Jesse James, portrait du premier ennemi public américain

Comment un garçon de ferme est-il devenu le légendaire tueur au sang-froid ?

De Mark Lee Gardner
Meurtrier et voleur, Jesse James était lourdement armé au moment de poser pour cette photographie dans ...

Meurtrier et voleur, Jesse James était lourdement armé au moment de poser pour cette photographie dans les années 1860.

Photographie de Bridgeman / ACI

Pour reprendre les mots d'une ballade populaire du 19e siècle intitulée « Jesse James », le célèbre bandit « était connu à travers tout le pays. Parce que Jesse, il était vif et courageux. » Et, dans une certaine mesure, Jesse James était à la hauteur de ces paroles.

Au cours des douze années qui séparent 1869 de 1881, Jesse James aurait participé à dix-neuf braquages, de banques, de trains ou de diligences, sur une zone délimitée par le Mississippi au sud, la Viriginie-Occidentale à l'est et le Minnesota au Nord. Près de vingt personnes sont mortes au cours de ces attaques, y compris sept partenaires de Jesse, ce qui n'empêcha pas la bande d'insolents de réitérer leurs méfaits. Les autorités et les détectives privés échouèrent à plusieurs reprises dans leur tentative de coincer Jesse et son gang, ce qui valut au Missouri le surnom d'État des voleurs.

La fascination pour Jesse James a provoqué une forte demande auprès des éditeurs. Cette nouvelle de 1903 raconte comment le roi des hors-la-loi a une nouvelle fois échappé aux autorités.

Photographie de Mark Lee Gardner

Cependant, bien avant le Jesse vif et courageux, le Jesse mythique des ballades, des romans à dix cents et des films, il y avait un garçon aux yeux bleus, fils d'un pasteur baptiste et d'une mère dévouée, entré à l'âge adulte dans un pays déchiré par l'esclavagisme et les conflits de loyauté.

Nés dans le Kentucky, les parents de Jesse se sont rencontrés en 1841. Son père, Robert, étudiait au Georgetown College et sa mère, Zerelda Cole, fréquentait une école catholique près de Lexington. D'après l'un de ses camarades de classe, Robert était un élève brillant mais « sa maladresse et son apparence ingrate faisaient de lui une cible facile de plaisanteries. »  Loin d'être susceptible, Robert prenait ces moqueries à la légère et en rien de temps il devint l'un des étudiants les plus populaires de son université. De même, Zerelda ne resta pas longtemps insensible aux charmes de Robert et ils se marièrent au mois de décembre de la même année ; lui avait 23 ans, elle en avait 16.

L'année suivante, alors en visite chez la mère et le beau-père de Zerelda dans l'ouest du Missouri, le couple est séduit par cette contrée fertile et se dit que la Frontière aurait bien besoin d'un nouvel homme de Dieu. Laissant Zerelda dans le Missouri, Robert regagne le Kentucky pour achever sa formation et obtient son diplôme de premier cycle le 23 juin 1843 (son Master arriverait cinq ans plus tard). Lorsqu'il retourne auprès de Zerelda cet été-là, elle porte dans les bras leur premier enfant : Alexander Franklin James. Robert fit l'acquisition d'une ferme sur un terrain de 90 hectares dans le comté de Clay et c'est dans cette ferme que naquît Jesse Woodson James le 5 septembre 1847, suivi d'une fille, Susan, en 1849.

 

LES JEUNES ANNÉES

L'étudiant brillant, jadis maladroit, devint rapidement un personnage puissant dans la région. Lorsqu'il prit ses fonctions de pasteur au sein de la New Hope Baptist Church, sa communauté ne comptait que 20 membres mais sept ans plus tard, ils sont près de 300. En 1849, il prit part au comité fondateur du William Jewell College dans le Missouri, toujours en activité à ce jour. Mais en 1850, Robert décida de laisser derrière lui femme, enfants et paroissiens pour se joindre à un groupe de résidents du comté de Clay en partance pour la Californie. Depuis la découverte d'or deux ans plus tôt, le rêve d'une richesse rapide attirait des milliers d'aventuriers venus de loin tenter leur chance dans ce nouvel El Dorado.

