La tour de Babel a-t-elle réellement existé ? Un temple aurait été identifié
De nombreux archéologues pensent que la célèbre tour mentionnée dans le livre de la Genèse, le premier livre de la Bible, pourrait avoir eu un équivalent historique en Mésopotamie.

Le livre de la Genèse raconte l'histoire d'une cité antique dotée d'une tour qui s'élève jusqu'au ciel, un récit qui met en garde contre l'orgueil humain. Mais ce récit s'inspire-t-il d'un édifice réel ? Les archéologues bibliques évoquent les traces d'une ancienne ziggurat babylonienne, Etemenanki, comme une possibilité.
Le livre de la Genèse raconte l'histoire d'une cité antique dotée d'une tour qui s'élève jusqu'au ciel, un récit qui met en garde contre l'orgueil humain. Mais ce récit s'inspire-t-il d'un édifice réel ? Les archéologues bibliques évoquent les traces d'une ancienne ziggurat babylonienne, Etemenanki, comme une possibilité.
Depuis des siècles, le récit biblique de la tour de Babel est utilisé pour expliquer l'origine des différentes langues du monde et pour mettre en garde contre les dangers qu'il y a à vouloir rivaliser avec Dieu.
Mais cette tour a-t-elle seulement existé ?
La réponse à cette question pourrait bien être « oui » : les archéologues et les historiens pensent que la tour de Babel mentionnée dans le livre de la Genèse avait bel et bien un équivalent historique en Mésopotamie : Etemenanki.
Toutefois, si les recherches récentes ont révélé de nombreux indices suggérant qu'une telle structure aurait non seulement existé mais était également connue dans tout le monde antique, la question de l'existence d'une véritable tour de Babel est loin d'être tranchée.
LA TOUR DE BABEL SELON LE LIVRE DE LA GENÈSE
Bien que la tradition attribue la rédaction du livre de la Genèse et des quatre autres livres de la Torah juive au prophète Moïse, les historiens modernes estiment que ces ouvrages auraient en fait été rédigés par divers auteurs à différentes époques de l'histoire antique.
Le livre raconte l'histoire d'un Dieu qui créa la Terre et l'humanité, puis détruisit la majeure partie de sa création par un déluge énorme après que les humains s'étaient révélés corrompus, violents et pécheurs. Dieu épargna Noé et sa famille, qui survécurent au déluge à bord d'une arche construite spécialement à cet effet.
Le chapitre 11 de la Genèse décrit les conséquences de ces événements, décrivant une planète où ne régnait qu'une seule langue et un seul peuple uni qui s'installa dans la région de Shinar, que l'on pense correspondre au territoire de l'ancienne Babylone dans le sud de la Mésopotamie, l'Irak actuel.
Même s'ils vivaient dans l'unité et l'harmonie, l'orgueil humain finit par les pousser à construire une ville dotée d'une tour s'élevant jusqu'au ciel. Furieux, Dieu descendit sur Terre et « confondit » la langue des Hommes. Parlant désormais des langues différentes et incapables de se comprendre les uns les autres, ils abandonnèrent la tour et la ville.
Le récit se termine en mentionnant que la ville fut baptisée Babel (Babylone). Le terme s'apparente au verbe hébreu balal, qui signifie « confondre » ou « mélanger », à tel point que certains chercheurs estiment que son utilisation s'inscrivait dans une longue tradition de jeux de mots hébraïques.
À LA RECHERCHE DE LA VÉRITABLE TOUR DE BABEL
Une partie de la véritable tour a-t-elle été laissée sur place ? Cette question a motivé des générations d'explorateurs, d'historiens et de croyants chrétiens et, au fil des ans, diverses personnalités ont avancé plusieurs emplacements possibles pour cet édifice ancien.
Beaucoup soutenaient qu'Aqar Quf, une ville mésopotamienne qui fut autrefois la capitale de l'une des dynasties les plus puissantes de l'ancienne Babylone, avait inspiré le récit biblique. D'autres pensaient que les ruines se trouvaient peut-être dans une ville aujourd'hui appelée Borsippa.
« Au Moyen Âge, il ne restait pratiquement plus de vestiges visibles de la [tour] de Babylone, ce qui rendait son identification par les voyageurs qui visitaient la région difficile, voire impossible », écrit l'historien Juan Luis Montero Fenollós.
Seul l'un de ces premiers explorateurs découvrit presque l'édifice que l'on associe aujourd'hui à la tour de Babel.
ETEMENANKI S'IMPOSE COMME LE MEILLEUR CANDIDAT
Aujourd'hui, les historiens et les archéologues s'accordent à penser que la tour s'inspirait de la ziggurat d'Etemenanki, dont les ruines ont été redécouvertes par l'archéologue allemand Robert Koldewey en 1913.
La raison est simple, a expliqué Andrew George, professeur émérite en civilisation babylonienne à la SOAS (School of Oriental and African Studies, ou École des études orientales et africaines) de l'université de Londres, dans un e-mail adressé à National Geographic. « C'était une haute tour dans la ville que l'on appelait Babylone en grec et Babel en hébreu », indique-t-il. Malgré l'existence de constructions similaires dans l'ancienne Mésopotamie, l'emplacement de cet édifice à Babylone est la clé.
Bien que le bâtiment ait été détruit depuis longtemps, les chercheurs ont prouvé son existence en s'appuyant à la fois sur des sources écrites anciennes, telles que des écrits de l'historien grec Hérodote et divers textes cunéiformes, et sur des recherches archéologiques plus récentes.
