Martin Luther King, légende de la lutte pour les droits civiques

Martin Luther King Junior se battit pour l'égalité et la justice sociale au moyen de manifestations pacifistes, et exprima son espoir pour l'avenir de son pays au travers de l'un des discours les emblématiques du 20e siècle.

De La Rédaction National Geographic
Publication 19 janv. 2023, 12:20 CET
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Martin Luther King Jr. s’adressa à la foule lors de la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté, le 28 août 1963 au Lincoln Memorial, à Washington D.C. C’est à cette occasion qu’il donna son célèbre discours « I Have a Dream » (« Je rêve qu’un jour… »).

PHOTOGRAPHIE DE Central Press, Getty

Le pasteur Martin Luther King Junior, communément appelé Martin Luther King (ou MLK), est une légende de la lutte pour les droits civiques. Au milieu des années 1950, il mena le « Civil Rights Movement », mouvement de lutte contre la ségrégation aux États-Unis, au moyen de manifestations pacifistes. Ses discours, qui comptent parmi les plus célèbres du 20e siècle, eurent des effets majeurs sur la conscience nationale. Grâce à son rôle de leader, le mouvement américain des droits civiques ouvrit enfin les portes de l’éducation et de l’emploi aux communautés afro-américaines.

En 1983, le président Ronald Reagan signa une loi instaurant un jour férié fédéral en hommage à Martin Luther King pour son engagement dans l’égalité des droits et la justice pour tout un chacun. Célébré pour la première fois le 20 janvier 1986, ce jour férié fut baptisé le Martin Luther King Day. En janvier 2000, ce jour férié fut officiellement célébré dans la totalité des cinquante États des États-Unis.

 

SA JEUNESSE

Bien que son nom soit connu dans le monde entier, peu de personnes savent qu’à sa naissance, le 15 janvier 1929, King s’appelait en réalité Michael King Junior. Son père, Michael King, était pasteur à l’église baptiste Ebenezer, à Atlanta. Lors d’un voyage en Allemagne, Michael King Senior, fut tellement impressionné par l’histoire du réformateur protestant Martin Luther, qu’il changea non seulement son nom, mais aussi celui de son fils, alors âgé de 5 ans.

(À lire : Martin Luther King : un nom qui s’exporte dans les rues du monde entier)

Le génie de Martin Luther King fut vite remarqué, et il fut accepté au Morehouse College, une université historiquement noire située à Atlanta, alors qu’il n’avait que 15 ans. L’été précédant sa dernière année d’études à l’université, King savait qu’il était destiné à suivre les pas de son père et à devenir pasteur ; il décida donc de rejoindre le ministère pastoral. Il sortit diplômé de Morehouse à 19 ans et s’inscrivit au séminaire Crozer à Chester, en Pennsylvanie, où il obtint sa licence de théologie en 1951. Il sortit docteur en théologie systématique de l’Université de Boston en 1955.

Martin Luther King Jr. épousa Coretta Scott le 18 juin 1953 sur la pelouse des ses parents, à Herberger, en Alabama, sa ville natale. Ils eurent quatre enfants : Yolanda King (1955-2007), Martin Luther King III (né en 1957), Dexter Scott King (né en 1961) et Bernice King (née en 1963).

 

DÉFENSEUR DES DROITS CIVIQUES

En 1954, King, alors âgé de 25 ans, devint pasteur de l’église baptise de l'avenue Dexter à Montgomery, en Alabama. En mars 1955, Claudette Colvin, une lycéenne noire de 15 ans, refusa de céder sa place à un homme blanc dans un bus, ce qui constituait une violation des lois Jim Crow, alors appliquées dans les États du Sud pour renforcer la ségrégation raciale.

Martin Luther King faisait partie du comité de la campagne de Birmingham qui, menée par la communauté afro-américaine de la ville, se pencha sur l’affaire. La division locale de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, littéralement « association nationale pour la promotion des personnes de couleur ») envisagea brièvement d'utiliser l'affaire Colvin comme base de contestation des lois ségrégationnistes, mais décida qu’en raison du jeune âge de l'adolescente (et parce qu’elle était tombée enceinte), son histoire attirerait trop l'attention de leurs détracteurs.

Neuf mois plus tard, le 1er décembre 1955, un incident similaire eut lieu : une couturière, Rosa Parks, fut arrêtée pour avoir refusé de céder sa place dans un bus de ville. Les deux évènements menèrent au boycott des bus de Montgomery, mené par King, et encouragé et planifié par le président de la section de l'Alabama de la NAACP, Edgar Daniel Nixon. Le boycott dura 385 jours.