Peinture du 19e siècle représentant Robert James, pasteur, agriculteur et propriétaire d'esclaves, mort alors que Jesse était encore un jeune enfant. La perte de Robert a lourdement affecté la famille James.

Photographie de The Jesse James Birthplace/Mark Lee Gardner

Une histoire transmise dans la famille raconte comment le petit Jesse s'était agrippé à son père en le suppliant de ne pas partir. Une fois parti à l'Ouest, Robert écrivait consciencieusement à sa famille.

« Transmets mon amour à tous les amis qui demandent de mes nouvelles, » pouvait-on lire en conclusion d'une lettre envoyée à Zerelda, « et gardes-en un peu pour toi et embrasse Jesse pour moi et dis à Franklin de bien se comporter et d'apprendre vite. Enfin, je terminerai en te demandant de vivre dans la prière et de faire appel à Dieu pour qu'il t'aide à mettre les enfants sur le chemin du devoir. Prends soin de toi jusqu'à ma prochaine lettre. » Cette année-là, les lettres ont cessé à l'automne, Robert James venait de succomber à une maladie inconnue dans un campement minier de Californie. »

Malgré les temps difficiles suscités par la mort de Robert et un bref second mariage avec un homme peu affectueux envers les enfants (et mort d'une chute à cheval), Zerelda fit tout son possible pour permettre à la fratrie James de vivre décemment de la ferme familiale, notamment en s'assurant que celle-ci reste sa propriété et celle de ses enfants. Zerelda est même allée jusqu'à exiger la rédaction d'un contrat prénuptial auprès de son troisième et dernier mari, Reuben Samuel, un médecin également originaire du Kentucky qu'elle épousa en 1855.

Les bois et les champs du comté de Clay étaient le terrain de jeu des frères James mais la vie à cette époque et dans cette région était loin d'être idyllique. Avec ses nombreuses plantations de tabac ou de chanvre, le Missouri était gangréné par l'esclavage. En 1850, il y avait 2 742 esclaves dans le comté de Clay, six d'entre eux appartenaient au révérend James dont le voyage en Californie avait d'ailleurs été financé par la vente d'un jeune esclave. Sur ces six esclaves, un seul adulte, une femme de trente ans appelée Charlotte dont les tâches se limitaient aux corvées ménagères et à s'occuper des enfants, qu'ils fussent esclaves ou libres.

 

Cette carte en couleur des États-Unis de 1854 illustre les effets de la loi sur le Kansas-Nebraska.

Photographie de NORTH WIND PICTURE / ALAMY / ACI

LA GUERRE CIVILE DES JAMES

Malgré le peu de kilomètres qui les séparait de la frontière avec le Kansas, une soixantaine environ, la famille de Jesse était relativement isolée des violences suscitées par l'adhésion à l'Union du territoire du Kansas, à savoir si elle se ferait en tant qu'État esclavagiste ou libre. Mais lorsque la guerre de Sécession éclata en 1861, la famille se retrouva dans une toute autre situation. « Les partis étaient mélangés et tout le monde jouait l'espion pour son propre camp, » témoignait Frank James à propos de l'atmosphère qui régnait dans le comté de Clay pendant la guerre. « Vous étiez pour le Sud et votre voisin était pour Lincoln. » En tant que propriétaires d'esclaves originaires du Kentucky, le choix de la famille de Jesse ne laissait aucune place au doute. D'après un de leurs voisins, lorsque la nouvelle de la guerre arriva aux oreilles de la famille, Frank James « était enragé, tirant des coups de feu et hurlant le nom de Jeff Davis. » Il n'avait que 18 ans.

