À Pompéi, de nouveaux indices ensevelis sous les cendres

Un artefact vient valider l’hypothèse d’une éruption plus tardive, survenue en octobre et non en août comme l’affirment certains historiens.

Thursday, July 30, 2020,
De Ruben Montoya
Un travailleur retire les fragments de lave (lapilli) de l’atrium de la maison d’Orion dans la ...

Un travailleur retire les fragments de lave (lapilli) de l’atrium de la maison d’Orion dans la région V de Pompéi. Les peintures découvertes font partie d’un art décoratif appelé le premier style (200 à 80 avant J.-C.).

Photographie de CESARE ABBATE/EPA/EFE

Il y a quelques siècles, une ancienne ville romaine fut découverte : Pompéi. Depuis, très peu de sites archéologiques fascinent autant le monde. Les fouilles continuent de révéler d’innombrables trésors bien enfouis et les nouvelles découvertes sont le fruit d’un travail considérable dans une petite zone, la région V, qui permet désormais de mieux comprendre les derniers jours de la ville dévastée.

En plus des fouilles exhaustives menées dans la maison au jardin et la maison d’Orion, des fresques, des peintures murales, des mosaïques représentant des figures mythologiques aux couleurs extraordinaires, des squelettes qui racontent des histoires, des pièces de monnaie, des amulettes et des chevaux de course dans l’étable d’un riche propriétaire foncier furent déterrés.

Ces nouvelles trouvailles relancent le débat sur l’histoire tragique de Pompéi. Avant l’éruption du Vésuve qui ensevelit la ville sous une pluie de cendres et de pierres en 79 après J.-C., un travailleur griffonna quelques mots sur un mur. « Il s’est bâfré », peut-on lire. Une inscription drôle qu’il prit cependant soin de dater : le 17 octobre. Ce graffiti vint donc valider l’hypothèse d’une éruption plus tardive, survenue en octobre et non en août comme l’affirment certains historiens.

 

PRÉSERVER LE PASSÉ

Ces remarquables découvertes ne furent pas mises au jour dans le cadre de fouilles mais lors de travaux d’entretien d’urgence du site. De 2012 à décembre dernier, Pompéi fut l’équivalent archéologique d’une unité de soins intensifs. Financé par l’Union européenne au coût de 114,8 millions de dollars (environ 98 millions d’euros), le « Grand Projet Pompéi » répond à un appel lancé par l’UNESCO pour éviter d’inscrire Pompéi sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Depuis les années 1960, le site fut constamment ravagé par la négligence, le mauvais drainage, les tremblements de terre, le tourisme de masse, le vol et le vandalisme. En 2010, de fortes pluies conduisirent à l’effondrement de la Schola Armaturarum, un édifice emblématique où les gladiateurs avaient l’habitude de s’entraîner avant les combats. Pompéi tomba en ruines. Seuls dix des bâtiments de la ville restèrent ouverts au grand public contre 64 en 1956. Plus de 70 % du site était désormais fermé aux visiteurs.

Les efforts de préservation ont jusqu’ici été couronnés de succès. 40 édifices sont maintenant ouverts, y compris la Schola Armaturarum et les monuments qui n’ont jamais fermé leurs portes comme le forum, les bâtiments environnants, les théâtres et l’amphithéâtre. Selon Massimo Osanna, directeur du parc archéologique de Pompéi, le Grand Projet Pompéi « a permis de sécuriser tout le site archéologique, de le restaurer et de rouvrir des sections entières, des rues et des bâtiments auxquels l’accès a été trop longtemps interdit au public. Aujourd’hui, Pompéi est incontestablement dans un meilleur état que par le passé. »

La fouille de la région V, située entre Via del Vesuvio et Via di Nola et qui s’étend sur plus de 2 000 mètres carrés, a conduit à la découverte d’un quartier résidentiel huppé comprenant des fresques et des artefacts extraordinaires. La partie ouest de la région V, de Via del Vesuvio à la rue des balcons, est désormais accessible au public. Les futures fouilles seront concentrées sur la région VIII qui nécessite urgemment des travaux de sécurité et de conservation.

Photographie de ESTUDI LLIMÓS

Au 19e siècle, l’archéologue Giuseppe Fiorelli divise Pompéi en régions et en blocs (insulae). Les nouvelles fouilles ont commencé en 2017 et se sont concentrées sur la région V pour améliorer le drainage de l’eau et stabiliser le site.
 

