Cette Amérique qui crie famine

Avec la crise de la Covid, un nombre record d'américains ne mangent pas à leur faim. Les associations caritatives et le voisinage sont leurs bouées de sauvetage.

De Cassandra Spratling, National Geographic
Publication 25 août 2021, 15:15 CEST
Queens, New York.  María Quinteres (qui porte un masque avec le drapeau américain) a 84 ans. ...

Queens, New York.  María Quinteres (qui porte un masque avec le drapeau américain) a 84 ans. Elle attend à Latinos Unidos, une association qui donne des cartons de nourriture chaque vendredi. L’insécurité alimentaire pourrait avoir touché environ 45 millions de personnes en 2020 aux États-Unis, selon Feeding America, qui est la plus importante organisation de lutte contre la faim du pays. 

Photographie de NATALIE KEYSSAR

5 h 30 du matin : c’est très tôt pour la plupart des gens. Mais pas pour Bessie Brooks, qui quitte son domicile afin d’aider à apporter à manger à des personnes dans le besoin, dans le comté de Lowndes, en Alabama. La pratique journalistique voudrait que je l’appelle par son nom de famille. Mais ça ne colle pas à mes principes. J’ajoute « Madame » – une question de respect. Mme Brooks a 87 ans, après tout.

Elle a oeuvré pendant trente ans comme agent de santé à domicile pour le comté. Il lui fallait prodiguer des soins très personnels : lever les patients, les laver, leur brosser les dents, leur donner leurs médicaments. Mais Bessie Brooks ne s’en tenait pas là et faisait tout le nécessaire. « Pour moi, dit-elle, ça n’a aucun sens si une personne se lève et se lave, et puis qu’elle a faim. »

Alors, elle cuisinait pour les patients, faisait le ménage. S’ils n’avaient pas l’eau courante (ce qui n’était pas exceptionnel dans le comté), elle allait en quérir chez un voisin. Feeding America, principal organisme de banques alimentaires des États-Unis, a classé Lowndes à la seizième place des comtés souffrant le plus d’insécurité alimentaire dans le pays en 2020 : 29,5 % de ses habitants n’ont pas assez à manger.

En 2020, un nombre record d’Américains ont manqué de nourriture, bien que la tendance fût jusqu’alors à la baisse. Aux États-Unis, 1 personne sur 7 a pu être en insécurité alimentaire (l’incapacité à accéder à une alimentation suffisante et nutritive).

Les prévisions pour 2021, publiées en mars, sont à peine meilleures. Feeding America estime que 42 millions de personnes (1 Américain sur 8) souffriront d’insécurité alimentaire en 2021, et, parmi celles-ci, 13 millions d’enfants (1 sur 6).

 

Dunlow, Virginie-Occidentale. Willard Marcum, un sapeur-pompier chevronné, conduit le 725e et dernier véhicule qui se présente à la banque alimentaire du Dunlow Community Center. Les premiers bénévoles y sont arrivés près de douze heures plus tôt, au matin. Licencié de son emploi dans une mine de charbon en 2019, Marcum travaille maintenant jusqu’à quatre-vingt-dix heures par semaine pour subvenir aux besoins de sa femme et de sept petits-enfants. Il va chercher à manger pour eux et pour des voisins âgés n’ayant pas de voiture. Bill Likens, qui a ouvert la banque alimentaire en 2003, a vu les besoins locaux augmenter depuis la  fermeture de plusieurs structures de ce type dans les villes voisines. Le nombre de familles qui en bénéficient est passé de 300 en 2019 à 900 en novembre 2020, qui a été le mois le plus chargé, en raison des pertes d’emplois liées à la pandémie et de l’insécurité alimentaire accrue pendant les fêtes de fin d’année.

