Exploration d'une épave "figée dans le temps" découverte dans l'Arctique

Les chercheurs ont fait des découvertes fascinantes en explorant le HMS Terror, l'un des deux navires perdus au cours de l'expédition Franklin.jeudi 29 août 2019

De Roff Smith
Pour examiner les ponts inférieurs du HMS Terror, un archéologue de Parcs Canada insère un drone miniature sous-marin à travers une lucarne.

L'épave du HMS Terror, l'un des navires perdus au cours de l'expédition de 1845 menée par Sir John Franklin dans le but de trouver le passage du Nord-Ouest, est étonnamment bien préservée, selon des archéologues de Parcs Canada, qui ont récemment eu recours à des drones sous-marins pour observer l'intérieur du navire historique.

« Le navire est incroyablement bien préservé », indique Ryan Harris, l'archéologue en chef du projet. « Quand vous l'observez, vous avez du mal à croire que c'est une épave vieille de 170 ans. On ne voit tout simplement pas ce genre de choses très souvent. »

Mise au jour en 2016 dans les eaux glacées de l'île du Roi-Guillaume dans le Grand Nord canadien, l'épave n'avait pas encore été étudiée dans les détails. Profitant d'une mer inhabituellement calme et d'une bonne visibilité sous-marine, une équipe de Parcs Canada, en partenariat avec les Inuits, a débuté ce mois-ci une série de sept plongées pour explorer l'épave plus avant. Avançant rapidement dans l'eau glacée, les plongeurs ont inséré des drones miniatures télécommandés à travers les ouvertures de l'écoutille principale et les lanterneaux des cabines de l'équipage, du mess des officiers et de la cabine du capitaine.

« Nous avons pu explorer 20 cabines et compartiments, en allant de pièce en pièce », explique Harris. « Les portes étaient toutes étrangement grandes ouvertes. »

Ce qu’ils ont vu les a à la fois étonnés et ravis : assiettes et verres étaient encore disposés sur des étagères, lits et bureaux étaient en ordre, des instruments scientifiques étaient encore dans leurs étuis - et des indices laissant à penser que des journaux, des cartes et peut-être même des photographies anciennes pouvaient avoir été conservés sous les dépôts de sédiments recouvrant de nombreux artefacts.

« Ces couches de sédiments, associées à l’eau froide et à l’obscurité, créent un environnement anaérobie presque parfait, idéal pour la préservation de matières organiques délicates telles que les textiles ou le papier », explique Harris. « Il y a une très forte probabilité de trouver des vêtements ou des documents, dont certains sont peut-être encore lisibles. Les cartes roulées ou pliées dans le placard à cartes du capitaine, par exemple, pourraient très bien avoir survécu. »

Le H.M.S. Terror et l'Erebus étaient des navires de la marine britannique ultramodernes en 1845, année où l'expédition Franklin commença au large de la Grande-Bretagne.

Le seul endroit sous le pont auquel l’équipe n’avait pas accès était le pavillon du capitaine. Selon les apparences, la dernière personne à quitter le navire en a fermé la porte. « Curieusement, c’était la seule porte fermée du navire », indique Harris. « J'aimerais savoir ce qui s'y trouve. »

L'hypothèse qu'il y ait des images de l'expédition à découvrir est tout aussi séduisante. On sait qu'il y avait à bord un appareil à daguerréotype. S'il a été utilisé, les plaques de verre pourraient toujours être à bord. « Et s’il en existe, il sera également possible de les développer », déclare Harris. « Cela a déjà été fait lors de découvertes sur d'autres naufrages. Les outils existent déjà. »

 

UN GRAND MYSTÈRE

Le destin de l'expédition Franklin a été l'un des grands mystères de l'Histoire. Ce que l’on sait, c’est que Sir John Franklin est parti en mai 1845 avec un équipage de 133 hommes et l’ordre de découvrir le Passage du Nord-Ouest - un objectif resté non-atteint par les explorateurs pendant des siècles.

À l'époque comme aujourd'hui, la géopolitique était un élément moteur de l'exploration de l'Arctique, la Royal Navy souhaitant obtenir le raccourci légendaire du Pacifique avant les Russes, qui avaient leurs propres aspirations maritimes. Dans cet esprit, aucune dépense n'a été épargnée.