Jesse était bien trop jeune pour s'enrôler. Frank alla quant à lui gonfler les rangs des Confédérés en rejoignant la Garde de l'État du Missouri et en cinq mois à peine il participa à deux batailles majeures, Wilson’s Creek et Lexington, toutes deux des victoires confédérées. Il passa cependant l'hiver alité dans un hôpital militaire à cause, non pas d'une balle, mais de la rougeole. Fait prisonnier par l'Armée fédérale, Frank fut immédiatement libéré sur parole et renvoyé chez lui sous serment de ne pas reprendre les armes contre l'Union. Mais alors que la guerre dans le Missouri se muait en une série d'atrocités sanglantes et de violentes représailles, il était impensable pour un jeune homme valide de ne pas partir au combat.

Au mois de mai 1863, Frank alla rejoindre la troupe de guérilleros menée par le sudiste William Clarke Quantrill. Également connue sous le nom de bushwackers, cette cavalerie clandestine opérait en général indépendamment de l'Armée des États confédérés et fixait ses propres objectifs selon le bon vouloir de ses leaders. Ils subvenaient à leurs besoins grâce aux pillages auxquels ils se livraient et à l'aide de leurs proches, ce qui explique pourquoi la ferme des James reçut une visite des milices fédérales peu de temps après le départ de Frank.

Cette gravure sur bois représente le massacre de Lawrence, au Kansas. Sous les ordres de William C. Quantrill, il fera plus de 150 victimes civiles.

Photographie de AKG/ALBUM

Les hommes de la milice étaient persuadés que Frank se cachait dans les environs avec d'autres bushwhackers et sommèrent le jeune Jesse d'indiquer leur position. Lorsqu'il refusa de parler, il fut battu et fouetté sans merci, puis ils torturèrent son beau-père, Reuben Samul, le soulevant par une corde accrochée au cou jusqu'à ce qu'il accepte de les mener au campement des bushwhackers. La milice n'était pas venue pour faire des prisonniers et ouvrit immédiatement le feu, faisant deux morts. Frank prit ses jambes à son cou en échappant de justesse aux balles qui sifflaient de toutes parts. « À partir de ce jour, Jesse ne pensait qu'à une seule chose : se venger, » allait plus tard raconter Frank.

La vendetta de Jesse James allait toutefois devoir attendre l'année suivante. Il n'avait que 15 ans et, plus important encore, les précieux plants de tabac appartenant à sa famille nécessitaient son attention. Avec l'aide d'un esclave, il s'occupa de la plantation jusqu'à la récolte. L'hiver suivant, la plupart des guérilleros avaient installé leurs campements au Texas avant de regagner la région au printemps en quête de nouvelles recrues. Plantations ou non, rien ne pourrait empêcher Jesse James de s'enrôler cette fois. Comme son frère Frank avant lui, il partit au combat.

Cette chromolithographie représente les soldats de l'Union torturant Reuben Samuel, le beau-père de Jesse James, en mai 1863. Gravement blessé, Samuel accepta de leur révéler la position de son beau-fils Frank et de ses compagnons Bushwackers.

Photographie de Mark Lee Gardner Collection

Les frères James commencèrent à mettre leur vengeance à exécution en juin 1864. Les témoignages divergent, mais certains affirment que Jesse aurait lui-même tué Brantley Bond, l'un des miliciens auteurs des coups de fouet et responsables de la torture de son beau-père. Bond se serait rendu aux bushwackers et les aurait implorés de lui laisser la vie sauve mais l'histoire raconte que Jesse lui aurait alors rappelé ses actes avant de l'abattre d'une balle. Un autre membre de la milice, Alvis Dagley, travaillait dans un champ près de chez lui lorsqu'il fut repéré par les guérilleros. Ils l'escortèrent jusqu'à la route où Frank lui fit connaître le même sort qu'à Brantley Bond. « Il nous arrivait de brûler les maisons des Yankees, » admettra Frank des années plus tard. « Les espions, on les fusillait. Tout le monde faisait ça. Si on ne l'avait pas fait, on n'aurait pas duré une semaine. »