En raison de son rôle central dans le boycott, King reçut de nombreuses menaces de mort, et sa maison fut attaquée à la bombe incendiaire. Il fut arrêté lors de la campagne, mais un jugement de la Cour de district des États-Unis dans l'affaire Browder v. Gayle (dans laquelle Colvin était plaignante), mit fin à la ségrégation raciale dans tous les bus publics de Montgomery. King devint alors une figure nationale et le porte-parole le plus connu du mouvement des droits civiques.

 

LA LUTTE PACIFISTE POUR LE CHANGEMENT

Dès les premiers jours du boycott de Montgomery, King fit souvent référence à Mahatma Gandhi, qu'il désigna comme « la lumière directrice de notre technique de changement social non violent ».

En 1957, Martin Luther King, Ralph Abernathy, Fred Shuttlesworth, Joseph Lowery et d’autres défenseurs des droits civiques fondèrent la Southern Christian Leadership Conference (CSCL) destinée à exploiter le pouvoir organisationnel des églises noires et conduire des manifestations pacifistes pour que la réforme des droits civiques soit enfin adoptée. Le groupe faisait partie des « Big Five » qui comprenait la NAACP, la National Urban League, le Student Nonviolent Coordinating Committee et le Congress on Racial Equality.

Grâce à ses liens avec les cinq grands groupes de défense des droits civiques, au soutien massif des communautés afro-américaines et à l'appui d'éminents sympathisants, les compétences et l'efficacité de King augmentèrent de manière exponentielle. Il organisa et mena des marches pour le droit de vote des Afro-Américains, la déségrégation, les droits des travailleurs et d’autres droits civiques fondamentaux.

(À lire : Comment fut adopté le Voting Rights Act aux États-Unis et pourquoi est-il contesté aujourd'hui ?)

Le 28 août 1963, la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté marqua l’apogée de l’influence nationale et internationale de Martin Luther King. Depuis les marches du Lincoln Memorial, il donna son discours légendaire « I Have A Dream » (« Je rêve qu’un jour… ») devant une foule de 250 000 personnes. Ce dernier, comme nombre de ses autres discours, eut une influence durable sur la rhétorique dans le monde.

Il reçut en 1964 le prix Nobel de la paix pour son engagement dans les droits civiques et la justice sociale. La plupart des droits pour lesquels King organisa des manifestations furent reconnus avec succès, comme en témoignent le Civil Rights Act de 1964 (loi sur les droits civiques) et le Voting Rights Act de 1965 (loi sur le droit de vote).

 

JUSTICE ÉCONOMIQUE ET GUERRE DU VIETNAM

L'opposition de King à la Guerre du Vietnam devint indissociable de sa personnalité publique. Le 4 avril 1967, précisément un an avant sa mort, il donna un discours baptisé « Beyond Vietnam » (« Au-delà du Vietnam ») dans la ville de New York. Il demanda la fin des bombardements au Vietnam, suggéra que les États-Unis déclarent une trêve pour mener à bien des négociations de paix, et que le pays décide d’une date de retrait pour ses troupes.

King fut également sollicité pour s’intéresser à la justice sociale et économique aux États-Unis. Au début du mois d’avril 1968, il se rendit à Memphis, dans le Tennessee, pour aider à organiser une grève des travailleurs du secteur de l’assainissement. Il y donna, dans la nuit du 3 avril, son dernier discours « I've Been to the Mountaintop » (« Je suis allé au sommet de la montagne »), dans lequel il comparait la grève à la longue lutte pour la liberté humaine et à la bataille pour la justice économique, en utilisant la parabole du bon Samaritain du Nouveau Testament pour inciter les citoyens à s’engager dans la cause.

 

ASSASSINAT

King ne put cependant constater les effets de son discours. Le 4 avril 1968, alors qu’il se trouvait sur le balcon du Lorraine Motel, à Memphis, il fut tué par balle par James Earl Ray, criminel de petite envergure, qui s’était échappé l’année précédente d’une prison de sécurité maximale. Ray fut inculpé pour le meurtre de King et condamné à 99 ans de prison le 10 mars 1969. Cependant, après trois jours derrière les barreaux, il changea d’avis et plaida son innocence, affirmant qu’il avait été piégé. Il passa le reste de sa vie à demander à ce que son procès soit révisé, en vain, malgré le soutien de certains des membres de la famille de King, et du pasteur Jesse Jackson.

Le désarroi qui suivit l’assassinat de Martin Luther King mena de nombreux Afro-Américains à se demander si le « rêve » prêché par le pasteur avec tant d’éloquence était mort avec lui. Aujourd’hui, la vie et l’héritage de Martin Luther King sont encore enseignés aux jeunes du monde entier. Sa vision de l’égalité et de la justice se fait encore entendre.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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