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

L’objectif principal du Grand Projet Pompéi était de sécuriser les anciens murs qui risquaient de s’effondrer le long d’une façade de plus de trois kilomètres entre les régions creusées et celles partiellement ou pas du tout fouillées – régions I, III, IV, V et IX. De la terre, provenant de fouilles menées au début du 20e siècle, avait été déversée dans un lopin de la région V, ce qui exerça une pression sur les zones excavées et entraîna des glissements de terrain. Le projet visait donc à éliminer les débris pour réduire la pression et améliorer le drainage.

 

EN TERRITOIRE INCONNU

Depuis sa découverte, Pompéi est un des sites les plus régulièrement fouillés au monde. Malgré tous ces travaux, un tiers des 690 000 mètres carrés de la ville demeure inexploré. L’archéologue italien Giuseppe Fiorelli mena des activités d’exploration pendant 12 ans jusqu’en 1875, mettant au jour près d’un tiers de Pompéi. Amedeo Maiuri, lui, dirigea les travaux de fouille pendant 40 ans, jusqu’en 1961, faisant ainsi la lumière sur un autre tiers de la ville. Dotés d’une grande rigueur scientifique, les deux hommes se rendirent compte que les travaux de restauration et d’entretien étaient parfois plus importants que les nouvelles découvertes.

Parmi les nombreuses découvertes extraordinaires faites à Pompéi au début du siècle dernier figurait la nécropole de Porta Stabia. Sur le tombeau en marbre, construit peu de temps avant l’éruption volcanique, on pouvait lire la plus longue épitaphe – plus de quatre mètres – sur la vie à Pompéi. D’autres monuments célèbres, comme la Villa des mystères, située dans la banlieue de Pompéi, fut découverte en 1909 et complètement fouillée en 1929. Elle contient ce que Massimo Osanna décrivit comme « le cycle de peintures le mieux préservé de l’Antiquité. » La maison des Vettii, découverte et restaurée en 1984, est la première domus retrouvée avec les fresques et le mobilier in situ.

Cette fresque, nouvellement découverte dans la rue des balcons, représente une Néréide sur un hippocampe.

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

Le directeur du Grand Projet Pompéi montre du doigt un cupidon ornant une maison à proximité de la rue des balcons.

Photographie de Ciro Fusco/ANSA/AP/GTRES

Nombreuses étaient les belles villas à Pompéi. Cela signifiait que des Romains nantis y vivaient. Cependant, Pompéi reposait également sur une économie agricole et industrielle florissante. Les archéologues retrouvèrent plus de 200 ateliers d’artisanat, y compris des tanneurs, des fabricants de textiles et des boulangers. L’économie locale était en grande partie basée sur la production de garum, une sauce constituée d’entrailles de poissons. Au premier siècle après J.-C., Pompéi n’était qu’une petite ville de 15 000 habitants avec des établissements de restauration rapide et une population engagée sur le plan politique.

Le Grand Projet Pompéi permit aux archéologues de se rendre compte que plusieurs mystères attendaient toujours d’être élucidés. Ils devraient introduire les dernières technologies, y compris les capteurs au sol, les drones, les scanneurs et la réalité virtuelle pour continuer de faire de nouvelles découvertes et les préserver. Ainsi, ils pourront faire la lumière sur la vie des anciens habitants de Pompéi et, plus que jamais, raviver leur souvenir.

 

DES VICTIMES ET DES SURVIVANTS

Des fouilles récentes permirent de retrouver douze victimes supplémentaires, tuées lors de l’éruption du Vésuve. On croyait d’abord qu’un squelette sans tête, déterré dans la région V, avait été décapité par un énorme bloc de pierre mais les archéologues mirent plus tard la main sur son crâne et attribuèrent le décès à une asphyxie causée par le flux pyroclastique – masse en mouvement rapide de gaz chaud et de fragments de roche. Les archéologues retrouvèrent également des traces de survivants. Vraisemblablement laissées par des personnes qui prenaient la fuite, des traces de roues furent repérées en 2017 près de Porta Stabia.

Des travailleurs portent la dépouille d’un jeune Pompéien afin de la soumettre à une analyse ADN. L’enfant, âgé de trois ans, a été retrouvé avec deux adultes qu’on croit être ses parents. Le moulage s’est fait dans le cadre du Grand Projet Pompéi.

Photographie de Ciro de Luca/Reuters/GTRES

Cette personne aurait perdu la vie lors de l’éruption volcanique et ce bloc de pierre lui serait tombé sur la tête après son décès.   

