Ces huit résistantes françaises ont défié l’Occupation
Alors que le film "La Bataille de Gaulle" donne à voir les débuts de la France libre, découvrez les portraits de huit femmes qui ont joué un rôle majeur dans la Résistance.

Le Corps féminin avait son quartier général à Londres. Les jeunes femmes disposaient de leur propre cantine et pouvaient passer leurs heures de repos ensemble, à parler, jouer et chanter. Ici, l'on voit quelques-unes des femmes du Corps féminin en train de prendre une tasse de thé et de lire des journaux français, le 1er février 1941.
Le Corps féminin avait son quartier général à Londres. Les jeunes femmes disposaient de leur propre cantine et pouvaient passer leurs heures de repos ensemble, à parler, jouer et chanter. Ici, l'on voit quelques-unes des femmes du Corps féminin en train de prendre une tasse de thé et de lire des journaux français, le 1er février 1941.
Depuis le mois de juin, le diptyque d'Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle, retrace les années où l'homme du 18 juin releva la France libre, de l'exil londonien à la libération de Paris. Autour de Simon Abkarian, la Résistance prend le visage des hommes qui entourèrent le chef de la France libre. Longtemps occultées de l'historiographie de la Résistance, les femmes furent elles aussi présentes dans toutes les branches de la lutte.
Leur engagement était pourtant plus difficile. En 1940, les Françaises sont des mineures civiles : leur statut juridique, politique et social les maintenait en marge de la vie publique. À la différence des hommes, la plupart d'entre elles n’avaient connu ni le sport ni, surtout, le service militaire. En outre, les idéaux d'épouses et de mères les liaient plus étroitement à leur famille, et résister signifiait souvent devoir s’éloigner des siens voire renoncer à devenir mère, comme l'explique l'historienne Rita Thalmann. Si beaucoup ont repris leur vie sans réclamer ni médaille ni statut d'ancienne combattante, on estime leur représentation entre 15 et 20 % des effectifs de la Résistance.
Voici huit portraits de femmes dont on connaît l'histoire parmi des milliers d'anonymes, qui ont elles aussi changé le cours de la Seconde Guerre mondiale.

Geneviève de Gaulle, photographiée lors des célébrations de la victoire des Alliés à Genève, en 1945.
Geneviève de Gaulle, photographiée lors des célébrations de la victoire des Alliés à Genève, en 1945.
GENEVIÈVE DE GAULLE
Geneviève de Gaulle naquit le 25 octobre 1920 dans le Gard. Avant ses quinze ans, son père, le frère aîné de Charles de Gaulle, lui fit lire une traduction de Mein Kampf pour qu'elle mesure la menace du nazisme.
Étudiante en histoire, elle rejoignit le réseau du Musée de l'Homme en 1941, l'une des toutes premières organisations de résistance en zone occupée. Elle multiplia les missions de renseignement, distribua des tracts et convoya du courrier jusqu'en Espagne. Elle intégra ensuite Défense de la France, dont elle distribuait le journal clandestin dans les rues de Paris. Seule femme du comité de rédaction, elle y signa sous le pseudonyme de Gallia deux articles consacrés à son oncle, pour présenter aux lecteurs ses ambitions. Peu avant, elle lui avait écrit une lettre où elle disait vouloir « servir de toutes [ses] forces ».
Le 20 juillet 1943, elle tomba dans une souricière qui servait de boîte aux lettres au mouvement, et fut arrêtée par la Gestapo française. Déportée à Ravensbrück, elle y retrouva l'ethnologue Germaine Tillion et, à la fin de la guerre, fut enfermée au cachot sur ordre d'Himmler, qui espérait pouvoir échanger la nièce du général contre des prisonniers politiques allemands. Cette mise à l'écart lui sauva la vie.
Libérée en 1945, elle consacra la seconde moitié de son existence à la lutte contre la misère, à la tête d'ATD Quart Monde. Charles de Gaulle lui dédia le premier tome de ses Mémoires de guerre en la décrivant comme « un soldat de la France Libre ». Elle mourut le 14 février 2002, et entra au Panthéon treize ans plus tard.

