Les vikings avaient découvert l'Amérique 500 ans avant Christophe Colomb

La science est désormais unanime à ce sujet : l'actuel Canada fut exploré pour la première fois en 1021 par des vikings. L'île de Terre-Neuve rassemble les premières traces de présence européenne sur le continent américain.

De Margot Hinry
Publication 30 sept. 2022, 09:30 CEST
Reconstitution d'une habitation viking au toit de tourbe sur le site historique national de L'Anse aux ...

Reconstitution d'une habitation viking au toit de tourbe sur le site historique national de L'Anse aux Meadows, au Canada. Cet endroit aurait été un avant-poste à partir duquel les vikings pouvaient transporter des fournitures et des matériaux.

PHOTOGRAPHIE DE All Canada Photos / Alamy

Christophe Colomb a découvert l’Amérique en 1492. Cette phrase, affirmée comme une vérité historique dans tous les manuels d’Histoire, n'a cessé d’être martelée et répétée aux écoliers du monde entier. Et si cette affirmation historique n’était pas la réalité ?

Il y a plus de cinquante ans, Anne Stine et Helge Ingstad, un couple d’archéologues norvégiens, se sont rendus à L’Anse aux Meadows, zone citée dans les sagas vikings, qui « rapportent des tentatives d’établir une colonie permanente au Vinland, aux confins occidentaux du monde viking ».  

La véracité des sagas vikings est encore grandement discutée. « Il s’agit de textes écrits principalement en Islande, environ deux siècles après l’arrivée des vikings en Amérique. Deux sagas principales décrivent les voyages vers les Amériques : la saga d’Erik le Rouge et la saga des Groenlandais. Elles racontent toutes deux l’histoire de personnes issues des colonies vikings du Groenland qui se sont dirigées vers l’Ouest, en direction des Amériques. Les sagas mentionnent les noms que les vikings ont donnés à ces territoires de l’actuel Canada. À savoir Helluland, "pays de la pierre", Markland, "pays de la forêt", et Vinland, "pays du vin". Il existe d’autres comptes rendus – très rares – de l’utilisation de ces noms dans d’autres livres historiques et dans les journaux de bord des navires. Mais l’exactitude ou non des détails contenus dans les sagas reste une source de débat. Les deux sagas sur les Amériques ne sont même pas d’accord entre elles. Il est donc probable qu’elles contiennent des éléments fantastiques, mais aussi des informations réalistes et précises », explique le professeur Michael Dee, co-auteur de l’étude qui a permis d’identifier une date précise de l’arrivée des vikings sur le sol américain.

À L’Anse aux Meadows, le couple d’archéologues norvégiens a découvert de grandes infrastructures ainsi que des artefacts, qui ont très rapidement pu être reliés aux peuples vikings du Groenland et d’Islande. D’après les chercheurs interrogés dans l’épisode 5 de la série VIKINGS : GLOIRE ET DÉCLIN, diffusée ce dimanche à 21 h sur la chaîne de National Geographic, les vestiges mis au jour confirment bel et bien la première présence européenne en Amérique du Nord. 

Selon l’UNESCO, le site archéologique de l’île de Terre-Neuve « renferme huit structures en tourbe et à charpente en bois bâties dans le style des constructions de la même époque que l’on retrouve dans le Groenland norois et en Islande. Il s’agit de trois habitations, d’une forge et de quatre ateliers aménagés sur une terrasse étroite qui domine une tourbière et un petit ruisseau, près des côtes de la baie Épaves, dans le détroit de Belle Isle ».

Bien que mentionnée dans les sagas vikings, cette version de l’Histoire a été très longtemps remise en question, manque de preuves tangibles. La découverte du couple de Norvégiens a permis à la communauté historienne et scientifique de se pencher à nouveau sur cette découverte. Les avancées technologiques ont notamment permis d’affiner les connaissances, année après année, jusqu’à l’obtention d’une date précise. 

 « On savait déjà – grâce aux vestiges archéologiques – que les vikings étaient arrivés aux Amériques. Mais on ne savait pas vraiment quand », explique Michael Dee. Afin d’obtenir des datations précises, une équipe de chercheurs néerlandais s’est appuyée sur d’anciens prélèvements réalisés des années plus tôt. Des dizaines de datations au carbone 14 réalisées sur des artefacts en bois mis au jour à L’Anse aux Meadows dans les années 1960 avaient révélé que le site avait environ 1 000 ans.

« Nous devons beaucoup aux excavateurs qui ont travaillé sur le site il y a plus de 40 ans, notamment au Dr Birgitta Wallace, car ils ont conservé certains des objets clés utilisés dans notre étude. C’est également grâce aux développements majeurs de l’analyse radiocarbone depuis une dizaine d’années que nous sommes en mesure de citer des dates aussi précises aujourd’hui », ajoute Michael Dee. 

Les vikings auraient été présents en Amérique dès l’an 1021, il y a 1 001 ans.

PHOTOGRAPHIE DE Vitrail D’edward Coley Burne-jones, via Delaware Art Museum, Bridgeman Images

Selon l’étude parue en 2021 dans la revue scientifique Nature, « les vikings étaient présents à Terre-Neuve en 1021 ».

« En 2012 et 2013, une scientifique japonaise, la professeure Fusa Miyake, a découvert des anomalies dans l’enregistrement du radiocarbone sur la période que nous examinons, ce qui nous a permis de dater ces éléments avec une telle précision. Les instruments de mesure pour la datation au radiocarbone sont maintenant presque deux fois plus précis qu’il y a 20 ans. [...] Nous avons utilisé des morceaux de bois qui avaient été récupérés dans des couches directement attribuées à l’occupation nordique. En outre, on sait que les populations indigènes contemporaines de cette partie de l’Amérique du Nord utilisaient des outils en pierre et non en métal. Et grâce à une analyse minutieuse [...] on peut dire que [les marques dans les morceaux de bois] ont été faites par des lames métalliques tranchantes, la coupe doit donc avoir été faite par les vikings. » 

À ce jour, les scientifiques s’interrogent toujours sur ce sujet. Les équipes de Margot Kuitems, chercheuse à l’origine de l’étude à laquelle Michael Dee a participé, s’y pencheront à nouveau très prochainement, afin d’utiliser l’an 1021 comme point de référence pour savoir « comment la ou les expéditions vikings se rattachent à d’autres événements de l’Histoire humaine », conclut Michael Dee. 

Pourquoi, à l’époque, des expéditions maritimes auraient-elles quitté le Groenland en direction d’eaux inconnues ?

L’hypothèse du professeur Anders Winroth de l’Université d’Oslo, interrogé par National Geographic pour la série VIKINGS : GLOIRE ET DÉCLIN, serait celle de la recherche du bois, qui était peu présent dans leur région.

La présence des vikings sur ces terres aurait été relativement courte et n’aurait duré qu’une vingtaine d’années. Selon Radio Canada, la colonie de L’Anse aux Meadows était mixte et comptait environ quatre-vingts personnes. « [...] Le sol n’était pas très fertile. Par ailleurs, les relations avec les autochtones n’étaient pas très amicales ». Christophe Colomb, connu comme le célèbre colon de l’Amérique, n’aurait débarqué que 500 ans après les colonies vikings.

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