Jesse fut blessé à deux reprises cet été-là. La plus sérieuse des deux blessures lui fut infligée alors qu'il tentait de voler une selle laissée sans surveillance, apparemment. Le propriétaire de ladite selle, un fermier allemand pro-Union, s'aperçut de ce qui était en train de se passer et dégaina rapidement son revolver depuis son pas de porte, touchant le jeune voleur du côté droit de la poitrine. Jesse dut attendre quelques semaines avant de retrouver l'utilité d'une selle. Sa deuxième blessure, il se l'infligea lui-même en nettoyant l'un de ses pistolets qui détonna subitement et lui arracha l'extrémité du majeur de la main gauche.

Le sang gicla et Jesse de s'écrier : « O, ding it! ding it! How it hurts! » (en français, Oh, zut ! Zut ! Ça fait mal !). À compter de ce jour, la famille de Jesse James et ses amis le surnommèrent « Dingus ».

Jesse James, à l'âge de 15 ans.

Photographie de The Jesse James Birthplace/Mark Lee Gardner

En septembre, Jesse et Frank avaient rejoint la guérilla de William T. Anderson, dit « Bloody Bill » (Bill le sanguinaire), dont les hommes étaient tristement célèbres pour leur tendance à arracher le scalp de leurs ennemis. Le 27, les bushwackers d'Anderson pillèrent la ville de Centralia, dans le Missouri, et tuèrent 24 soldats fédéraux en permission arrivés par malchance en train au beau milieu du chaos. Plus tard ce jour-là, les guérilleros d'Anderson mirent en déroute un bataillon de 115 soldats de l'Union qui les avaient pris en poursuite. En tête de peloton sur un cheval rapide, Jesse s'approcha au galop du commandant de l'Union et le désarçonna d'une balle en pleine tête. Seule une poignée de soldats de l'Armée fédérale réussirent à s'enfuir sains et saufs.

Ce fait d'armes allait rendre Jesse célèbre, mais Centralia serait le dernier tour de piste sanglant des bushwackers, Anderson mourut le mois suivant lors d'un affrontement avec la milice unioniste. Après un nouvel hiver passé au Texas, les guérilleros regagnèrent le Missouri au printemps pour un nouvel épisode de pillages et de massacre des troupes de l'Union, mais la Confédération n'était plus, tout comme le rôle de Jesse dans la guerre. Le 15 mai, au cours d'une fusillade avec une patrouille fédérale près de Lexington, dans le Missouri, une balle de revolver transperça le poumon droit de Jesse à l'endroit même où il avait été blessé l'année précédente. Cette fois en revanche, il faillit y laisser la vie.

D'après sa famille, Jesse était en chemin pour se rendre lorsque son escadron a essuyé l'attaque. Quoi qu'il en soit, il finira par se rendre après avoir été blessé à nouveau. Une semaine plus tard, alors qu'il se reposait dans un hôtel de Lexington afin de récupérer de ses blessures, Jesse James prêta allégeance aux États-Unis. Son frère, Frank, déposa les armes le 26 juillet.

 

L'APRÈS-GUERRE

Il faudra plusieurs mois à Jesse pour se remettre totalement de ses blessures. À son retour dans le comté de Clay, il constata que ses voisins unionistes n'avaient pas l'intention d'oublier le passé. Il en allait de même pour les Républicains radicaux qui composaient le corps législatif du Missouri. La nouvelle constitution étatique qu'ils ratifièrent abolissait l'esclavage. Elle interdisait également à tout citoyen de voter, d'occuper une fonction publique ou d'enseigner s'il ne prêtait pas un serment renforcé. Celui-ci, connu sous le nom d'Ironclad Oath, était radicalement différent du serment d'allégeance exigé des anciens soldats de la rébellion. Un fidèle à l'Ironclad Oath devait jurer qu'il ou elle n'avait jamais combattu pour, ni soutenu, ni même sympathisé avec le Sud. Puisque les ex-guérilleros et leurs familles ne pouvaient pas légitimement respecter ce serment, ils furent, un temps, évincés de la vie politique ou publique du Missouri d'après-guerre.