Portrait photographique de Rose Valland vers 1930. Archives diplomatiques (La Courneuve).
Portrait photographique de Rose Valland vers 1930. Archives diplomatiques (La Courneuve).
ROSE VALLAND
Née le 1er novembre 1898 dans l'Isère, Rose Valland était diplômée de l'École du Louvre. Elle entra en 1932 comme attachée de conservation bénévole au musée du Jeu de Paume. À la demande de Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, elle demeura à son poste quand l'occupant fit du Jeu de Paume le grand entrepôt des œuvres spoliées aux familles juives.
Quatre années durant, elle consigna la provenance et la destination de dizaines de milliers d'œuvres, le nom des victimes, les marques des caisses, les numéros de convois. Göring en personne vint choisir des tableaux pour sa collection. Nul ne se méfiait de cette conservatrice discrète qui, sans rien en laisser paraître, comprenait l'allemand : elle retenait les conversations, fouillait les corbeilles et notait tout le soir dans ses carnets.
À la Libération, brièvement soupçonnée d'avoir servi l'occupant, puis blanchie, elle suivit les armées alliées en Allemagne pour retrouver les œuvres et témoigna au procès de Nuremberg. Ses carnets permirent le retour de près de 60 000 œuvres.
Nommée conservatrice des Musées nationaux en 1952, elle publia en 1961 Le Front de l'art. Elle mourut en 1980, restée l'une des femmes les plus décorées de France.

Jeanne Bohec (1919-2010), résistante française, membre des Forces françaises libres.
Jeanne Bohec (1919-2010), résistante française, membre des Forces françaises libres.
JEANNE BOHEC
Douée pour les mathématiques, Jeanne Bohec devint en mars 1940, à l'âge de vingt et un ans, aide-chimiste à la poudrerie du Moulin-Blanc, à Brest.
Le 18 juin, sans avoir entendu l'appel du général de Gaulle, elle s'embarqua pour l'Angleterre. À Londres, elle rejoignit le Corps des volontaires françaises, y servit d'abord comme secrétaire, puis mit sa formation de chimiste au service d'un laboratoire d'explosifs, où l'on apprenait à fabriquer des charges avec des produits vendus en pharmacie.
En août 1943, elle entra au BCRA, le service de renseignement et d'action de la France libre à Londres, et fut formée au sabotage. Le BCRA refusait d'envoyer des femmes en mission, mais à force de ténacité, elle obtint d'être parachutée. Une nuit de février 1944, un avion la largua au-dessus de la campagne française. Sa mission relevait du « plan vert » : préparer, pour le débarquement, le sabotage des voies ferrées afin d'empêcher l'acheminement des renforts allemands vers la Normandie. À bicyclette, elle sillonna la Bretagne de ferme en ferme pour enseigner le maniement des explosifs, ce qui lui valut son surnom de « plastiqueuse à bicyclette ».
Au maquis de Saint-Marcel, attaqué en 1944, on lui refusa pourtant de combattre les armes à la main. Après la guerre, elle reprit le chemin des mathématiques comme enseignante, et mourut en 2010.
![Simonne Mathieu, 6 août 1926, Croix-Catelan, championnat de France, [tournoi international de tennis]. Simonne Mathieu, 6 août 1926, Croix-Catelan, championnat de France, [tournoi international de tennis].](https://static.nationalgeographic.fr/files/styles/image_3200/public/simonne_mathieu_1926_croix_catelan_e.webp?w=1600&h=2310&q=100)
Simonne Mathieu, 6 août 1926, Croix-Catelan, championnat de France, [tournoi international de tennis].
Simonne Mathieu, 6 août 1926, Croix-Catelan, championnat de France, [tournoi international de tennis].
SIMONNE MATHIEU
Simonne Mathieu comptait parmi les grandes joueuses de tennis de son temps. Numéro 1 française, elle remporta le simple de Roland-Garros en 1938 puis en 1939, à trente-et-un et trente-deux ans. En septembre 1939, elle disputait un tournoi aux États-Unis quand la guerre éclata. Plutôt que de rentrer, elle gagna Londres et n'en repartit plus.
Dès février 1940, elle servit dans l'Auxiliary Territorial Service britannique, la branche féminine de l'armée britannique, comme conductrice et traductrice, à défaut de pouvoir porter l'uniforme français. Toutefois, comme « la France libre [était] trop pauvre en hommes pour pouvoir négliger les femmes » l'amiral Muselier lui confia la constitution d'un corps féminin. Le Corps féminin, première unité militaire féminine de l'histoire de France, vit ainsi le jour le 7 novembre 1940.
En tant que première cheffe de corps, elle organisa le recrutement, imposa la marche au pas et le salut et forma ses recrues auprès des Anglaises de l'ATS. Elles étaient une vingtaine au départ, puis près de six cents au plus fort de la guerre.
Hélène Terré lui succéda un an plus tard, et Simonne Mathieu, devenue capitaine, travailla au service du chiffre du Bureau central de renseignements et d'actions (BCRA) avant de suivre Charles de Gaulle à Alger. Elle mourut en 1980 ; et depuis 2019, l'un des courts de Roland-Garros porte son nom.