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

Impossible de déterminer de manière précise le nombre de morts et de survivants, même au moyen de technologies modernes. Des explorations plus récentes mirent au jour plus d’un millier de squelettes mais les premières fouilles ne fournirent pas de données méticuleuses sur le nombre de dépouilles retrouvées. Selon les archéologues, 2 000 des 15 000 habitants de Pompéi auraient péri lors de l’éruption du Vésuve. (Les victimes du Vésuve seraient-elles mortes de chaud avant d’être touchées par la lave ?)

 

À QUAND REMONTE LA DESTRUCTION ?

Pendant longtemps, les historiens étaient convaincus que le Vésuve était entré en éruption le 24 août de l’an 79 en se basant sur une lettre écrite par Pline le Jeune qui séjournait de l’autre côté de la baie de Naples. Cependant, une découverte faite dans la région V remit en question cette hypothèse. Une inscription au charbon, retrouvée sur le mur de la maison, indique la date du seizième jour avant les calendes de novembre. Elle correspond donc au 17 octobre de l'année 79. L’éruption se serait déroulée peu de temps après l’écriture du graffiti parce que le charbon de bois n’aurait pas pu durer longtemps à l’air libre. Le graffiti aurait été préservé grâce aux cendres volcaniques.

Un travailleur romain aurait inscrit la date sur le mur de la maison au jardin. Tracé au charbon de bois, ce graffiti aurait été préservé par les cendres du Vésuve, entré en éruption peu de temps après.

Photographie de CIRO FUSCO/AP IMAGES/GTRES

L’inscription vint alors renforcer d’autres éléments de preuve qui, selon les historiens, confirmeraient que l’éruption aurait eu lieu en octobre et non en août : des fruits d’automne calcinés, des corps portant des vêtements chauds, des braseros à bois, du vin dans des bocaux hermétiques et une pièce de monnaie qui n’a probablement été émise qu’en septembre 79. Les historiens pensent que la confusion découle d’erreurs de traduction et de transcription de la lettre de Pline.

 

CHEVAUX ET ÉTABLES

À moins d’un kilomètre des remparts nord de l’ancienne ville de Pompéi, dans une banlieue portant le nom de Civita Giuliana, les archéologues trouvèrent une étable avec trois chevaux préservés par l’éruption. L’un d’eux permit la reconstruction en plâtre d’un cheval entier tué par le Vésuve. Cette fouille de 2018, distincte du Grand Projet Vésuve, fut déclenchée par une enquête policière. Des pilleurs de tombes avaient creusé des tunnels à l’intérieur du site en vue de voler des artefacts et de les vendre sur le marché noir. Les fouilles illégales endommagèrent deux chevaux et autres artefacts, en plus d’anciens murs et plâtres. Un seul cheval demeura cependant intact.

Cette reconstruction en plâtre retrace les dernières heures d’un cheval. Selon les archéologues, il était attaché et donc incapable d’échapper à l’éruption.
 

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

À Civita Giuliana, la banlieue de Pompéi, les archéologues ont trouvé une étable avec trois chevaux préservés par l’éruption.

Photographie de Cesare Abbate/AP/GTRES

Après avoir sécurisé le site, les archéologues le fouillèrent et découvrirent une villa richement ornée de fresques avec une étable et des terres cultivées. L’analyse révéla que les chevaux étaient grands et en bonne santé. Compte tenu de leur condition physique et de la découverte des restes d’une selle militaire gainée d’une plaque de bronze, on put conclure que ces chevaux étaient probablement de race pure, symbole d’un statut social élevé. Ils étaient probablement élevés pour des événements locaux comme les courses, les cirques et les défilés. (Des chevaux mis au jour à Pompéi auraient été harnachés pour échapper à l’éruption.)

 

LÉDA ET LE CYGNE

Dans une petite chambre d’une maison à Via del Vesuvio dans la région V, les archéologues mirent la main sur une fresque représentant Léda et le cygne, l’une des découvertes les plus spectaculaires du Grand Projet Pompéi. Celle-ci dépeint la relation entre Léda et Zeus, métamorphosé en cygne pour la séduire. Leur fille, la belle Hélène, lancerait plus tard mille navires pour déclencher la guerre de Troie. Contrairement à d’autres représentations romaines de ce mythe, Léda regarde le spectateur droit dans les yeux, le transformant en voyeur.

Photographiée peu de temps après sa découverte, cette fresque représentant Léda et le cygne était toujours dissimulée sous des couches de pierres ponces issues des roches volcaniques. Le chef-d’œuvre a depuis été nettoyé et est désormais accessible au public.