Il s'agissait d'une ziggurat, une sorte de tour-temple courante dans la Mésopotamie antique. Ces structures pyramidales, dont le nom dérive du mot zaqārum en akkadien qui signifie « construire en hauteur », étaient érigées en hommage au dieu protecteur d'une ville. Leur proximité avec les édifices royaux a conduit les chercheurs à supposer qu'elles servaient à souligner les liens entre la royauté et les divinités de la ville.
Ces structures étaient bien plus que de simples pyramides esthétiques. Reliée à un sanctuaire au sol, la ziggurat était probablement considérée comme un lieu de rencontre important pour les divinités du ciel et de la terre. C'est pourquoi, selon Andrew George, ces sites revêtaient « une immense importance religieuse ».
Dédié au puissant dieu mésopotamien Marduk, divinité protectrice de Babylone, Etemenanki était sans doute un bâtiment impressionnant. Les premières fouilles sur le site ont confirmé que le bâtiment avait été construit à partir de briques de boue séchée et de briques de bitume cuites au four, assemblées avec de la boue servant de mortier.
Puis, dans les années 1990, les chercheurs travaillant dans des tranchées creusées par des archéologues près d'un siècle plus tôt ont découvert une stèle intrigante, couverte de dessins et d'inscriptions concernant Etemenanki. La « stèle de la tour de Babylone », comme on l'appelle aujourd'hui, s'est révélée être une mine d'informations sur la ziggurat. Les chercheurs ont même utilisé ses dessins pour créer une maquette réaliste du temple de 90 mètres de haut qu'elle décrit.
Etemenanki aurait été une structure clé au sein du complexe de temples de Babylone. On ne sait toujours pas quand les Babyloniens l'ont construite pour la première fois, mais Andrew George estime qu'elle a été érigée entre 1500 et 1000 avant notre ère, une période qui correspondrait à la rédaction de nombreux textes de l'Ancien Testament.
DES PREUVES CONTESTÉES
Selon Andrew George, la description faite par la stèle de la tour de Babylone d'une ziggurat de 90 mètres de haut et de 90 mètres de large ne suffit pas à prouver à quoi ressemblait réellement cet édifice. Bien que ces dimensions aient été considérées comme idéales pour une telle structure, « on ne sait pas avec certitude si l'un des anciens constructeurs a jamais atteint cet idéal ».
En fin de compte, les détails concernant l'étendue et la forme réelle de l'édifice au fil des siècles restent incertains.
L'histoire complexe de l'édifice rend toute conclusion archéologique encore plus difficile. La construction d'Etemenanki n'a pas été réalisée en une seule fois : la ziggurat a apparemment été détruite et reconstruite à plusieurs reprises, en raison des dégâts causés par le temps et les invasions répétées.
L'un des derniers épisodes connus de son histoire remonte à l'an 331 avant notre ère, lorsque Babylone et sa ziggurat furent conquises par Alexandre le Grand, roi de Macédoine. Il ordonna la destruction de ses vestiges afin de faire place à une ziggurat reconstruite. Ce projet fut toutefois abandonné après la mort d'Alexandre le Grand en 323 avant notre ère. Les pillages locaux et les ravages du temps se sont occupés du reste, selon ce qu'a expliqué Andrew George à National Geographic.
« Les fouilles ont ensuite principalement mis au jour un trou dans le sol où se trouvaient autrefois les fondations en briques cuites », ajoute-t-il. « Comme il ne reste que ce trou dans le sol, sans aucune superstructure, nous ne disposons d'aucune preuve archéologique concrète concernant la structure, la forme et l'histoire du bâtiment ».
Le site où se dressait autrefois Etemenanki, situé sur le territoire de l'Irak actuel, est aujourd'hui un site du patrimoine archéologique protégé par l'UNESCO.
MYTHE OU RÉALITÉ ?
Bien qu'il soit extrêmement difficile de trouver des détails concernant la ziggurat, il est clair que ces structures étaient courantes dans la Mésopotamie antique. Une question reste en suspens : pourquoi la Genèse la décrit-elle comme une tour et non pas comme une ziggurat ?
Pour les Israélites nouvellement arrivés dans la région, une ziggurat imposante devait leur paraître aussi étrange qu'impressionnante. Selon ce qu'a écrit John Walton, chercheur spécialiste de l'Ancien Testament, l'utilisation du mot « tour » pour décrire la ziggurat dans la Genèse pourrait refléter leur méconnaissance de ce type de constructions.
Cependant, en l'absence de preuves archéologiques corroborant le récit biblique, nous ne saurons peut-être jamais si Etemenanki et la tour de Babel étaient une seule et même construction. Au contraire, de nombreux chercheurs voient l'histoire de la tour de Babel comme faisant partie d'une légende de la création plus vaste car ce récit présente également des parallèles avec les mythes d'autres cultures.
« Il faut faire preuve de prudence pour déterminer quelles histoires racontées dans la Genèse relèvent du folklore (des mythes et des légendes) et lesquelles sont véritablement historiques », avertit Andrew George. « Il s'agit d'une tâche vraiment difficile. À mon avis, il est inutile de chercher à corroborer archéologiquement les mythes et les légendes ».
Erin Blakemore est une journaliste indépendante basée à Boulder, dans le Colorado. Elle rédige régulièrement des articles sur l'histoire, la culture et l'archéologie pour National Geographic.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
