Histoire

Ashoka, l'empereur indien passé de la conquête à la non-violence

Troublé par la violence de ses conquêtes où les morts se comptaient par centaines de milliers, le roi indien Ashoka décida de se faire bouddhiste et de traiter ses sujets avec humanité. Vendredi, 5 avril

De National Geographic

Petit-fils de Chandragupta Maurya, Ashoka (Aśoka) (~304-233 avant notre ère) a repoussé les frontières de l'empire Maurya plus loin que tout autre empereur, c'est également sous son règne que cette dynastie fut la plus puissante. La transformation de son royaume, Ashoka a su la réaliser sans recourir à l'extrême violence qui avait caractérisé le début de son règne. Elle fut au contraire le fruit des messages de tolérance et de non-violence qu'il diffusait à travers son empire tentaculaire après s'être converti au bouddhisme.

Huit ans après s'être emparé du pouvoir vers 270 avant notre ère, Ashoka était à la tête d'une campagne militaire avec l'objectif de conquérir Kalinga, un royaume côtier du centre-est de l'Inde. Sa victoire lui conféra un territoire plus grand qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait réussi à obtenir. Des récits font état de 100 000 à 300 000 vies perdues pendant la bataille.

Ashoka fut bouleversé par la masse de vies humains arrachées par ses armées. D'après ses écrits, il était « profondément affecté par le meurtre, la mort et l'expatriation engendrés par la conquête d'un pays souverain. » Plus tard, Ashoka renonça aux démonstrations de force militaires et aux autres formes de violences, notamment la cruauté envers les animaux. Il se fit alors le défenseur du bouddhisme et usa de son influence pour favoriser le développement de cette philosophie sur l'ensemble du territoire indien. Selon certaines sources, il envoya des émissaires dans plusieurs pays, dont la Syrie et la Grèce, et fit de ses propres enfants des missionnaires au Sri Lanka.

L'empereur partageait sa nouvelle vision de la vie à travers des édits gravés dans la pierre et sur des piliers répartis à différents endroits du royaume, sur des sites de pèlerinage et le long des routes commerciales très fréquentées. Ces édits sont considérés comme les premiers exemples d'écriture de l'histoire indienne. Ils n'étaient pas gravés dans la langue officielle du pays, le sanskrit, mais dans des dialectes locaux afin que les messages puissent être compris de tous. Par exemple, un édit installé près de la ville actuelle de Kandahar en Afghanistan, qui fut pendant un temps sous le contrôle d'Alexandre le Grand, fut écrit en grec et en araméen.

Un peu à la manière de Cyrus avec l'empire Perse, Ashoka adoptait et prônait une politique fondée sur le respect et la tolérance des autres confessions. On pouvait lire sur l'un des édits : « Tous les Hommes sont mes enfants. À mes enfants, je souhaite prospérité et bonheur dans ce monde et dans le prochain, mes souhaits sont les mêmes pour tous les Hommes. »

D'autres édits incitaient les citoyens à faire preuve de générosité, de piété, d'équité et de miséricorde. Ashoka et ses hauts fonctionnaires visitaient régulièrement le royaume afin d'attester du bien-être du peuple et de se rendre compte de la façon dont ses édits étaient appliqués. Si l'on en croit l'un des piliers, ces fonctionnaires offraient au peuple et aux animaux des soins médicaux et un accès aux hôpitaux.

 

À L'ÉCOUTE DU PEUPLE

En plus de ses édits, Ashoka édifia des stupas, des monastères et d'autres édifices religieux sur des sites bouddhistes notoires, comme Sarnath. L'empereur était un gouvernant averti. Il dirigeait un gouvernement centralisé depuis la capitale de l'empire Maurya : Pataliputra. Son administration collectait des impôts. Il chargeait ses inspecteurs de lui présenter des comptes rendus. L'agriculture a pu se développer grâce à l'irrigation. Véritable emblème des empires du monde antique, des routes de qualité furent construites pour relier les points stratégiques et les centres politiques. Ashoka exigea même que ces routes soient bordées d'arbres d'ombrage, de puits et d'auberges.

Après sa mort, la gouvernance humaine d'Ashoka se volatilisa avec le déclin de l'empire Maurya. Son règne tomba dans l'oubli pour ne devenir qu'une légende, jusqu'à ce que des archéologues traduisent ses édits plus de 2 000 ans plus tard. À leur époque, ces édits avaient permis l'unification d'un vaste empire grâce aux messages vertueux qu'ils véhiculaient et avaient dans le même temps participé à la diffusion du bouddhisme à travers l'Inde.

Ce texte est un extrait du hors-série The Most Influential Figures of Ancient History.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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