Danielle Casanova (née Vincentella Perini, Ajaccio, 9 janvier 1909 - Auschwitz, 9 mai 1943) était une militante communiste et une résistante, morte à Auschwitz. Elle a été responsable des Jeunesses communistes, et elle fonde l'Union des jeunes filles de France.
Danielle Casanova (née Vincentella Perini, Ajaccio, 9 janvier 1909 - Auschwitz, 9 mai 1943) était une militante communiste et une résistante, morte à Auschwitz. Elle a été responsable des Jeunesses communistes, et elle fonde l'Union des jeunes filles de France.
DANIELLE CASANOVA
Danielle Casanova, née Vincentella Perini à Ajaccio en 1909, était fille d'instituteurs. Montée à Paris pour étudier la chirurgie dentaire, elle adhéra aux Jeunesses communistes en 1928 et prit le prénom de Danielle.
En 1936, on lui confia la fondation de l'Union des jeunes filles de France. Dans le mouvement communiste mixte, les jeunes femmes n'avaient guère de responsabilités et restaient tenues par le chaperonnage familial, ce que Danielle Casanova voyait comme un obstacle à leur engagement. À sa direction, elle porta les droits des jeunes femmes au travail, à l'instruction, au sport et aux loisirs, sur fond d'antifascisme et de solidarité avec l'Espagne républicaine. Elle compta jusqu'à des dizaines de milliers d'adhérentes et ouvrit des centaines de foyers.
Quand le Parti communiste fut interdit, en septembre 1939, elle passa dans la clandestinité, monta des comités féminins en zone occupée et poussa la jeunesse communiste vers la lutte armée. Le 15 février 1942, la police française l'arrêta alors qu'elle apportait du charbon au philosophe Georges Politzer, traqué par l'occupant. De la prison de la Santé au fort de Romainville, elle continua d'organiser la résistance parmi les détenues.
Déportée à Auschwitz en janvier 1943, elle y soigna ses codétenues comme dentiste de l'infirmerie, avant de mourir du typhus le 9 mai 1943. Elle reste la femme la plus honorée de la mémoire communiste : un paquebot, des rues et des écoles portent aujourd'hui son nom.

Photographie portrait de Renée Davelly.
Photographie portrait de Renée Davelly.
RENÉE DAVELLY
Renée Davelly, née Renée Touron à Angers, était chanteuse. Fille d'un boulanger, d'abord modiste, elle se consacra à la scène, l'accordéon en bandoulière. À la fin des années 1930, elle triompha à Buenos Aires, où elle mêlait répertoire parisien et tangos, très en vogue, avant de s'engager pour une tournée au Proche-Orient. Son tour de chant commença au Caire, se poursuivit à Alexandrie puis à Beyrouth.
La guerre la surprit en Égypte, sans moyen de rentrer. À l'appel du général De Gaulle, elle fut la 171e volontaire à répondre présente, et la première femme à rejoindre officiellement les Forces françaises libres présentes dans la région. Elle visita les camps de réfugiés, les navires de guerre de passage et les hôpitaux militaires d'Égypte, de Palestine, du Liban, de Syrie et d'Irak, où stationnaient soldats français et britanniques afin d'y apporter son soutien : « il fallait montrer aux blessés qu’on ne les oubliait pas, qu’on pensait à eux. »
En 1941, sous le patronage de l'ambassade britannique et du général Catroux, elle fonda l'œuvre « Cake du blessé », qui levait des fonds pour améliorer le quotidien des soldats.
Chanter pour les hommes au front relevait d'un engagement volontaire dans la France libre. Renée Davelly fut d'ailleurs décorée pour ces services. Elle mourut en 1977, presque oubliée, avant d'être sortie des archives.

