Pourquoi la légende de la Zone 51 nous fascine-t-elle toujours autant ?
Retirée dans le désert du Nevada, cette base militaire est depuis longtemps associée aux extraterrestres et aux ovnis. Voici la véritable histoire des célèbres théories du complot liées à la Zone 51.

Ces personnes convaincues de l'existence des ovnis cherchent des engins spatiaux non identifiés lors d’une virée touristique sur le thème des ovnis à Sedona, en Arizona. Cette image composite est une combinaison de six photographies prises en 2017 à travers des lunettes de vision nocturne.
Ces personnes convaincues de l'existence des ovnis cherchent des engins spatiaux non identifiés lors d’une virée touristique sur le thème des ovnis à Sedona, en Arizona. Cette image composite est une combinaison de six photographies prises en 2017 à travers des lunettes de vision nocturne.
Chaque année, le mythe de la Zone 51 attire des touristes du monde entier. Les visiteurs se rendent à cette base aérienne près de Rachel, dans le Nevada, dans l'espoir d'apercevoir des engins spatiaux d'un autre monde.
Si la légende de la Zone 51 est discréditée depuis des années, une partie de son histoire est pourtant fondée sur des événements réels. Voici tout ce qu'il faut savoir sur la Zone 51.
QU'EST-CE QUE C'EST ?
La zone 51 est l’une des installations militaires les plus célèbres au monde, un exploit remarquable si l’on considère que le gouvernement n’a officiellement reconnu son existence qu’en 2013. Les rumeurs de la présence de technologies et de formes de vie extraterrestres cachées ont alimenté sa popularité et l’imagination du public depuis plusieurs décennies.
Bien qu’il n’existe encore aucune preuve de l’existence d’extraterrestres, des informations déclassifiées révèlent que, pendant la Guerre froide, la CIA (Central Intelligence Agency, ou agence centrale de renseignements des États-Unis) et l’armée de l’air des États-Unis ont passé des décennies à mettre au point des avions-espions de pointe tels que le Lockheed U-2 et le Lockheed A-12 sur cette base militaire. Les observations de ces engins impressionnants ont aussi probablement alimenté ces rumeurs concernant les visiteurs d’un autre monde, même si une enquête récente menée par le Pentagone a émis l’hypothèse que les légendes autour des ovnis pourraient avoir été entretenues par l’armée de l’air elle-même. Aujourd’hui, la zone 51 est toujours une base en activité mais son objectif et son histoire restent un mystère top secret.
« Ce qui est important dans la fascination du public pour les ovnis et la zone 51, c’est ce que cela révèle de notre nature humaine et de notre vision de notre place dans l’Univers », explique Bill Diamond, PDG et président de la SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence, ou Recherche d'intelligence extraterrestre), un institut scientifique dédié à la recherche d’intelligence extraterrestre. « Cela montre que nous voulons croire que nous ne sommes pas seuls ».
Les recherches du SETI se poursuivent aujourd’hui, et bien au-delà des déserts du Nevada.
OÙ SE TROUVE LA ZONE 51 ?
À environ 190 kilomètres au nord-ouest de Las Vegas, quelque part entre les bornes 29 et 30 de la « route extraterrestre » du Nevada (la State Route 375), se trouve un chemin de terre non balisé. Bien qu'aucun bâtiment ne soit visible depuis la route, la piste mène à la base de Groom Lake (ou Homey Airport, comme on l'appelle sur les cartes d'aviation civile).
Au bout de cette route se trouve une base militaire connue sous de nombreux noms officieux : Paradise Ranch, Watertown, Dreamland Resort, Red Square, The Box, The Ranch, Nevada Test and Training Range, Detachment 3, Air Force Flight Test Center (Detachment 3, AFFTC)… et Zone 51.

Les terriens sont les bienvenus au bar-restaurant Little A’Le’Inn à Rachel, dans le Nevada, un arrêt populaire pour les passionnés qui se dirigent vers la Zone 51.
Les terriens sont les bienvenus au bar-restaurant Little A’Le’Inn à Rachel, dans le Nevada, un arrêt populaire pour les passionnés qui se dirigent vers la Zone 51.

La bibliothèque de l'UFO Research Center a ouvert ses portes au public en 1992 au sein de l’UFO Museum à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.