Photographie de Cesare Abbate/AP/GTRES

D’autres fresques inspirées de mythes, en plus de représentations de ménades et de satyres, ornent les murs de cette somptueuse maison. « Il s’agit d’iconographies que cette classe sociale et politique spécifique appréciait », affirme Massimo Osanna, le directeur du site. Cependant, l’utilisation si importante d’iconographies suggère à Osanna que cette personne avait nouvellement fait fortune, peut-être un esclave remis en liberté et qui voulait paraître raffiné.

 

FRESQUES ET RESTAURATION RAPIDE

Les fouilles de 2018, qui visaient à stabiliser les remparts nord de la région V de Pompéi, permirent de mettre au jour la rue des balcons, une région unique où les classes sociales se côtoyaient. Une ruelle étroite bordée de grandes maisons plutôt bien conservées puisqu’elles se sont effondrées sur du lapilli ou ponce molle en provenance de l’éruption volcanique. Sur l’une des terrasses, il y avait toujours de l’amphore, des bocaux de terre cuite pour le vin et l’huile qu’on avait laissés à l’air libre, sans doute pour sécher.

Une fresque, représentant un serveur, orne un thermopolium, un établissement de restauration rapide, dans la rue des balcons. On en a retrouvé 80 environ à Pompéi. Ils proposaient surtout de la nourriture aux classes populaires avec, au menu, du fromage, des lentilles et du poisson salé accompagné de sa sauce, le garum.

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

Dans la rue des balcons, un groupe de tuiles signale la présence d’une toiture de balcon.

Photographie de CIRO FUSCO/ANSA/AP IMAGES/GTRES

Au croisement de la rue des balcons et de la rue des noces d’argent (du nom de la villa spectaculaire qui y a été découverte en 1893), les archéologues déterrèrent un thermopolium, une sorte de taverne où l’on pouvait boire et manger qui était particulièrement prisée des classes populaires. Bien que partiellement fouillé, cet établissement permit de donner des informations supplémentaires sur la vie quotidienne à Pompéi. Ces découvertes, en plus de fresques bien préservées retrouvées dans des maisons, furent ajoutées à une tour qui relie Via di Nola à la maison des noces d’argent.

 

DES TEMPLES À LA MAISON

L’une des caractéristiques principales d’une maison pompéienne est le lararium, un sanctuaire destiné au culte des Lares, les dieux du foyer. Ces divinités protégeaient la famille et leurs statues étaient placées dans des niches murales. En 2018, dans la région V, les archéologues mirent au jour une cour fermée, dotée d’un magnifique lararium, parmi les plus élégants apparus à Pompéi. On y voit des peintures des « Lares » de la maison et deux grands serpents, symbole de prospérité et de bon augure, ainsi qu’un piédestal surmonté de nourriture et d’offrandes. Sur un petit autel de pierre, subsistent des traces d’offrandes brûlées qui servirent à honorer les divinités domestiques et à garantir le bien-être et la prospérité de toute la famille.

Le conservateur Massimo Osanna examine une fresque dans un lararium à Pompéi.

Photographie de Ciro Fusco/EFE

Une scène de chasse orne l’un des murs du lararium.

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

L’espace est aménagé de manière à ressembler à un magnifique jardin. Les oiseaux voltigent parmi les arbres et un paon semble se pavaner sur le sol, en harmonie avec des plantes peintes et d’autres, réelles, qui poussaient jadis sur un parterre de fleurs le long du mur. Une scène de chasse est peinte sur un fond rouge et un énorme sanglier est poursuivi par d’autres animaux qui sont sur le point de l’abattre.

 

PROPAGANDE POLITIQUE

Les ruelles et les murs de Pompéi portaient souvent des inscriptions, le plus souvent des affiches électorales et des annonces personnelles. Il s’agissait de peintures sur plâtre (dipinti), destinées au grand public alors que les graffitis étaient écrits à la main par n’importe qui et portaient généralement des noms ou des salutations cordiales.

Des inscriptions politiques ont été retrouvées au croisement de la rue des balcons et de la rue des noces d’argent.