« Nicole », une partisane française qui a capturé 25 nazis dans la région de Chartres, en plus d'en avoir éliminé d'autres, pose avec le fusil automatique qu'elle maîtrise le mieux.
« Nicole », une partisane française qui a capturé 25 nazis dans la région de Chartres, en plus d'en avoir éliminé d'autres, pose avec le fusil automatique qu'elle maîtrise le mieux.
SIMONE SEGOUIN
Originaire de Chartres, Simone Segouin grandit dans une famille d'agriculteurs communistes. Son père, conseiller municipal et résistant, dut fournir aux Allemands une liste de jeunes filles susceptibles de les servir. Pour éviter que sa fille ne soit réquisitionnée, il la fit passer pour une couturière.
La ruse éventée, en 1944, à dix-huit ans, elle rejoignit les Francs-tireurs et partisans sous une fausse identité : Nicole Minet. Comme beaucoup de résistants, elle se protégeait ainsi de l'identification et des représailles contre les siens. Sa première mission consista à dérober, devant la poste de Chartres, la bicyclette d'une coursière allemande, qu'elle repeignit pour la rendre méconnaissable. Sur cette selle, elle parcourut l'Eure-et-Loir comme agent de liaison, transportant armes et messages.
Quand vint la Libération, elle compta parmi les rares femmes à combattre dans les rues, à Chartres puis à Paris. C'est là que le reporter américain Jack Belden la photographia, mitraillette au poing, pour le magazine Life du 4 septembre 1944. L'image fit le tour du monde.
Nommée sous-lieutenant en 1946, décorée de la Croix de guerre, elle devint infirmière en pédiatrie. La Légion d'honneur, qu'elle avait d'abord refusée, « j'étais une résistante, un point, c'est tout ! », lui fut remise en 2021. Elle s'éteignit en 2023, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans.

Portrait en pied de Colette Jouvenel dans une robe en tartan jaune, rouge et noire, col claudine blanc, tenant un bouquet de lys.
Portrait en pied de Colette Jouvenel dans une robe en tartan jaune, rouge et noire, col claudine blanc, tenant un bouquet de lys.
COLETTE DE JOUVENEL
Fille du sénateur Henry de Jouvenel et de l'écrivaine Colette, qui la surnomma Bel-Gazou, « beau gazouillis » dans ses livres, Colette de Jouvenel fut élevée en Corrèze par une gouvernante anglaise, grandissant loin d'une mère souvent absente. Devenue adulte, elle travailla dans le cinéma comme assistante de réalisation, notamment sur Lac aux dames et Divine, deux films scénarisés par sa mère.
En 1940, elle se réfugia au château familial de Curemonte et y accueillit les familles que l'exode avait poussées sur les routes. Avec un couple d'instituteurs du village, elle organisa la Résistance locale : ravitaillement, aide aux personnes traquées et sauvetage d'enfants juifs par l'entremise de l'Œuvre de secours aux enfants.
La guerre lui donna le goût d'écrire : son premier article parut en novembre 1944 dans Femmes françaises, avant qu'elle ne rejoigne le journal clandestin Fraternité. Bouleversée par le retour des déportés, dont elle vit arriver les convois, elle partit trois semaines en Allemagne photographier les camps et recueillir les témoignages. Puis, dès octobre 1945, elle prit la plume pour défendre l'égalité des sexes et la promotion des femmes aux responsabilités. Elle mourut en 1981 et repose au Père-Lachaise, auprès de Colette.
