Histoire

De nouvelles analyses révèlent que le tombeau de Jésus a au moins 1 700 ans

Les matériaux de construction prélevés sur le site datent de l’ère romaine, ce qui suppose que le tombeau originel de Jésus a survécu à la destruction du site il y a 1 000 ans.

De Kristin Romey

Les résultats des analyses menées par les chercheurs, que National Geographic s’est procurés, confirment que les restes des pierres calcaires vénérées par des millions des fidèles comme l’un des lieux les plus saints du christianisme – le tombeau de Jésus à Jérusalem – est bien le même site que celui découvert par les délégations de l’Empereur romain Constantin il y a près de 1700 ans.

Le mortier prélevé entre les amas de calcaire à la surface du tombeau et la dalle en marbre qui le recouvre a été daté aux environs de 345 après Jésus-Christ. Selon les récits historiques, le tombeau a été mis au jour par les Romains et recouvert en 326 après notre ère.

Jusqu’à présent, la plus récente preuve architecturale trouvée dans et autour du tombeau datait de la période des Croisades et ne permettait qu’une datation d’environ 1000 ans.

Le tombeau, qui est situé dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, a été ouvert au public pour la première fois depuis des siècles en octobre 2006, quand le sanctuaire qui recouvrait le tombeau, appelé édicule, a bénéficié d’une profonde restauration menée par une équipe de recherche pluridisciplinaire de l’Université polytechnique nationale d'Athènes.

Plusieurs échantillons de mortier provenant de différents endroits de l’édicule ont alors été prélevés pour datation. Les résultats viennent tout juste d’être communiqués à National Geographic par la scientifique Antonia Moropoulou, qui a conduit le projet de restauration de l’édicule.

Au fil des siècles, le tombeau et l’église le surplombant ont été les cibles de nombreux saccages, d’attaques violentes, d’incendies et ont même été les victimes de plusieurs tremblements de terre. L’église a été totalement détruite en 1009 et a été rebâtie, permettant ainsi aux universitaires de spéculer sur l’authenticité du site consacré aujourd’hui comme le tombeau de Jésus et sur le fait que le dit tombeau puisse avoir résisté au passage du temps.

Bien qu’il soit archéologiquement impossible de certifier que le tombeau est la sépulture du Juif Jésus de Nazareth, qui selon le Nouveau Testament a été crucifié à Jérusalem en 30 ou 33, de nouvelles datations situent bien la période de construction du complexe mortuaire à l’époque de Constantin Ier, le premier empereur romain chrétien.

Quand la délégation de Constantin Ier est arrivée à Jérusalem en 325 après notre ère dans l’espoir de mettre à jour le tombeau de Jésus, plusieurs riverains ont indiqué un temple romain construit plus de 200 ans auparavant. Le temps romain a été rasé et des excavations ont révélé une tombe taillée dans la roche calcaire. Le haut de la tombe était cisaillé pour exposer l’intérieur du cercueil. L’édicule a été construit autour de cette tombe.

L’un des éléments de la tombe était une longue planche, ou « lit mortuaire », sur laquelle selon la tradition le corps de Jésus a été déposé après sa crucifixion. Les tombes à plusieurs niveaux creusées dans la roche étaient communes aux Juifs aisés de Jérusalem au 1er siècle.

Le revêtement de marbre aurait été installé en 1555 au plus tard, et plus probablement au milieu du 14e siècle, selon des récits de pèlerins.

Quand le tombeau a été ouvert dans la nuit du 26 octobre 2016, les scientifiques ont été surpris par ce qu’ils ont découvert sous le revêtement en marbre : un autre revêtement en marbre, beaucoup plus ancien et gravé d’une croix, visiblement endommagé et reposant directement sur le tombeau originel en calcaire.

Certains chercheurs ont supputé que ce revêtement de marbre plus ancien aurait pu être posé pendant les Croisades, quand d’autres préféraient une date antérieure, supposant qu’il aurait pu être en place et endommagé quand l’église a été détruite en 1009. Personne, cependant, n’osait imaginer que cela pouvait être la première preuve physique du premier sanctuaire romain.

Les nouveaux résultats révèlent que la dalle de marbre inférieure a probablement été cimentée au milieu du 4e siècle sous les ordres de l’Empereur Constantin, provoquant la surprise des historiens spécialisés dans l’histoire de ce monument sacré.

« Évidemment cette date est directement liée à l’Empereur Constantin », explique l’archéologue Martin Biddle, qui a publié une étude pionnière sur l’histoire du tombeau en 1999. « C’est absolument remarquable. »

Durant la restauration de l’édicule, qui a duré un an, les scientifiques ont aussi pu déterminer qu’une grande partie du caveau funéraire était toujours ceint par les murs du sanctuaire. Les échantillons de mortier prélevés du mur sud du caveau ont été datés entre 335 et 1570, ce qui apporte une preuve supplémentaire des travaux de constructions menés à l’époque romain ainsi que des travaux de restauration conduits au 16e siècle. Le mortier prélevé à l’entrée du tombeau a été daté du 11e siècle, ce qui correspond à la reconstruction de l’édicule après sa destruction en 1009.

« C’est intéressant de voir comment ces bouts de mortier peuvent nous indiquer les phases et séquences de restauration », observe Moropoulou.

Les échantillons de mortier ont été datés par deux laboratoires indépendants grâce à La technologie OSL, Optically Stimulated Luminescence ou luminescence stimulée optiquement, une technique qui permet de déterminer quand un sédiment a pour la dernière fois été exposé à la lumière. Les résultats scientifiques seront publiés par Moropoulou et son équipe dans le prochain numéro du Journal of Archaeological Science.

 

Étude conduite dans le cadre de ce projet : « Conservation, reinforcement and repair interventions for the rehabilitation of the Holy Aedicule of the Holy Sepulchre in the All-Holy Church of Resurrection in Jerusalem », sous la direction de l’Université polytechnique nationale d'Athènes. Auteurs : Em. Korres, A. Georgopoulos, A. Moropoulou, C. Spyrakos, et Ch. Mouzakis, sous la direction d’ A. Moropoulou.

Les échantillons de mortier ont été analysés par le Laboratoire Materials Science and Engineering, l’École de Génie chimique, l’Université polytechnique nationale d’Athènes (chercheurs : A. Moropoulou, E. Delegou, M. Apostolopoulou, et A. Kolaiti) et le Laboratoire d’archéométrie, le Département d’Histoire, d’Archéologie et de Ressources culturelles de l’Université du Péloponnèse (chercheurs : N. Zacharias et E. Palamara).

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