À qui appartenait ce mystérieux artefact en or ?

Ce chef-d’œuvre de la civilisation mixtèque est l’un des 120 artefacts en or découverts dans une sépulture du sud du Mexique. Son iconographie sophistiquée donne lieu à des débats passionnés quant à l’identité de son propriétaire.

De Braden Phillips
Publication 26 janv. 2022, 15:36 CET
Mixtec masterpiece

Ce magnifique pectoral, que portait au cou un souverain mixtèque, fait partie des 120 objets en or retrouvés dans une sépulture de la cité de Monte Albán, dans le sud du Mexique.

PHOTOGRAPHIE DE Oliver Santana/Raices

Parmi les 120 artéfacts fastueux découverts dans une sépulture de l’ancienne cité de Monte Albán, dans le sud du Mexique, se trouvait un étonnant pectoral en or. Son iconographie et son symbolisme majestueux en font un objet d’une complexité visuelle qui a donné lieu à diverses interprétations quant à sa signification et à l’identité de son propriétaire.

Le riche passé précolombien de l’État mexicain d’Oaxaca a demeuré en grande partie inconnu jusqu’à ce que l’archéologue Alfonso Caso y lance des fouilles en 1930. En concentrant ses efforts sur l’ancienne cité de Monte Albán, située au sommet d’une montagne, il a pu établir que ce lieu avait été la capitale de l’Empire zapotèque pendant plus de 1 000 ans et qu’en l’an 700, elle était en pleine déliquescence.

Les Zapotèques ont abandonné la cité et on sait qu’en l’an 900 leurs successeurs, les Mixtèques, y régnaient. Ce devait être le cas jusqu’en 1521, date à partir laquelle les conquistadors espagnols se sont installés dans la région.

Lors de leur règne, les Mixtèques ont réemployé les structures zapotèques de Monte Albán et plus particulièrement les tombeaux royaux. Alfonso Caso a découvert 20 bâtiments et 176 sépultures sur le site. En 1932, après avoir creusé un tunnel dans le mur d’une résidence ayant appartenu à des membres de la classe dirigeante, il a découvert le Tombeau 7, que beaucoup considèrent comme la découverte la plus spectaculaire jamais réalisée en Mésoamérique.

Celui-ci date d’environ 1330. Il renfermait plus de 500 objets. Notamment plus de 120 objets décoratifs en or dont la maîtrise d’œuvre révèle que les Mixtèques étaient les orfèvres les plus doués du centre et du sud du Mexique. Leur domaine de prédilection était le moulage à la « cire perdue ». Ce procédé leur permettait de fabriquer des bijoux comme des pectoraux (des parements de poitrine qu’on accrochait au cou), des pendentifs, des colliers, etc.

La découverte la plus sensationnelle d’Alfonso Caso est un imposant pectoral en or dont il dit qu’il est « peut-être la plus belle sculpture mexicaine en or que nous connaissions ». Éblouissant, ce pectoral comporte des informations importantes sur la civilisation mixtèque et sur le langage symbolique raffiné de son art.

Cette figurine de souverain-guerrier mixtèque a été fabriquée entre le 12e siècle et le 14e siècle. Elle a été découverte en 1870 à Tehuantepec lors de fouilles sur une propriété privée. L’objet a été fabriqué grâce à la technique de la cire perdue et indiquait la noblesse de son propriétaire. En plus d’un bouclier et d’un instrument à tête de serpent, il porte sous la lèvre un pectoral en forme de tête coupée à laquelle sont suspendues trois cloches.

PHOTOGRAPHIE DE British Museum, London/RMN-Grand Palais

Les codex mixtèques, autre découverte majeure réalisée à Monte Albán, offrent un contexte important qui permet de comprendre le pectoral et de savoir qui y est représenté. Rédigés sur de la peau de daim, ces manuscrits pictographiques font le récit de la cosmogonie mixtèque et de la généalogie alambiquée de ses souverains, de ses prêtres et de ses guerriers. Avec les archives dynastiques mayas, ce sont les seules traces documentaires du Nouveau-Monde précolombien à nous être parvenues.

En étudiant les systèmes calendaires mixtèques, Alfonso Caso a pu déchiffrer les motifs présents sur les épaules du pectoral. D’après ses conclusions, chaque objet était corrélé à différents calendriers qu’on pouvait rapporter à des index calendaires présents dans les manuscrits pictographiques. En se fondant sur cette donnée, Alfonso Caso a cru pouvoir affirmer que le pectoral représentait un souverain nommé Cinq-Lézard. Le nom d’une personne et le chiffre qui lui était associé étaient donnés par sa date de naissance dans le calendrier mixtèque.

Mais certains universitaires comme Geoffrey McCaffertyn, professeur émérite d’archéologie de l’Université de Calgary, interprètent la chose différemment. Selon lui, le pectoral représente une femme du nom de Trois-Silex qu’on retrouve dans un des codex avec exactement la même coiffe en forme de serpent. Cela lui fait dire que le pectoral a été porté par sa descendante nommée Quatre-Lapin, qui « l’aurait porté en héritage et pour légitimer son ascendance ».

Aujourd’hui, le pectoral et les trésors du Tombeau 7 de Monte Albán se trouvent au Musée des cultures d’Oaxaca, dans la ville mexicaine de Santo Domingo.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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