Quand Pompéi fut-elle vraiment détruite ? Les spécialistes peinent à s’entendre

La véritable date de la célèbre éruption du Vésuve échappe et contrarie depuis longtemps les historiens spécialistes de cette catastrophe meurtrière.

De Erin Blakemore
Publication 13 janv. 2026, 09:08 CET
La cité antique d’Herculanum fut détruite par l’éruption du Vésuve. Ce tableau du 19e siècle montrent ...

La cité antique d’Herculanum fut détruite par l’éruption du Vésuve. Ce tableau du 19e siècle montrent des habitants se réfugiant sur une colline.

PHOTOGRAPHIE DE louis hector leroux, Photo Josse, Bridgeman Images

Le 24 août 79, un adolescent romain fut témoin d’une scène horrible : un nuage particulièrement inquiétant s’élevait du Vésuve.

Ou peut-être pas.

Les spécialistes divergent quant à la date de l’éruption du Vésuve, l’ensevelissement et l’incinération catastrophiques de la cité antique de Pompéi : cela arriva-t-il pendant l’été ou pendant l’automne ? D'aucuns croient que l’éruption se produisit en octobre et non en août. Cette question pourrait bien ne jamais être tranchée...

 

TÉMOIN D’UN VOLCAN EN ÉRUPTION

La date du 24 août pour l’éruption du Vésuve provient du seul témoignage direct ayant survécu aux temps antiques : les souvenirs de Pline le Jeune, homme d’État romain qui assista à l’éruption lorsqu’il était adolescent.

Il fit la chronique de l’éruption plus tard dans sa vie dans deux lettres adressées à l’historien Tacite. Écrites vers l’an 108, soit près de trente ans après l’éruption, elles constitueraient les toutes premières descriptions conservées d’une éruption volcanique. Cette éruption provoqua d’ailleurs la mort de Pline l’Ancien, oncle de Pline le Jeune et naturaliste passionné qui se dirigea vers Pompéi pour observer les conséquences de la catastrophe.

La fumée intimidante, premier signe d’un Vésuve en éruption dans les souvenirs du garçon, était l’augure des désastres à venir. Pendant deux jours, des gaz toxiques, des cendres et même un raz-de-marée ont meurtri la région autour de la cité romaine de Pompéi.

Dans ces lettres, Pline dit à Tacite que les hommes de son oncle accompagnèrent le scientifique lorsqu’il fit voile vers la zone de l’éruption et qu’il s’arrêta à cinq milles nautiques environ au sud de Pompéi. Pline affirme que les rescapés l’informèrent que son oncle, l’Ancien, avait fait étape dans la maison d’un ami, à Stabies, puis s’était aventuré à l’extérieur pour inspecter de plus près le volcan et ses flammes sous une pluie de pierres ponces avec pour seule protection un coussin placé sur la tête. L’oncle aventurier finit par mourir asphyxié par les émanations volcaniques, ainsi que le raconte le neveu à Tacite. Dans sa seconde lettre, Pline le Jeune traite également de ce qu’il a vécu lui-même après l’éruption et parle de « choses extraordinaires et alarmantes », par exemple d’un raz-de-marée provoqué par une explosion et d’un nuage noir terrifiant qui engloutit tout le paysage.

« Mais j’étais soutenu par cette pensée déplorable et consolante à la fois, que tout l’univers périssait avec moi », se souvenait Pline le Jeune.

 

DES SCRIBES ONT-ILS MAL TRANSCRIT LE TÉMOIGNAGE DE PLINE ?

Le récit que Pline fait des événements entourant l’éruption est l’un des plus célèbres de l’Histoire antique. Mais puisque la lettre originale n’existe plus, il n’est plus possible de vérifier son contenu directement. Des manuscrits antiques ont à la place été transmis de scribe en scribe au fil des siècles, un procédé connu pour favoriser coquilles, erreurs de traduction et autres altérations.

La traduction de la lettre la plus largement acceptée porte une date équivalente au 24 août. Cependant, « le texte de Pline pourrait aussi bien indiquer la date du 30 octobre, celle du 1er novembre ou encore celle du 23 novembre », comme l’écrit l’historien Stephen P. Kershaw.

La coexistence de traductions concurrentes complique davantage la question : quelques-uns des manuscrits à nous être parvenus, qui reproduisent les lettres, utilisent le terme Novembres, ce qui suggérerait une éruption en octobre, selon le calendrier romain de l’époque. Un autre historien romain, Dion Cassius, parle de l’événement comme s’il avait eu lieu à l’automne, bien qu’il ait décrit les événements des siècles plus tard.

 

PREUVES ARCHÉOLOGIQUES DE L’ÉRUPTION

Certains indices obtenus grâce à des études archéologiques de Pompéi étayent l’hypothèse du mois d’octobre : la découverte à Pompéi de fruits d’automne, comme des grenades, des figues et des noix pourrait suggérer la survenue d’une éruption au mois d’octobre. Il pourrait toutefois y avoir un autre moyen d’expliquer la présence de ces fruits d’automne : les archéologues pensent désormais savoir que la cité fut brièvement réoccupée par un groupe de survivants désespérés qui trouvèrent refuge à Pompéi après l’an 79. Les restes de ces personnes, y compris les aliments qu’elles consommèrent, pourraient être restés sur place, chose qui complique ce site archéologique dont on pensait qu’il ne pouvait abriter que les restes piégés par le temps de ceux qui périrent durant l’éruption.

