ce pharaon ne respectait, lui, qu’un seul dieu : Aton,  la divinité du soleil. Une véritable hérésie pour l’Égypte Antique ! Afin de marquer la rupture religieuse et idéologique de son empire, Akhenaton fît construire Amarna, une nouvelle capitale isolée dans un pan de désert. Sa réputation d’homme libre et révolutionnaire n’a pourtant pas toujours été célébrée et son héritage assumé. Ses successeurs ont même cherché à rayer son nom de l’histoire égyptienne, le qualifiant de « criminel » ou de « rebelle », et détruisant toutes les statues et représentations du monarque. Son propre fils, Toutankhamon, émit un décret renvoyant à l’état déplorable du pays sous son règne : « La terre était en souffrance ; les dieux l’avaient abandonnée. »

C’est justement l’indépendance et le monothéisme du pharaon qui séduisent les hommes politiques contemporains. Après la révolution de la place Tahir, le pays doit reconstruire un nouveau socle idéologique et politique. Comme Akhenaton en son temps, Abdel Fattah al-Sissi, président depuis 2014, veut établir une nouvelle capitale, à l’est du Caire. Un projet pharaonique, qui coûterait la bagatelle de 300 milliards d’euros ! Avant le coup d’État militaire, Mohamed Morsi et les Frères musulmans avaient aussi fait adopter une nouvelle Constitution, dans laquelle figurait une référence au « monothéisme » d’Akhenaton. Ils avaient intitulé leur programme politique « Nahda » (« renaissance » en arabe), pour faire allusion à la gloire passée de l’Égypte, dont Akhenaton est l’un des symboles.

« Vivre ces moments m’a fait beaucoup penser à Akhenaton et à l’impact des révolutions », explique Anna Stevens, directrice des fouilles récemment effectuées à Amarna, en référence à l’ascension au pouvoir du général al-Sissi. Le travail de cette archéologue a permis de mieux comprendre les us et coutumes sous le régime du pharaon. Une chose est sûre : il ne faisait pas bon vivre pour le petit peuple, dans sa capitale. L’analyse des cimetières antiques de la ville révèle que plus d’un tiers des défunts sont morts avant l’âge de 15 ans. Les enfants affichaient des retards de croissance et nombre d’adultes portaient des lésions de la moelle épinière. Preuve que les hommes ont été poussés à l’épuisement pour bâtir la capitale du pharaon. De ces fouilles archéologiques, Anna Stevens tire aussi beaucoup de leçons politiques : « Il y a des changements radicaux en haut, mais, en bas, rien ne bouge. Vous pouvez déplacer toute une ville ailleurs en Égypte ; vous pouvez déplacer tout un groupe de gens sur la place Tahir. Mais rien ne change. » Le parallèle avec l’histoire contemporaine est facile : hier comme aujourd’hui les révolutions ne profitent pas à tout le monde. La grande histoire souligne souvent les contours de la vie des personnages illustres, mais occulte la réalité de la vie des gens du peuple.

Retrouvez Akhenaton, le premier révolutionnaire égyptien ? dans le n° 212 du magazine National Geographic, paru en mai 2017.