 

 

 

 

 

Photographie de MADDIE MCGARVEY

À travers tout le pays, des files de voitures dont les conducteurs attendent de la nourriture : ces images vues pendant la pandémie ont révélé un problème déjà ancien, que le coronavirus n’a fait qu’aggraver, signale Claire Babineaux-Fontenot, la directrice générale de Feeding America : « De plus en plus de gens ont conscience que la famine était là depuis un moment. Pendant très longtemps, les Américains n’ont pas imaginé que la faim était un problème aux États-Unis. »

Elle espère que la conscience accrue du problème mettra fin à une idée fausse: que ceux qui font la queue pour recevoir des dons alimentaires sont paresseux ou peu disposés à travailler. « Cela n’a jamais été vrai. Parmi ceux qui s’adressent à nous pour obtenir de l’aide, beaucoup font partie de la classe ouvrière et ont un emploi. Certains en ont plusieurs. Ils travaillent dur, vraiment dur. Aussi dur que quiconque, voire davantage que la plupart des gens. Et, malgré ça, ils ne parviennent pas à joindre les deux bouts. »

L’insécurité alimentaire est plus élevée dans l’Amérique rurale, selon Feeding America et le Food Research and Action Center (FRAC), une ONG de lutte contre la faim et la malnutrition liées à la pauvreté. En 2018, relève un rapport du FRAC, elle a touché 16,5 % des foyers avec enfants en zone rurale, contre 13,5 % en zone urbaine.

« Moins d’emplois, des revenus plus bas, des problèmes de transport, le manque d’accès à des aliments sains et abordables sans parcourir de longues distances, liste Geri Henchy, responsable de la politique nutritionnelle et des programmes pour la petite enfance du FRAC. Tout cela plonge plus de gens dans l’insécurité alimentaire. »

 

Queens, New York. Chaque mardi matin, l’église et organisme communautaire CENTI Queens donne des produits d’épicerie à ceux qui sont dans le besoin. À l’arrivée des camions, les bénévoles forment une chaîne afin de distribuer la nourriture. Nombre de ceux qui prennent ces produits disent avoir perdu leur emploi à cause de la Covid-19. Les gens commencent à faire la queue vers 9 heures du matin et la distribution démarre vers midi.

 

Photographie de NATALIE KEYSSAR

Paradoxe, les ruraux vivent souvent dans des régions où poussent les denrées dont ils ont besoin. « Le fait est qu’en raison du fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, les personnes vivant dans des zones qui en produisent n’ont en général pas accès à cette nourriture », observe Geri Henchy.

Comté de Lowndes, Alabama : aider les personnes dans le besoin le comté se situe dans une partie de l’Alabama jadis appelée la Black Belt (« Ceinture noire »), car son sol fertile fournissait en abondance du coton et d’autres cultures auxquelles travaillaient des esclaves. Aujourd’hui, il appartient à une région désignée comme la Black Belt parce qu’un grand nombre de Noirs y vivent.

L’église chrétienne de Snow Hill est l’un des principaux lieux où se rend la population pour remplir son assiette quand les placards sont vides. Il en allait ainsi bien avant que la Covid-19 ne cause un ralentissement de l’activité des entreprises, la fermeture des écoles et de longues files devant les soupes populaires.

« Il y avait déjà beaucoup de gens qui ne savaient pas de quoi serait fait leur prochain repas, de sorte que la pandémie ne nous a pas rendu service », remarque le révérend Dale Braxton Sr., le pasteur du lieu.

Mme Brooks, qui a pris sa retraite en 1998, est l’une des personnes-clés sur lesquelles compte Braxton pour distribuer de quoi manger aux plus démunis. Alors qu’elle avait l’habitude de le faire seule, recueillant et emballant les aliments pour les personnes dans le besoin, elle dépend désormais d’un de ses cinq enfants pour se rendre à l’église. Là, des bénévoles remplissent sa voiture de vivres, puis sa fille la conduit chez ceux qu’elle sait avoir besoin de nourriture.

 

Comté de Clay, Virginie-Occidentale. Brian Lively, 18 ans, aide ses parents à chercher des racines sauvages (actée à grappes, sanguinaire, ginseng…) lors de la saison chaude, quand il ne va pas à l’école. Une fois séchées, les racines sont vendues pour la fabrication de médicaments homéopathiques. Un travail éreintant, mais Brian en est fier : « Il est difficile de demander de l’aide à quelqu’un d’autre quand vous pouvez vous débrouiller seul. »

 

 

 

Photographie de MADDIE MCGARVEY

Braxton coordonne les efforts de distribution de denrées dans ce comté de 9726 habitants, dont 26,6 % vivent dans la pauvreté, selon le Bureau du recensement des États-Unis (USCB). Lowndes affichait les plus forts taux de chômage et de contaminations par le coronavirus de l’État, a révélé un rapport de mai 2020. Un an plus tard, il était le leader en Alabama pour les vaccinations contre la Covid-19 : plus de la moitié des personnes éligibles avaient reçu au moins une dose.