Les fugitifs pétrifiés de Pompéi

Autre indice intrigant, des pièces de monnaie qui auraient été frappées en juillet ou en août 79 furent mises au jour dans une maison pompéienne dans les années 1970. La présence d’argent ne prouve une bonne fois pour toutes que l’éruption soit survenue après septembre, conclut Richard Abdy, numismate du British Museum. Mais « si la date du 24 août est correcte, il est remarquable qu’il n’ait fallu que deux mois à ces deux pièces après avoir été frappées pour entrer en circulation et atteindre Pompéi avant la catastrophe », écrivait-il en 2013 dans la revue Numismastic Chronicle.

En 2018, des archéologues ont mis au jour un nouvel indice suggérant une possible éruption en octobre : une inscription tracée légèrement au charbon dans une maison qui semble avoir été en pleine rénovation à l’époque. L’inscription mentionne une date en octobre.

« Comme le tracé au charbon est fragile et évanescent, et qu’il n’aurait pas pu rester bien longtemps, il est hautement probable qu’il remonte à octobre 79, et plus précisément à une semaine avant la grande catastrophe », affirmaient les archéologues dans une déclaration à l’époque.

Mais ils ont ensuite changé d’avis après que des tests ont prouvé que l’inscription au charbon n’était pas aussi évanescente qu’on le pensait. Ces résultats, ainsi qu’un ouvrage publié en 2022 par le spécialiste de Pompéi Pedar Voss qui désamorce la théorie suivant laquelle les lettres de Pline renverraient à une éruption en Novembres, ont conduit le parc archéologique à rejeter la date d’octobre. Selon Pedar Voss, il n’y eut pas une, mais deux erreurs de traduction historiques qui donnèrent lieu à une confusion autour du mot Novembres. « Toutes les dates en dehors de celle du 24 août relèvent de la pure invention », affirme désormais le parc sur son site Internet.

 

CE QUE NOUS SAVONS DE L’ÉRUPTION 

En l’absence de preuves confondantes sur le site, il est invraisemblable que la vérité pleine et entière se fasse connaître un jour. D’ailleurs, pour un scientifique que nous avons interrogé, la question importante n’est tant de savoir quand le volcan est entré en éruption que de savoir comment.

« D’un point de vue volcanologique, le mois lui-même a peu d’importance », explique Claudio Scarpati, volcanologue à l’Université de Naples - Frédéric-II. Des outils de datation absolue peuvent permettre d’isoler une année avec précision, dit-il, mais pas un jour ou un mois.

Claudio Scarpati et son équipe ont donc abordé la chronologie de Pompéi avec un autre angle. Dans deux études publiées dans la revue Journal of the Geological Society en 2024 et 2025, Claudio Scarpati et ses collègues se sont servis de centaines d’échantillons extraits des couches de pierres ponces et de cendre qui se sont déposées autour du volcan pour reconstituer ce qu’ils appellent une « éruption dynamique ». Pendant trente-deux heures d’enfer, concluent-ils, le volcan généra une colonne de cendres ayant vraisemblablement à certains moments approché les 30 km de hauteur avant de se transformer en une pluie de pierres ponces grises qui débuta vers sept heures du soir. Ce n’est qu’après une journée et demie que les retombées cessèrent, suggère l’étude de 2025, après qu’un flux de magma « sous-estimé » eut enseveli Pompéi.

 

UN VOLCAN ENCORE PLUS DÉVASTATEUR

L’éruption était « plus complexe et dévastatrice qu’on ne le pensait », reconnaît Claudio Scarpati. Il croit désormais que le moment le plus destructeur de l’éruption eut lieu lors de la dernière coulée pyroclastique qui dévala le flanc de la montagne peu après sept heures du matin le deuxième jour de l’éruption.

« La plupart des victimes sont mortes d’asphyxie à cause des cendres et furent ensevelies sous cette couche, raconte-t-il. Aucun reste humain n’a été découvert au-dessus de celle-ci, ce qui suggère que la dévastation de ce matin-là n’a laissé aucun survivant. » Ce fut « un crescendo de violence qui [ensevelit] Pompéi sous plusieurs mètres de cendre et de pierres ponces », illustre-t-il. Un déchaînement qui demeure enveloppé d’un mystère qui continue de contrarier les chercheurs d’aujourd’hui.

Tandis que d’autres volcanologues continuent à analyser et à réinterpréter les preuves scientifiques laissées par le Vésuve, Claudio Scarpati prévoit de poursuivre son travail à Pompéi. « À Pompéi, la dévastation était loin d’être uniforme, et les habitants sont morts de causes différentes à différents moments distants de plusieurs heures. Ces découvertes sont précieuses, car elles nous permettent d’évaluer l’impact des éruptions de ce type et de nous servir de ces connaissances pour prédire les effets d’événements futurs. »

Nous en savons possiblement désormais davantage sur ce que cela a pu signifier que de vivre cette éruption. Mais la question de sa date (août ou octobre ?) sera-t-elle jamais tranchée ? Sans preuves plus concluantes, l’archéologie à l’ombre du Vésuve devra supporter l’ombre d’un doute concernant le moment exact de l’éruption.

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    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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