Pour la première fois, des archéologues identifient un astronome maya
Des archéologues l’ont déchiffré sur le site de Xultún. Il s'appelait "renard à poitrine blanche".

Dans une pièce cachée des ruines mayas de Xultún au Guatemala, les archéologues ont déchiffré les équations célestes de l'astronome-mathématicien Sak Tahn Waax.
Dans une pièce cachée des ruines mayas de Xultún au Guatemala, les archéologues ont déchiffré les équations célestes de l'astronome-mathématicien Sak Tahn Waax.
Au cours de fouilles menées dans les ruines mayas de Xultún au Guatemala, une équipe d'archéologues a, pour la première fois, déchiffré le nom d'un astronome-mathématicien de cette ancienne civilisation : Sak Tahn Waax, ou « renard à poitrine blanche ».
Les astronomes mayas ont longtemps vécu dans l'anonymat, sans reconnaissance de leur contribution à la science, déplore l'explorateur National Geographic David Stuart, archéologue et épigraphiste à l'université du Texas à Austin, coauteur de la découverte.
« Désormais, nous avons un nom », se félicite-t-il.
Le nom en question s'appuie sur l'identification de onze hiéroglyphes dans une cinquantaine de « microtextes » mathématiques à peine visibles, initialement peints et gravés sur la paroi d'une petite pièce du site archéologique de Xultún, intégrée à la structure appelée 10K-2. Les chercheurs ont identifié ce nom aux côtés d'équations décrivant les cycles observés de Vénus et de Mars, qui semblent lui être attribuées, ce qui en ferait le premier cas d'astronome-mathématicien maya dont les travaux peuvent être attribués avec certitude. La découverte offre une fenêtre inédite sur le travail de l'un des érudits de l'astronomie et des mathématiques autochtones de la Mésoamérique.

Parmi les onze hiéroglyphes relevés, ce sont les deux derniers de la série qui ont permis de déchiffrer le nom de l'astronome-mathématicien. Le premier retranscrit la phrase « che-he-na », que l'on pourrait traduire par « ainsi dit… ».

Le second épelle le nom SAK-TAHN-wa-xi, ou « renard à poitrine blanche ».
Parmi les onze hiéroglyphes relevés, ce sont les deux derniers de la série qui ont permis de déchiffrer le nom de l'astronome-mathématicien. Le premier retranscrit la phrase « che-he-na », que l'on pourrait traduire par « ainsi dit… ».
Le second épelle le nom SAK-TAHN-wa-xi, ou « renard à poitrine blanche ».
« Il faut voir cette structure comme le tableau d'un scientifique dans un bureau abandonné », illustre Stuart. « Avoir un nom associé à ce tableau est réellement incroyable et cela humanise d'autant plus la science maya. »
Les chercheurs ont présenté leurs résultats dans un article publié le 14 juillet dernier par la revue Antiquity.
L'histoire peut désormais compter Sak Tahn Waax parmi les rares astronomes et mathématiciens de l'Antiquité dont le nom nous est connu, déclare l'exploratrice National Geographic Heather Hurst, archéologue au Skidmore College de New York et directrice du San Bartolo-Xultun Project sur le site archéologique.
« C'est donc toute une tradition qui prend vie à travers un seul individu », ajoute-t-elle.
Nous ne savons pas encore si Sak Tahn Waax a écrit lui-même les équations, si elles ont été inscrites par une autre personne sur la paroi avant de lui être attribuées ou s'il a simplement revendiqué le travail de ses subordonnés, mais son nom incarne désormais la longue lignée d'experts mayas de l'astronomie et des mathématiques qui se sont intéressés aux étoiles.
« J'ai consacré ma vie à l'archéoastronomie et il s'agit là probablement de la plus belle découverte sur la science maya », témoigne Anthony Aveni, archéoastronome de la Colgate University de New York. Aveni a déjà collaboré avec Stuart pour l'analyse des tables astronomiques de Xultún en 2012, mais il n'a pas pris part à la dernière étude. « En tant qu'astronome, cela m'apporte une certaine satisfaction. »
LA SIGNATURE D'UN ASTRONOME
En 2010, Maxwell Chamberlain, un étudiant curieux de l'université de Boston, travaille avec l'explorateur National Geographic William Saturno à Xultún lorsqu'il décide de jeter un œil dans un tunnel de pillage creusé à travers un monticule sans grand intérêt… à première vue.
Il ne tarde pas à découvrir que le passage traverse en réalité une petite pièce dont les parois arborent de splendides décorations. Il s'agit d'une pièce grossièrement carrée, d'environ deux mètres de côté, [RWS RV1] qui fut volontairement comblée de boue et de pierres par les Mayas avant la construction de nouvelles structures voisines. Par la suite, les fouilles ont rapidement révélé l'œuvre d'un scribe royal dans un état de conservation remarquable, comme le rapportait National Geographic en 2012.
Xultún, à prononcer choul-toun, est une ancienne cité maya située à une quarantaine de kilomètres de Tikal, une cité-État dont l'apogée coïncide avec l'époque classique maya, entre 250 et 900 de notre ère. Bien que la découverte initiale de la cité remonte à 1915, peu de fouilles archéologiques y ont été menées avant les campagnes plus récentes qui ont commencé en 2008. Avec une superficie totale de 15 kilomètres carrés, le site rassemble de nombreux temples et monuments, dont certains atteignent plus de 35 mètres de hauteur.
« C'est l'un des grands sites dont personne n'a jamais entendu parler », indique Franco Rossi, archéologue du MIT et auteur principal de l'article.