Braxton n’a pas réfléchi à deux fois quand on lui a demandé de distribuer des colis alimentaires chaque semaine, de juin à décembre, dans le cadre du programme Farmers to Families du département de l’Agriculture : « C’est notre mission de nourrir ceux qui ont faim, de vêtir ceux qui sont nus. Je ne veux pas que quiconque ait faim. J’ai toujours eu un profond désir de veiller à ce que les gens, en particulier les enfants, soient bien nourris et bien éduqués. » Peu évident, dans ce comté où les habitants doivent parcourir jusqu’à 50 km en voiture pour trouver une ville avec une grande surface où effectuer les courses, telles Selma ou Montgomery. « Nous sommes un comté très pauvre », déplore Braxton.

Les colis alimentaires ont été d’une grande aide pour Ritha Luckie, 61 ans. Mère célibataire, elle s’occupe de deux enfants adultes ayant des besoins spécifiques. En mars 2020, la pandémie a causé la fermeture du centre de soins où ses fils se rendaient cinq jours par semaine, tandis qu’elle travaillait comme assistante de laboratoire dans une clinique. Un minibus venait les chercher avant qu’elle n’aille prendre son poste. Une fois le centre fermé, elle a dû payer une aide à domicile pour pouvoir partir travailler.

C’est alors que Ritha Luckie a commencé à se procurer des colis alimentaires. Les prestations d’invalidité que ses deux fils perçoivent ne suffisent pas à nourrir deux hommes adultes.

« Ça a été une bénédiction pour moi, affirme Ritha Luckie, et je sais que ça a été également une bénédiction pour plein de gens ici. »

 

Detroit, Michigan. Deux étudiants de l’université de Wayne State ont créé le Detroit Community Fridge (« Frigo solidaire de Detroit »), dans l’est de la ville, en août 2020. Il donne aux gens l’accès à des aliments frais ou surgelés gratuits, et à d’autres biens indispensables – couches, protections féminines, vêtements… D’autres frigos solidaires devraient être installés cette année à Detroit.

 

Photographie de SYLVIA JARRUS

Partout dans le pays, les épiceries sociales et les frigos solidaires comblent un vide. Des médecins et des infirmières praticiennes rédigent des ordonnances pour des aliments sains ; de grands cuisiniers donnent la priorité au service de la collectivité plutôt qu’au profit; des bénévoles et des entrepreneurs nourrissent les affamés.

Los Angeles, Californie : l’aide aux immigrés Juan Martínez, 50 ans, venu du Mexique aux États-Unis en 1998, occupait deux emplois à temps plein pour subvenir aux besoins de sa femme, Elizabeth, et de leurs trois fils, âgés de 17, 15 et 8 ans. Il travaillait cinq jours par semaine, de 10 heures à 16 heures dans un restaurant, puis dans un second, six jours par semaine, de 16h30 à 23h30. Il lavait la vaisselle, assurait l’entretien, servait à table. Le plus souvent, en semaine, il rentrait chez lui bien après minuit.

Quand les restaurants ont fermé à cause du coronavirus, il est passé de soixante-dix heures de travail hebdomadaire à zéro. La pandémie a été dévastatrice notamment pour les travailleurs sans papiers comme Martínez. Bien qu’ils paient des impôts, ils n’ont droit ni aux chèques incitatifs, ni aux bons alimentaires, ni aux indemnités de chômage. Juan Martínez ne sait pas comment il aurait nourri sa famille sans No Us Without You LA (« Nous ne ferons pas sans vous à Los Angeles »). L’initiative a été lancée au mois de mars 2020, quand l’économie nationale s’est arrêtée d’un coup, fermant les restaurants et laissant des millions de personnes sans travail.