La bibliothèque détient une importante collection de travaux de référence sur l’histoire des rencontres extraterrestres et des phénomènes liés.
La bibliothèque de l'UFO Research Center a ouvert ses portes au public en 1992 au sein de l’UFO Museum à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.
La bibliothèque détient une importante collection de travaux de référence sur l’histoire des rencontres extraterrestres et des phénomènes liés.
Avant la Seconde Guerre mondiale, les alentours de Groom Lake étaient exploités pour leurs mines d'argent et de plomb. Quand la guerre débuta, les militaires prirent le contrôle de la zone isolée pour y mener des recherches : principalement des essais nucléaires et des tests d'armes.
La base est interdite d’accès aux civils et à la plupart des militaires mais l’installation est entourée d’un petit ensemble animé de musées, restaurants, motels, parades et festivals sur le thème des extraterrestres.
POURQUOI CONSTRUIRE UNE BASE SECRÈTE DANS LE DÉSERT ?

Environ 200 000 personnes visitent chaque année l’International UFO Museum and Research Center à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.
Environ 200 000 personnes visitent chaque année l’International UFO Museum and Research Center à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.
Lorsque la CIA commença à concevoir des avions de reconnaissance pendant la Guerre froide, le directeur de la CIA de l'époque, Richard Bissell Jr., comprit qu'il leur faudrait une base privée pour construire et tester les prototypes.
Après l’acquisition de 1,2 million d’hectares de terres, soit près de 1,5 fois la superficie de la Corse, le Nevada Test and Training Range, deux zones de tests des armes de l’armée américaine, ont vu le jour en 1950. La quasi-totalité de ce territoire était classifié, en particulier les sites d’essais du Nevada, où la Commission de l'énergie atomique des États-Unis (USAEC, de l’anglais Atomic Energy Commission) a fait exploser plus de 900 armes nucléaires. Le lac Groom ne se situe qu’à 8 kilomètres de la limite des sites d’essais du Nevada, tout en restant à l’intérieur de la zone protégée du Nevada Test and Training Range.
En 1955, avec Kelly Johnson, concepteur d'avions Lockheed, il choisit l'aérodrome isolé de Groom Lake et en fit leur quartier général. La Commission de l'énergie atomique ajouta la base à la carte existante du site d'essai du Nevada, et nomma le site « Zone 51 ».
En l'espace de huit mois, les ingénieurs mirent au point l'avion U-2, qui pouvait atteindre les 21 000 mètres d'altitude. Cette performance, bien plus élevée que celle de tout autre avion à l'époque, permettait aux pilotes de voler bien au-dessus des radars, des missiles et des avions ennemis soviétiques.
Lorsqu'un U-2 fut abattu par un missile anti-aérien soviétique en 1960, la CIA commença à concevoir la prochaine génération d'avions espions dans la Zone 51 : l'A-12, un engin fait de titane. Quasiment indétectable par les radars, l'A-12 pouvait traverser les États-Unis en 70 minutes à plus de 3 500 km/h. L'avion était également équipé de caméras qui pouvaient, à une altitude de 27 000 mètres, photographier des objets d'à peine 30 centimètres de long posés sur le sol.
L'ARRIVÉE DES EXTRATERRESTRES ET DES OVNIS DANS CETTE HISTOIRE
C'est en 1989 que la Zone 51 et les extraterrestres devinrent indissociables. Cette année-là, Robert Lazar, un homme qui affirmait y avoir travaillé, donna une interview à une chaîne de télévision de Las Vegas. Lazar déclara que la Zone 51 abritait et étudiait des vaisseaux spatiaux extraterrestres, et que son travail consistait à reproduire leur technologie à des fins militaires.