Photographie de Cesare Abbate/AP/GTRES

Plus de 4 000 affiches électorales furent documentées à Pompéi, selon Rebecca Benefiel, professeure de lettres classiques à la Washington and Lee University. Benefiel dirige le Projet de graffitis antiques qui élabore des catalogues en ligne des inscriptions murales de Pompéi. « Les candidats électoraux savaient comment se faire connaître », dit-elle. Les fouilles récentes de la région V permirent de mettre la main sur d’autres affiches électorales au cours du printemps qui précéda l’éruption meurtrière de 79. Sur l’inscription, on pouvait lire : « Votez pour Helvius Sabinus au poste d’édile (magistrat), un homme bon et digne de confiance. » En dessous, une inscription partiellement excavée en soutien à Lucius Albucius, son rival.

Les recommandations personnalisées montraient généralement le candidat comme « un homme bon » ou « un homme intègre ». Cependant, l’une des inscriptions mit particulièrement en avant les techniques de persuasion alors utilisées à Pompéi : « Je vous prie de faire édile Gaius Julius Polybius : avec lui, c'est du bon pain ! » Les recherches montrèrent que Polybius n’était pas boulanger. Benefiel pense qu’il distribuait du pain gratuitement pour rallier des électeurs.

 

MAISON D’ORION

Fouillée pour la première fois au 18e siècle, une domus à Via di Nola fut renommée maison de Jupiter en raison d’un petit tableau du dieu romain retrouvé dans le lararium. Les nouvelles fouilles menées à Pompéi permirent de retourner sur les lieux pour avoir une image plus exhaustive de l’architecture de la domus, de son décor et de son histoire. En 2018, les archéologues découvrirent une mosaïque exceptionnelle illustrant un mythe des plus énigmatiques : celui d’Orion.

Le personnage de cette remarquable mosaïque a été identifié : il s’agit du chasseur Orion. C’est une variation mythologique où la déesse Gaïa (sous forme de serpent) envoie un scorpion pour tuer Orion. La piqûre du scorpion le transforme en un être ailé, tandis qu’une divinité le guide vers le haut et qu’une autre lui prépare sa couronne.

Photographie de Ciro de Luca/Reuters/GTRES

Dans la maison d’Orion nouvellement découverte, un restaurateur nettoie les panneaux de stuc peint qui ressemble à du marbre, un faux fini courant au 2e siècle avant J.-C. Avant le Grand Projet Pompéi, on pensait que les chambres qui constituaient la maison d’Orion faisaient partie intégrante de la maison de Jupiter. Désormais, on croit qu’il s’agit d’un logement séparé.
 

Photographie de Cesare Abbate/EPA/EFE

Suite à d’autres études, les chercheurs parvinrent à la conclusion qu’il s’agissait d’un logement séparé, adjacent à la maison de Jupiter, renommée maintenant maison d’Orion. La mosaïque, ainsi que d’autres découvertes au sein de cette maison, fournirent de nouvelles informations sur la classe supérieure à Pompéi. En plus d’être riche, le propriétaire de cette demeure était cultivé. L’atrium par exemple faisait partie d’un art décoratif à l’ancienne, mieux connu sous le nom de premier style. Les chambres à coucher étaient au contraire décorées selon le troisième ou quatrième style, plus contemporains. Selon les archéologues, le propriétaire voulait témoigner de son engouement à la fois pour le style classique et contemporain.

 

BABIOLES, BRACELETS ET BIJOUX

Dans la maison au jardin, située dans la région V, les dépouilles de plusieurs personnes, dont des femmes et des enfants, furent retrouvées, blotties les unes contre les autres, dans une chambre. L’une d’elles aurait été propriétaire d’une magnifique boîte en bois remplie de breloques, de parures et de figurines. La collection fut découverte parmi les restes calcinés de la boîte et ses attaches en bronze.

Une merveilleuse boîte en bois remplie de breloques, de parures et de figurines a été découverte dans la maison au jardin.

Photographie de Cesare Abbate/EPA/EFE

Cette fresque, récemment découverte à l’intérieur de la maison au jardin, représente un arbre majestueux au milieu d’un groupe de personnes.

Photographie de Parc archéologique de Pompéi

Certaines pièces servaient d’objets décoratifs alors que d’autres avaient peut-être un but « magique ». Des bibelots comme les figurines de crânes et d’animaux finement sculptés, les cloches en bronze, les perles de verre à l’effigie des dieux et les amulettes scarabées en améthyste auraient pu être utilisées pour porter chance, promouvoir la fertilité ou même protéger. Parmi les objets porte-bonheur figuraient également deux miroirs, des fragments de collier et des céramiques émaillées.

 

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

 

Ruben Montoya est chercheur au Département d’archéologie et d’histoire ancienne de l’université de Leicester en Angleterre.

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