«No Us Without You LA est née de la frustration et de la colère», explique son cofondateur, Othón Nolasco. Lorsque la pandémie s’est déclarée, lui et son associé, Damián Diaz, ont vu les gens voler au secours des cuisiniers, des serveurs et d’autres acteurs visibles du secteur de la restauration. Ils se sont aperçus que rien n’était fait pour les plongeurs et les équipes de nettoyage, notamment, souvent décrits comme l’épine dorsale de la restauration. À Los Angeles, précisent-ils, nombre de ces travailleurs sont des sans papiers, et donc non éligibles à l’aide fédérale.

 

Alex McBee (à gauche), Jen et Chris Lively, ici devant leur maison, vivent à des kilomètres du supermarché le plus proche. Professeure au lycée du comté de Clay, Amanda Shelton leur livre de l’aide alimentaire depuis le début de la pandémie. « Sans elle, dit Chris, on serait sans doute en train de mourir de faim. »

Photographie de MADDIE MCGARVEY

Nolasco et Diaz connaissent bien l’importance des travailleurs moins visibles. Ils ont été eux-mêmes plongeurs, apprenant tous les aspects du métier, avant de lancer une société de conseil pour restaurants et bars, Va’La Hospitality.

« Damián et moi avons commencé notre brillante carrière en tant que plongeurs, se rappelle Othón Nolasco. Quand nous étions en âge d’aller à l’université, nous portions les plats, apprêtions les tables et activions les commandes. C’est de là que vient notre profond respect pour le personnel de second plan. »

Ils travaillaient quatorze à seize heures par jour pour faire fonctionner un bar. Le seul moment où ils pouvaient s’asseoir pour prendre un repas décent, c’était à la fin de la journée. Après la fermeture, l’équipe concoctait un plat pour qu’ils partagent un « repas familial ».

Au départ, les deux hommes ont utilisé leur propre argent pour nourrir dix familles qu’ils connaissaient. Bientôt, à mesure que leur action trouvait un écho et que les dons arrivaient, ils se sont mis à acheter davantage de denrées et à nourrir davantage de familles. À présent, No Us Without You LA est une association caritative qui nourrit plus de 1600 familles par semaine.

Chacune reçoit un colis hebdomadaire de 45 kg de nourriture. En général, celui-ci contient environ 4 l de lait, 30 œufs, 2,5 kg de haricots, 2,5 kg de riz, divers fruits et légumes, et des tortillas préparées avec du maïs biologique non OGM provenant d’une entreprise locale.

« C’est une aide énorme, énorme. Cela nous nourrit, moi et ma famille, reconnaît Juan Martínez. Je ne peux pas imaginer ce que serait la vie sans ce programme. »

 

Saint-Paul, Minnesota. Aider les sans-abri Michelle Vue porte des sacs de nourriture livrés par des bénévoles de l’association Involve MN jusqu’au campement forestier où elle vit avec son compagnon et d’autres sans-abri. En février 2020, Michelle Vue a quitté le Mississippi pour le Minnesota ; elle a vécu à Minneapolis, chez un ami, jusqu’à ce qu’il soit expulsé de son domicile, en juillet. Vue et d’autres résidents du camp appartiennent à l’ethnie asiatique Hmong et ont été victimes d’actes racistes de la part d’individus craignant qu’ils ne propagent la Covid-19.

 

Photographie de DAVID GUTTENFELDER

Houston, Texas : « des repas dignes de ce nom » Quand les restaurants du Texas ont fermé pour cause de pandémie, le cuisinier Chris Williams est passé rapidement du service des clients de son restaurant populaire de Houston à celui de la collectivité. La ville était la première de l’État en nombre de contaminations et de décès dus à la Covid-19.

Au début, lui et le personnel du Lucille’s, bien connu pour sa cuisine du Sud relevée de saveurs cosmopolites, servaient des travailleurs de première ligne, privilégiant les employés de nuit, trop souvent oubliés. Lucille’s a servi 3000 repas lors des vingt premiers jours de la pandémie. Puis Williams a songé à une autre catégorie qui, craignait-il, avait aussi été négligée : les personnes âgées vivant dans des maisons de retraite d’agglomérations pauvres, principalement noires.