Le revolver Colt Single Action Army de Jesse James, fabriqué en 1880.

Photographie de Frazier History Museum

Comme avaient pu le faire Quantrill et Bloody Bill avant eux, certains citoyens privés de leur droit décidèrent de faire leur propre loi. Le 13 février 1866, entre 10 et 12 hommes arrivèrent à Liberty, dans le Missouri, et dévalisèrent la Clay County Savings Association de son or, de sa monnaie et de ses obligations d’État pour un butin total de 60 000 dollars, essentiellement le fruit de l’épargne des Unionistes. Un passant fut tué pendant le braquage. D’après les journaux, les voleurs étaient « un gang d’anciens bushwackers devenus hors-la-loi. » Jesse n’était pas impliqué dans l’attaque mais il est fort probable que son frère Frank y ait participé, aux côtés d’un autre ancien membre de la guérilla répondant au nom de Cole Younger.

Quant à savoir pourquoi les James et les Youngers se tournèrent vers le banditisme après la guerre de Sécession alors que leurs compagnons d'armes regagnèrent par milliers leurs foyers pour mener une vie pacifique, la question est délicate. La réponse apportée par Jesse et Frank était que leurs ennemis ne leur auraient pas permis de reprendre leur vie d'avant. « Ma vie était constamment menacée, » indiquera plus tard Jesse à un journaliste à propos de son retour dans la ferme du comté de Clay, « et j'étais toujours obligé de sortir lourdement armé. » Usant d'un dicton américain, Frank dira qu'ils avaient « autant de chances de se retirer pour entretenir leur ferme et profiter d'une vie décente qu'un "chien en suif de pourchasser un chat d'amiante jusqu'en enfer". » Bref, aucune chance.

Une autre réponse qu'auraient pu donner Frank et Jesse, probablement plus crédible, était que les vols de banques et de trains constituaient une source d'argent facile, une occupation pour laquelle ils avaient de surcroît un talent non négligeable.

Le premier braquage de Jesse James fut une banque de Missouri plus tard transformée en magasin de chaussures, comme on peut le voir sur cette photo prise en 1904 sur laquelle sont rassemblés les premiers résidents de Gallatin. La troisième personne assise en partant de la gauche est Samuel P. Cox, que James pensait avoir tué pendant le braquage.

Photographie de Library of Congress/Getty Images

 

PREMIER BRAQUAGE

Le nom de Jesse apparut dans liste des participants à de nombreuses attaques mais les preuves solides de sa participation sont aussi évasives que l'était lui-même le hors-la-loi. Le premier braquage de banque auquel Jesse James peut indéniablement être rattaché eut lieu trois ans après l'affaire de Liberty, mais ce « vol » aurait en fait servi de couverture à un assassinat.

Le 7 décembre 1869, deux hommes firent irruption dans le bâtiment de la Daviess County Savings Association, Missouri, tuèrent le guichetier sans raison apparente puis attrapèrent une petite boîte en métal avant de s'enfuir. L'un des voleurs fut renversé par son cheval et les deux hommes durent alors prendre la fuite sur le dos d'une seule monture. Au cours de leur périple à travers le pays, les bandits ne se gêneront pas pour évoquer devant plus d'une personne comment ils venaient d'abattre l'un des résidents de Gallatin, le major Samuel P. Cox, commandant de la milice qui avait tué Bloody Bill Anderson. En ce qui les concernait, leur défunt chef était vengé.