Le seul McDonald en forme de vaisseau spatial du monde attire les touristes à la recherche d’ovnis à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.
Le seul McDonald en forme de vaisseau spatial du monde attire les touristes à la recherche d’ovnis à Roswell, dans le Nouveau-Mexique.
Les propos de Lazar ne tardèrent pas à être discrédités : selon les dossiers universitaires, Lazar n’avait jamais étudié au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ni au California Institute of Technology, comme il le prétendait. À l'époque, si les ingénieurs de la Zone 51 étudiaient et recréaient des avions de pointe, il s'agissait bien d'avions de pointe pris à d'autres pays, et non à des vies extraterrestres.
Néanmoins, avec tous les vols d'avions de haute technologie de la Zone 51 (dont plus de 2 850 décollages de l'A-12), les rapports d'objets volants non identifiés montèrent en flèche dans la région.
« Le corps en titane de l'avion, qui se déplaçait aussi vite qu'une balle, reflétait les rayons du soleil de telle manière que quiconque aurait pu penser avoir vu un ovni », ont confié des sources à la journaliste Annie Jacobsen pour son livre sur la Zone 51 publié en 2011.
TENTATIVES D’ACCÈS À LA ZONE 51
Bien que l’accès au site officiel requière une invitation émanant des hautes sphères de l’armée des États-Unis, la zone 51 continue d’attirer des visiteurs espérant avoir un aperçu de l’inconnu. Le Lil A’Le’Inn, un célèbre restaurant et motel à thème situé à environ 20 kilomètres de la zone 51, estime accueillir entre 100 et 500 visiteurs par jour en été, dont près de la moitié se rend jusqu’à l’entrée de la base. « Mais nous avons beaucoup de fréquentation tout au long de l’année », a affirmé le directeur adjoint de l’établissement.
Le nombre de visiteurs terrestres a connu un pic en 2019 à la suite d’une interview donnée par Robert Lazar dans un podcast populaire qui a inspiré l’organisation un événement appelé « Storm Area 51 », au cours duquel plusieurs milliers de personnes se sont rendues dans le désert à la recherche de preuves de l’existence d’extraterrestres. Cet événement s’est finalement transformé en un festival célébrant tout ce qui touche aux extraterrestres.
Des lycéens portant des masques d’extraterrestres dans le centre-ville de Roswell, au Nouveau-Mexique, pendant leurs vacances de printemps en 2017.
Il est toutefois préférable de ne pas s’approcher trop près du site lui-même. L’espace aérien se trouvant au-dessus est une zone d’exclusion aérienne et des gardes armés ainsi que des milliers de caméras de vidéosurveillance surveillent le périmètre de la base.
Si des intrus parviennent à franchir les barrières de sécurité, les poursuites judiciaires s’ensuivent rapidement. En 2019, deux Youtubeurs surpris en train de s’introduire illégalement à l’intérieur de la base ont été arrêtés et initialement condamnés à un an de prison avant que leur peine ne se transforme en sursis. Finalement, ils ont chacun écopé d’une amende de 2 280 dollars, soit environ 2 000 euros, et ont passé trois jours en prison.
« Je me disais : vous pénétrez dans un lieu interdit, c’est clairement écrit et tout le monde sait que l’accès y est interdit, alors je ne considérais pas cela comme quelque chose d’anodin », explique Chris Arabia, qui était alors procureur dans l'État de New York. « Nous essayions de trouver une solution qui soit juste mais qui tienne également compte de la gravité de la situation ».
Des panneaux sur le site avertissent également que les gardes ont le droit d’utiliser la force létale si nécessaire.
LA VÉRITÉ SE CACHE-T-ELLE DANS LE DÉSERT ?
Selon la division d’exobiologie de la NASA, si les scientifiques de la NASA détectaient une intelligence extraterrestre, ils ne disposeraient d’aucun protocole officiel pour les guider dans la suite des opérations. En revanche, les chercheurs du SETI en ont un et celui-ci n’implique pas la zone 51.
Conformément au protocole du SETI, la première étape consisterait à vérifier ces résultats auprès d’autres organisations et observatoires indépendants à travers le monde. Une fois les résultats confirmés par d’autres scientifiques, ils devraient organiser une conférence de presse pour faire part de cette découverte au public. Aucune autorisation de sécurité top secret ne serait nécessaire.
« Nous partagerions la nature du phénomène que nous avons détecté, en précisant d’où il provient ainsi que la distance à laquelle il se trouve, et en soulignant que cela mérite des études plus approfondies », explique Bill Diamond.
Quant à la recherche d’extraterrestres menée par le SETI, Bill Diamond indique qu’ils ne se tournent pas vers le Nevada pour trouver des indices. Selon lui, les rumeurs faisant état d’épaves de vaisseaux spatiaux cachées sont inconcevables. « Si l’on imagine une civilisation disposant de la technologie nécessaire pour apporter du matériel informatique et/ou biologique sur Terre, la probabilité qu’elle soit suffisamment incompétente pour s’écraser n’importe où sur la planète est absolument nulle », affirme-t-il.
« Toutes les observations ou apparitions d’ovnis ont une chose en commun : elles sont toutes, sans exception, le résultat d’observations accidentelles. Aucune d’entre elles n’a jamais résulté d’une véritable expérience ou d’un programme d’observation conçu et mis au point pour étudier, évaluer et caractériser ces phénomènes », explique Bill Diamond. « Nous ne dirions pas qu’il est impossible qu’il y ait une technologie extraterrestre dans notre espace aérien mais nous n’avons connaissance d’aucune preuve allant dans ce sens ».
Le gouvernement américain reconnut officiellement l'existence de la Zone 51 en 2013 lorsque la CIA rendit publics des documents sur la conception de l'U-2 et de l'A-12. Avant cette révélation, les habitants de la région savaient que quelque chose d'étrange se tramait dans le désert, mais il leur était difficile de rassembler des informations et de les vérifier.
La Zone 51 est toujours une base active, mais l'objectif qu'elle poursuit depuis les années 1970 demeure confidentiel. Il faudra attendre encore quelques décennies, au moins, pour que les travaux en cours soient dévoilés et accessibles au public.