« Elles ont été particulièrement touchées, et coupées de leurs familles. Leurs proches ne pouvaient pas venir les voir », souligne Williams. Il avait le sentiment que les repas qu’elles recevaient n’étaient pas préparés avec tout le soin et  la considération qu’il savait pouvoir leur apporter. Son objectif était d’offrir «des repas nutritifs et savoureux qui les raviraient. Vous savez, des repas dignes de ce nom. »

Avec l’aide de World Central Kitchen (l’ONG du cuisinier José Andrés, qui fournit des repas à la suite de catastrophes naturelles), les efforts de Williams ont débouché sur la création d’une association caritative, Lucille’s 1913 – un hommage à son arrière-grand-mère, Lucille B. Smith, une pionnière du secteur à Fort Worth. En 1913, elle lança une entreprise de restauration qui servait des personnalités comme Martin Luther King Jr. et le champion de boxe Joe Louis. Elle utilisait une partie des bénéfices à améliorer les conditions de vie des Afro-Américains du Texas.

 

Houston, Texas.   Kimberline Rivas (à droite) et Lawrence Walker, membres du personnel de cuisine de Lucille’s 1913, préparent des repas qui seront distribués de façon gratuite à Houston. Lucille’s 1913 est une association dirigée par Chris Williams, propriétaire du Lucille’s, un restaurant populaire. Il cible les « personnes oubliées » dans les maisons de retraite et ailleurs. L’association sert désormais jusqu’à 800 repas par jour.

 

Photographie de GRAHAM DICKIE

Williams dit que l’esprit de Lucille B. Smith le guide : « Les origines de son entreprise sont exactement les mêmes, à cet égard. Elle a compris les besoins précis de notre communauté […] et elle savait qu’elle était bien placée pour changer les choses par le biais de l’alimentation. »

Lucille’s 1913 sert à présent des repas quotidiens à environ 800 personnes âgées, ainsi qu’à 150 étudiants et 28 enseignants et administrateurs, dans une école attenante à la cuisine de l’association. Mais la mission de Lucille’s 1913 va bien au-delà de la distribution de repas.

Chris Williams raconte qu’il a grandi dans l’aisance, mais que certains de ses amis n’avaient pas grand-chose à mettre dans leur assiette. Il voit beaucoup de boutiques qui permettent d’encaisser les chèques et de fast-foods, mais peu de magasins proposant des produits frais.

Aussi aborde-t-il le problème de la sécurité alimentaire à la base. En plus de préparer des repas, Lucille’s 1913 va prendre en gérance 30 ha dans les comtés de Harris et de Fort Bend, dans la région de Houston. La terre servira à cultiver des produits frais et à offrir des possibilités d’emplois grâce aux arts culinaires.

Williams prévoit aussi d’ouvrir deux marchés dans ces zones pour vendre la production ainsi que des produits locaux. Les personnes embauchées dans ces quartiers acquerront des compétences en agriculture ou en gestion, tout en aidant à nourrir les membres de leurs communautés.

Detroit, Michigan : nourrir les gens, réduire les déchets Depuis le parking situé derrière l’église presbytérienne de Jefferson Avenue, on peut voir à la fois Indian Village, un quartier huppé aux demeures majestueuses, juste derrière des bâtiments historiques, et, à un bloc de là, un quartier très pauvre, composé de terrains vagues et de maisons modestes ayant connu des jours meilleurs. Les gens y font la queue pour obtenir de la nourriture, mais ils ne reçoivent pas seulement des produits en conserve, comme c’est le cas avec la plupart des dons alimentaires.

