Chine : une découverte exceptionnelle offre un aperçu inédit de la vie des Dénisoviens

Pour la première fois, des fossiles de Dénisoviens ont été retrouvés aux côtés des outils qu’ils utilisaient. Une découverte majeure qui éclaire leur quotidien il y a plus de 100 000 ans.

De Tim Vernimmen
Publication 11 sept. 2026, 16:11 CEST
Les fouilles menées dans la grotte de Bianfu, dans la province du Yunnan, en Chine, ont ...

Les fouilles menées dans la grotte de Bianfu, dans la province du Yunnan, en Chine, ont conduit à la découverte de fragments de crâne rares, de dents (comme la prémolaire montrée ci-dessus) ainsi que le tout premier radius de Dénisovien jamais mis au jour.

PHOTOGRAPHIE DE Song Xing, Institute of Vertebrate Paleontology and Paleoanthropology

Les fouilles menées dans la grotte de Bianfu, dans la province du Yunnan, en Chine, ont conduit à la découverte de fragments de crâne rares, de dents (comme la prémolaire montrée ci-dessus) ainsi que le tout premier radius de Dénisovien jamais mis au jour.

PHOTOGRAPHIE DE Song Xing, Institute of Vertebrate Paleontology and Paleoanthropology

Pendant de nombreuses années, les scientifiques ont principalement connu les Dénisoviens à travers leur ADN, celui extrait d’un os d’auriculaire découvert dans une grotte sibérienne. Depuis, quelques restes épars supplémentaires ont été découverts, notamment une côte, des dents et deux fragments de mâchoire. La découverte majeure a eu lieu l’an dernier lorsque des chercheurs sont parvenus à attribuer le crâne de l’« Homme dragon », individu à la proéminente arcade sourcilière découvert dans le nord-est de la Chine, à un Dénisovien. Toutefois, ces anciens humains, disparus voilà bien longtemps, demeurent difficiles à cerner, et les scientifiques ont grand mal à relier leurs fossiles aux outils en pierre et aux os d’animaux retrouvés à proximité.

Récemment, deux équipes internationales de chercheurs ont annoncé la découverte de trois os de Dénisovien ainsi que quatre dents et plus de 1 360 outils en pierre sur le site de la grotte de Bianfu, dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. Parmi les fossiles figurent deux fragments de crâne et le premier avant-bras dénisovien jamais découvert. Les restes et les outils en pierre ont été retrouvés au milieu de 60 000 fragments d’os de mammifères.

Ces découvertes, décrites mercredi 9 septembre dans deux articles publiés dans la revue Nature, permettent enfin aux chercheurs d’étudier une collection d’outils (racloirs, hachoirs, percuteurs et os servant d’outils pour travailler ces derniers) abandonnés sur place par les Dénisoviens au fil de leurs activités quotidiennes.

« Nous avons de nombreux sites, mais bien souvent nous ne savons pas qui a fabriqué ces outils », explique Hao Li, archéologue de l’Institut de recherche sur le plateau tibétain de Pékin et au co-auteur de l’un des articles. Grâce à leur découverte, Hao Li et les autres chercheurs ont établi un lien fort entre les Dénisoviens et les outils en pierre qu’ils fabriquaient et utilisaient. Bon nombre des outils et des restes animaux découverts dans la grotte portent des marques qui, d’après Hao Li, révèlent vraisemblablement de frottements et de chocs répétés.

« Je suis fasciné par ces éclairages sur les technologies utilisées par les Dénisoviens », s’enthousiasme Svante Pääbo, généticien de l’évolution de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, en Allemagne. Le laboratoire de Svante Pääbo a séquencé le premier ADN dénisovien issu de l’os de doigt en 2010, mais ce dernier n’a pas pris part à la nouvelle étude. « C’est magnifique que nous puissions enfin avoir des aperçus directs de leur mode de vie. »

Svante Pääbo ajoute que bien que les chercheurs aient identifié les restes comme étant dénisoviens à partir de données limitées, « c’est ce qu’on peut faire de mieux et je suis assez convaincu qu’il s’agit de restes dénisoviens ».

Des chercheurs ont découvert un avant-bras dénisovien parmi la multitude de fossile et d’outils en pierre ...

Des chercheurs ont découvert un avant-bras dénisovien parmi la multitude de fossile et d’outils en pierre retrouvés dans la grotte de Bianfu, dans la province chinoise du Yunnan.