L'analyse par imagerie multispectrale du Texte 19, sur la structure 10K-2, révèle une série inédite de calculs cosmiques attribués à l'individu nommé Sak Tahn Waax.
L'analyse par imagerie multispectrale du Texte 19, sur la structure 10K-2, révèle une série inédite de calculs cosmiques attribués à l'individu nommé Sak Tahn Waax.
De précédentes études ont daté les matériaux de la structure 10K-2 à la seconde moitié du 8e siècle, ce qui suggère que ses utilisateurs y travaillaient avant l'effondrement de la civilisation maya classique, le nom donné au phénomène de déclin de la population et de migration qui a touché la majeure partie du monde maya.
Un jour, Rossi se mit en tête de percer le secret d'une inscription à peine lisible sur la paroi est de la pièce. Le texte figurait sous un ensemble de hiéroglyphes mayas qui n'avait pas encore été déchiffré. Après avoir analysé l'inscription en question à l'aide d'un logiciel conçu pour en modifier les ombres et les couleurs, il eut une épiphanie : et s'il s'agissait d'un nom ?
« Parfois, on peut passer des heures sur ces textes sans avoir aucun déclic », témoigne Rossi. « Puis, un jour, vous les regardez à nouveau et tout se met en place. »
La clé résidait dans les deux derniers glyphes de la série de onze. Le premier indiquait « che-he-na », ou « cheheen », que l'on peut traduire par « ainsi dit », suivi d'une signature.
Au terme d'une longue délibération, les chercheurs se sont finalement mis d'accord sur le nom Sak Tahn Waax, qui signifie donc « renard à poitrine blanche ».
« Le nom en lui-même est assez simple, contrairement aux substantifs plutôt pompeux souvent attribués aux rois mayas ou aux membres les plus éminents de la famille royale », souligne Stuart. À titre d'exemple, il évoque un souverain maya du 6e siècle prénommé K’ahk’ujol K’inich, ce qui signifie « Ardente est la tête du dieu serpent ». Sak Tahn Waax nous offre donc un aperçu de la façon dont étaient nommés les professionnels de la civilisation maya, ajoute-t-il.
Au-delà du nom, le texte semblait également attribuer le contenu des hiéroglyphes à Sak Tahn Waax. « C'est ce qui a attisé notre curiosité et nous avons tous voulu en savoir plus », déclare Rossi.
RÉSOUDRE UNE ÉQUATION CÉLESTE
Avec un nom en poche, Rossi et ses collègues savaient que les mystérieux hiéroglyphes associés à la signature étaient importants, sans toutefois savoir ce qu'ils signifiaient. Une tâche autrement plus complexe les attendait : déchiffrer le reste du texte.

L'explorateur National Geographic William Saturno a mis au jour ces fresques sur le site maya de Xultún, au Guatemala, dans la même structure où ont par la suite été découverts le nom de Sak Tahn Waax et les équations célestes.
L'explorateur National Geographic William Saturno a mis au jour ces fresques sur le site maya de Xultún, au Guatemala, dans la même structure où ont par la suite été découverts le nom de Sak Tahn Waax et les équations célestes.
Après avoir multiplié les séances de plusieurs heures pour décoder chaque point, barre et symbole, ils ont conclu que les hiéroglyphes étaient de minutieuses équations combinant les cycles de Mars et de Vénus, l'un des passe-temps favoris des astronomes mayas. Dans ce cas particulier, les calculs visaient à déterminer comment atteindre une période de 2 920 jours qui représente, plus simplement, cinq cycles de révolution de Vénus autour du Soleil. En partant de ces équations, les chercheurs ont pu dater ces calculs de l'an 781.
« Le texte ne contenait aucun nom ni aucun verbe ; il ne décrivait pas un événement », explique Hurst. « Il s'agissait simplement de mathématiques. »
Ce genre d'observations astronomiques était indissociable de la vie et de la religion mayas. Les Mayas suivaient les cycles des planètes visibles de notre système solaire et disposaient même leurs temples ou d'autres monuments de manière à les aligner avec des événements importants, comme les équinoxes. Sur les monuments en pierre figurent souvent des « comptes longs », des dates calculées avec plusieurs milliers d'années d'avance en s'appuyant sur l'observation des cycles célestes.
« Ils faisaient tout cela sans l'aide des télescopes, des ordinateurs ou de toute autre technologie », souligne Aveni.
L'œuvre de Sak Tahn Waax n'est pas sans rappeler les célèbres livres mayas en écorce de ficus, comme le codex de Dresde, de longs recueils de science et de mathématiques abordant une multitude de sujets, des remèdes aux dates précises des éclipses de Lune. Certains de ces ouvrages n'ont été rédigés que plusieurs centaines d'années après l'époque de notre astronome maya. La salle contenant ses équations était probablement un atelier où plusieurs astronomes travaillaient à la documentation de la mécanique des étoiles, en discutant des détails au brouillon avant d'inscrire les calculs définitifs dans leurs somptueux codex.
Comme nous l'explique Hurst, les archéologues savent que les Mayas observaient les équinoxes et consignaient les mouvements des astres depuis déjà plusieurs centaines d'années avant que ces hiéroglyphes ne viennent décorer les murs de Xultún avec la signature de Sak Tahn Waax.
« Mais le fait de relier tout cela à un nom, conclut-elle, c'est le genre de moment qui nous connecte tous à l'humanité de nos ancêtres. »
Taylor Mitchell Brown est un journaliste indépendant installé à San Diego. Il collabore régulièrement avec National Geographic sur des sujets comme l'archéologie, la paléontologie et le royaume animal.
Engagée à mettre en lumière et à protéger les merveilles de notre monde, la National Geographic Society a apporté un soutien financier au travail de l'explorateur William Saturno, qui a participé à l'étude présentée dans cet article. Pour en apprendre plus sur le soutien que la Society apporte aux explorateurs, cliquez ici.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