Les méfaits de Jesse James et ses partenaires de crime sont immortalisés dans la fresque cyclique « A Social History of the State of Missouri » réalisée par Thomas Hart Benton en 1936 et exposée dans le Capitole de l'État du Missouri.

Photographie de Mark Lee Gardner. © Benton Testamentary Trusts/UMB Bank Trustee/Vegap, Barcelona, 2018

Malheureusement pour le guichetier, son passage de vie à trépas était le fruit d’une erreur d'identification. Au lieu d'abattre Cox comme ils le pensaient, les bandits tuèrent John W. Sheets. En revanche, aucune erreur d'identification ne pouvait être commise concernant la jument racée abandonnée par les voleurs : une championne de courses baptisée Kate et son propriétaire n'était autre que Jesse James.

Au mois de mai, Jesse et Frank furent tous deux accusés du meurtre de John W. Sheets par un grand jury qui demanda à Jesse d'écrire une lettre au gouverneur de l'État dans laquelle il défendrait son cas. Dans sa lettre, Jesse niait sa participation et celle de Frank au braquage et assurait au gouverneur que son alibi pouvait être confirmé par « certains des meilleurs hommes du Missouri. » « Gouverneur, poursuivait-il, quand je serai persuadé d'avoir droit à un procès équitable, je me livrerai moi-même aux autorités civiles du Missouri. Mais je ne me rendrai jamais pour être lynché par une bande de lâches assoiffés de sang. »

John Newman Edwards, journaliste du 19e siècle, défenseur des frères James.

Photographie de THE MARK LEE GARDNER COLLECTION

Âgé de 22 ans, Jesse James était désormais un hors-la-loi. Les douze années qui suivront verraient s'enchaîner les cavales, les braquages et les victimes innocentes, les lettres de déni et les propositions de reddition à condition d'un procès équitable. Jesse, son frère Frank et leurs frères d'armes étaient devenus les ennemis publics numéro un, les plus haïs mais également les plus glorifiés du pays, jusqu'en 1882 où le périple de Jesse s'arrêta brutalement.

Il fut abattu d'une balle dans la tête tirée dans son dos par l'un des membres de son gang, Robert Ford, qui s'était fait promettre une généreuse récompense par le gouverneur du Missouri.

Voleur et assassin, Jesse James devint une légende à son époque. Cette photographie publiée à sa mort en 1882 a été certifiée par la femme de James comme « la toute dernière photographie de son défunt mari avant son mort. »

Photographie de Missouri State Archives

En réalité, la balle qui eut raison de Jesse James avait été tirée des années avant que Ford n'appuie sur la détente de son revolver. Alors qu'il était encore jeune, la vie de Jesse fut irrémédiablement affectée par la violence d'une guerre atroce, elle-même conséquence des monstruosités commises au nom de l'esclavagisme. À l'instar de ses camarades bushwackers, pour la plupart adolescents, Jesse James devint insensible à la violence, l'esprit rongé par une seule idée : la vengeance. Il tuait des hommes et d'autres hommes tentaient de le tuer. Il apprit à voler et à piller, justifiant ses actions par son propre sens vicié de la morale. Telles sont les caractéristiques d'un hors-la-loi.

Le journaliste et fervent défenseur des frères James, John Newman Edwards, ne reniait en aucun cas le fait que Jesse et Frank étaient de « mauvais citoyens. » Mais, expliquait-il, « ils sont mauvais, car ils vivent avec leur temps. » Plus de 150 ans plus tard, Jesse James semble avoir totalement échappé au temps, car la vie et les méfaits de ce fils de pasteur baptiste devenu hors-la-loi semblent gravés à jamais dans la conscience des Américains.

 
Natif du Missouri, Mark Lee Gardner est un auteur et historien primé installé au pied du pic Pikes dans le Colorado. Il travaille actuellement sur l'écriture d'une double biographie des chefs amérindiens lakotas, Crazy Horse et Sitting Bull.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
 
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