PHOTOGRAPHIE DE Song Xing, Institute of Vertebrate Paleontology and Paleoanthropology

Des chercheurs ont découvert un avant-bras dénisovien parmi la multitude de fossile et d’outils en pierre retrouvés dans la grotte de Bianfu, dans la province chinoise du Yunnan.

PHOTOGRAPHIE DE Song Xing, Institute of Vertebrate Paleontology and Paleoanthropology

Pour être plus précis encore, puisqu’aucun ADN ne pouvait être extrait des restes, les chercheurs ont dû trouver un autre moyen de les identifier. Ils y sont parvenus en examinant une protéine du collagène présente dans les os dont la composition en acides aminés varie légèrement d’un hominine à l’autre. Pour les chercheurs, les résultats ne laissent que peu de doute quant au fait que ces ossements sont dénisoviens.

Selon Qingfeng Shao, géochronologue de l’Université normale de Nanjing, en Chine, qui a contribué aux deux études, les os datent de 134 000 à 167 000 ans avant le présent, tandis que les outils couvrent une période encore plus grande et datent de 70 000 à 190 000 ans avant le présent. Il ajoute que la découverte est heureuse, car elle est survenue lors d’un projet de restauration de la végétation dans une ancienne carrière de calcaire.

« L’essentiel de la grotte a déjà été détruite », déplore Qingfeng Shao.

La chose la plus remarquable concernant les fragments du crâne dénisovien est peut-être leur épaisseur (de 0,75 à 1 cm), qui se rapproche davantage de celle de celui d’Homo erectus (notre ancêtre commun) et de Néandertal que de celui de l’humain actuel.

L’os de l’avant-bras retrouvé fait partie du radius, qui s’étend du côté radial du poignet jusqu’au coude. Seule la partie proche du coude a été conservée, révélant que, chez les Dénisoviens, le point d’insertion du biceps se trouvait plus en arrière sur l’os que chez les humains actuels. Cette découverte suggère qu’à taille de muscle égale, les Dénisoviens pouvaient générer davantage de force en supination avec leur avant-bras que ne le peuvent les humains d’aujourd’hui.

Les artefacts découverts suggèrent une approche plutôt improvisée de la fabrication d’outils, car ils n’avaient pas été travaillés avec la même minutie que certains outils archétypaux chez Homo sapiens. Comme l’explique Hao Li, dans de nombreux cas, il semble que les Dénisoviens ont simplement débité quelques éclats tranchants d’une pierre, les ont utilisés, puis les ont abandonnés. Les outils découverts sur le site suggèrent que les Dénisoviens n’accordaient pas autant d’importance à une forme ou à une technique particulières que nos propres ancêtres.

Peut-être n’avaient-ils pas besoin de le faire, car en effet, les nombreux restes d’animaux, de cerfs et de buffles notamment, suggèrent qu’il n’était pas trop difficile de se procurer de la nourriture dans l’environnement relativement doux de la région, même durant les périodes glaciaires survenues dans l’intervalle de temps correspondant à la datation des ossements. Mais cela pourrait en partie expliquer pourquoi les Dénisoviens ont été supplantés lorsque Homo sapiens est apparu dans la région.

Cependant, les Dénisoviens n’ont pas complètement disparu. L’ADN de nombreuses personnes en vie actuellement portent les traces d’un métissage entre leurs ancêtres et les Dénisoviens. Les Tibétains ont acquis de cette manière un gène qui les aide à survivre en haute altitude. Le patrimoine génétique dénisovien est particulièrement répandu chez des peuples autochtones de pays comme les Philippines, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Australie, mais il apparaît également chez de nombreuses personnes à travers le monde.

La découverte récente de restes de Dénisoviens dans le sud-ouest de la Chine révèle qu’ils étaient présents bien au-delà des régions septentrionales reculées où on les a pour la première fois découverts et qu’ils ont pu rencontrer nos propres ancêtres et se métisser avec eux bien plus au sud.

« Je suis impressionné par les deux études, et heureux de voir un nouveau site susceptible de nous renseigner sur la signature archéologique des Dénisoviens », explique Frido Walker, spécialiste en analyse des protéines anciennes à l’Université de Copenhague qui a fait partie d’une équipe ayant identifié une dent dénisovienne au Laos, mais qui n’a pas pris part aux présentes études. « Je pense que c’est incroyablement important pour l’approfondissement de nos connaissances au-delà de leur impact génétique sur les génomes humains actuels. »

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Tim Vernimmen est journaliste indépendant et vit en Belgique. Il traite régulièrement de la faune, d’archéologie et des origines de l’humanité dans les colonnes de National Geographic.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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