Franklin obtint le commandement de deux navires ultramodernes, Erebus et Terror, tous deux équipés de coques et de moteurs à vapeur robustes et gainés de fer, ainsi que du meilleur équipement scientifique existant et de suffisamment de vivres et d'équipement pour tenir trois années entières. L'expédition Franklin était de fait l'une des expéditions les mieux préparées et les mieux équipées ayant jamais levé l'ancre au large des côtes britanniques.

L'expédition maudite était menée par un héros britannique et explorateur arctique, Sir John Franklin.

Après de brèves escales dans les Orcades et au Groenland, les deux navires se dirigèrent vers l'Arctique canadien dans l'espoir de se frayer un chemin à travers son labyrinthe de détroits, de baies et d'îles et d'atteindre finalement l'océan Pacifique. Les derniers regards européens qui se sont posés sur les navires étaient ceux des membres des équipages de deux navires baleiniers qui ont croisé la route du Erebus et du Terror à la fin du mois de juillet 1845 lors de la traversée entre le Groenland et l'île reculée du Canada, Baffin. Après cela, plus personne ne les a jamais vus naviguer.

Comme les années passaient sans nouvelle des équipages, des groupes de recherche ont été envoyés. Au fil du temps, la découverte de squelettes et d'équipements, ainsi que des preuves troublantes de cannibalisme, ont clairement montré que l'expédition avait été un échec. Mais les raisons et les conditions de cet échec restaient un mystère.

Une brève note trouvée sous un cairn révèle quelques éléments de l'envers de l'expédition ratée. Datée d'avril 1848 et signée par Francis Crozier - capitaine du Terror, qui avait alors pris le commandement de l'expédition, la note mentionne que les navires étaient immobilisés dans les glaces depuis un an et demi, que vingt-quatre membres de l'équipage étaient déjà morts - dont Franklin - et que Crozier et les autres survivants avaient l’intention de tenter de se rendre par la route à un poste éloigné situé à des centaines de kilomètres de la partie continentale canadienne. Aucun d'entre eux n'y est jamais parvenu.

Le mystère reste entier de savoir comment une expédition si bien préparée a pu si mal tourner. Mais ces dernières années, les deux pièces les plus importantes du puzzle - les navires eux-mêmes - ont été découvertes : Erebus en 2014, au large de l'île du Roi-Guillaume, et Terror deux ans plus tard, retrouvé dans une baie à environ 45 km de là et en grande partie intact.

Pourquoi les navires se sont-ils retrouvés si éloignés l'un de l'autre, lequel s'est échoué en premier, et pourquoi et comment les navires ont-ils coulé ? Ce sont des questions auxquelles les archéologues espèrent un jour répondre.

« Il n'y a aucune raison évidente pour que le Terror ait coulé », explique Ryan. « La glace ne l'a pas brisé et il n'y a pas de brèche dans la coque. Pourtant, il semble s’être affaissé rapidement et soudainement avant de doucement couler vers le bas. Que s'est-il passé ? »

Trouver des réponses ne sera pas chose aisée, et ce malgré la grande quantité d'artefacts mis au jour. Les chercheurs ont prévu de fouiller les deux épaves, mais ce sera un processus lent qui prendra des années.

« Plonger ici est extrêmement difficile », déclare Ryan. « L'eau est extrêmement froide, ce qui fait qu'on ne peut pas y rester très longtemps, et la saison de plongée est courte : quelques semaines si vous êtes chanceux, quelques jours sinon. »

Les travaux de cette saison sur le Terror ont déjà fourni des indices incroyables qui aideront les chercheurs à élaborer une chronologie de l'expédition.

« Nous avons remarqué que l'hélice du navire était toujours en place », explique Ryan. « Nous savons qu'il y avait un mécanisme pour le sortir de l'eau en hiver afin qu'il ne soit pas endommagé par la glace. Et donc le fait qu'il soit déployé suggère que c'était probablement le printemps ou l'été lorsque le navire a coulé. Autre preuve : le fait qu'aucun des lanterneaux n'a été fermé, comme cela aurait été le cas pour les protéger des neiges hivernales. »

Il ne fait aucun doute que les sédiments protègent de nombreux autres artefacts dans ces cabines, conclut Ryan. « D'une manière ou d'une autre, je sais que nous irons au fond de l'histoire. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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