Deux humains et leur passager clandestin conduisent à Roswell, dans le Nouveau-Mexique, une ville connue pour avoir été le lieu d’un prétendu crash de vaisseau spatial extraterrestre en 1947. Certaines théories du complot avancent que les vestiges du crash de Roswell ont été transférés à la Zone 51, une base militaire secrète située près de Rachel, dans le Nevada, pour y être étudiés.
Deux humains et leur passager clandestin conduisent à Roswell, dans le Nouveau-Mexique, une ville connue pour avoir été le lieu d’un prétendu crash de vaisseau spatial extraterrestre en 1947. Certaines théories du complot avancent que les vestiges du crash de Roswell ont été transférés à la Zone 51, une base militaire secrète située près de Rachel, dans le Nevada, pour y être étudiés.
Le site demeure aujourd’hui encore un pilier de la mythologie extraterrestre américaine. Suite à une interview donnée par Lazar en 2019 dans un podcast populaire, un événement appelé « Storm Area 51 » a été organisé, invitant environ 6 000 personnes à se rendre dans le désert pour y chercher des preuves de l'existence des extraterrestres. L’événement s'est finalement transformé en un festival célébrant tout ce qui a trait aux extraterrestres.
Aujourd'hui encore, la Zone 51 attire aussi bien les adeptes que les sceptiques, qui fréquentent le petit mais florissant réseau de musées, les restaurants, les motels, les parades et les festivals sur le thème des extraterrestres, et ce dans l'espoir de découvrir un jour où se cache la vérité.
LES OBSERVATIONS D’OVNIS SE POURSUIVENT
Même sans avoir mis un pied sur la base, des personnes du monde entier continuent de signaler des observations d’objets volants mystérieux.
En 2004, au large des côtes californiennes, les militaires ont observé un engin lisse et rectangulaire, surnommé « Tic-Tac », descendre en seulement quelques secondes de plus de 18 000 mètres jusqu’à raser la surface de l’océan, avant de filer à toute vitesse. Un technicien radar l’a vu de ses propres yeux et a affirmé qu’il brillait.
Compte tenu du nombre important d’observations d’ovnis, ou de phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) comme on les appelle désormais officiellement, par des militaires, le gouvernement des États-Unis documente et étudie les observations de PAN, une pratique qui remonte quasiment à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui se poursuit encore aujourd’hui.
En 2022, le Département de la Défense des États-Unis a créé une nouvelle équipe chargée d’enquêter et de documenter les observations de PAN : le All-domain Anomaly Resolution Office (AARO, ou littéralement en français le Bureau de résolution des anomalies tous domaines). Habilité à examiner des informations hautement confidentielles, cette équipe recueille les signalements émanant d’anciens ou d’actuels membres du gouvernement américain, militaires ou personnel de sous-traitants. D’après leurs enquêtes, parmi les causes courantes d’observation de PAN figurent les ballons à haute altitude, les satellites et les drones non habités. L’AARO affirme ne disposer d’aucune preuve de l’existence d’une technologie extraterrestre mais précise qu’elle « suivra la science où qu’elle mène ».
En ce qui concerne la zone 51, à mesure que de nouvelles vidéos de vaisseaux spatiaux non identifiés font surface, certaines présentent des similitudes avec celles décrites par Robert Lazar en 1989, telles que celle du PAN « Tic-Tac ». Malgré l’incrédulité générale, Robert Lazar continue aujourd’hui encore de partager son histoire dans des interviews et des documentaires.
La photographe Jennifer Emerling a passé du temps à immortaliser la culture des ovnis dans l'Ouest américain. Découvrez d'autres photos de son projet sur son site internet Welcome, Earthlings et sur son Instagram.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise en 2019. Il a été mis à jour en février 2023.