 

Saint Paul. Minnesota. Survivre dans un village de tentes Un bénévole d’Involve MN distribue des repas de Thanksgiving dans un campement de sans- abri. Grant Snyder, policier à Minneapolis, et Melanie, son épouse, ont créé l’association en 2019 pour aider les SDF et les personnes vulnérables. Le Minnesota se flatte de placer 16 entreprises dans le classement des 500 plus grosses sociétés du magazine Fortune, mais l’aire métropolitaine Minneapolis-Saint Paul compte des dizaines de campements de sans-abri. La pandémie a plongé plus de 100 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire dans le Minnesota en 2020. La Minnesota Central Kitchen (MCK), lancée par Second Harvest Heartland, un réseau de lutte contre la faim, distribue des repas gratuits dans plus de cinquante sites de l’aire métropolitaine Minneapolis-Saint Paul. MCK paie des cuisiniers au chômage pour qu’ils préparent des repas destinés aux personnes souffrant de la faim. L’association a servi 1,5 million de repas depuis mars 2020 et sauvé 200 emplois.

 

Photographie de DAVID GUTTENFELDER

Ils touchent des repas gratuits, suffisants pour une famille de quatre à six personnes, préparés dans l’Upcycling Kitchen (« Cuisine de valorisation ») de l’église. On l’appelle ainsi car les cuisiniers transforment en plats gastronomiques des aliments qui, sinon, finiraient à la poubelle.

Ces repas sont une initiative de Make Food Not Waste («Produisez de la nourriture, pas des déchets »), une association dédiée à l’amélioration du climat et de la sécurité alimentaire de la ville par la réduction du gaspillage. En montrant aux gens ce que l’on peut obtenir avec de la nourriture récupérée comme celle qu’elle reçoit, la structure a lancé une démarche qui, selon ses responsables, peut faire économiser de l’argent et aider à sauver la planète.

Mais s’attaquer à l’insécurité alimentaire ne consiste pas seulement à distribuer des colis alimentaires, souligne le cuisinier Phil Jones, cheville ouvrière de Make Food Not Waste, cela nécessite des changements systémiques.

« Il y a tellement plus à faire pour les gens et la planète », déclare Phil Jones, qui a également créé une société appelée Farmacy Food. Il propose des plats fraîchement préparés, attrayants et nutritifs, à faible coût. Son objectif est de prouver aux gens – en particulier aux personnes qui vivent dans des quartiers défavorisés – que l’on peut avoir une restauration rapide convenant à son budget et à son estomac.

 

Detroit, Michigan. La cheffe Ederique Goudia se tient dans la cuisine de l’église presbytérienne de Jefferson Avenue. Elle utilise des aliments récupérés et donnés à l’organisation Make Food Not Waste pour créer chaque semaine des repas sains destinés à la communauté locale.

Photographie de SYLVIA JARRUS

Make Food Not Waste récupère les surplus de nourriture des supermarchés, des commerçants et d’autres entreprises locales. Les repas sont préparés chaque semaine pour environ un millier d’habitants de la région. L’organisation espère également leur en apprendre peu à peu davantage sur l’amélioration de la santé.

« Nous encourageons les gens à essayer de nouvelles saveurs et à consommer davantage de fruits et de légumes, explique Danielle Todd, fondatrice et directrice générale de Make Food Not Waste. Il est possible de se procurer des aliments pas chers, de ceux qui vont vous remplir l’estomac, mais cela ne nourrit pas l’organisme avec les bonnes choses. »

L’Upcycling Kitchen est conforme à l’éducation qu’elle a reçue à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, explique Ederique Goudia, une cuisinière : « Nous avons été habitués à traiter tout le monde comme des membres de la famille. C’est une façon pour moi d’utiliser mes compétences et de le faire d’une manière digne. Venir en voiture prendre un repas, c’est comme aller chercher des plats à emporter chez votre traiteur ou dans votre restaurant préféré. »

En outre, ce système met les cuisiniers au défi d’être inventifs. En effet, ils ne savent jamais de quels ingrédients ils disposeront pour réaliser des tours de magie culinaires.

« C’est amusant de voir ce que l’on me donne, puis de réfléchir à ce que je peux créer, assure Ederique Goudia. L’autre jour, j’ai reçu une énorme quantité de brocolis, alors j’en ai fait un pesto sur des spaghettis et les gens se sont retrouvés avec des brocolis préparés de telle façon qu’en y goûtant, vous ne pouviez même pas deviner que c’étaient des brocolis. »

Article publié dans le numéro 263 du magazine National Geographic

Lire la suite

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2017 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.