Guerre en Ukraine : réfugiés du jour au lendemain

De Eve Conant
Publication 18 mars 2022, 16:55 CET

Du jour au lendemain, ils ont tout perdu. Cherchant la sécurité en Pologne, des milliers de réfugiés ukrainiens sont maintenant confrontés à un avenir incertain.

PHOTOGRAPHIES DE Anastasia Taylor-Lind | Davide Monteleone
VIDÉOS DE Alice Aedy | Davide Monteleone | Manuel Montesano
TEXTE DE Eve Conant

GUERRE EN UKRAINE : RÉFUGIÉS DU JOUR AU LENDEMAIN

Un réveil sous les explosions. Des difficultés à trouver un passeport. Un voyage éprouvant dans un train obscur pour fuir les forces russes. L’espoir de trouver un « coin chaud » où se réfugier. Chacune des histoires des réfugiés est chargée de deuil ainsi que d’un sentiment frappant de communauté. Une détresse collective, peut-être inévitable lorsque plus de deux million de personnes sont contraintes de fuir leurs foyers et d’affronter des réalités difficiles en arrivant aux frontières d’Europe de l’Est : tout ça en l’espace de seulement quelques jours.

Une réfugiée, Irina Lopuga, s’est retrouvée coincée pendant deux jours dans une silencieuse panique de voitures qui se dirigeaient lentement vers la ville frontalière de Przemyśl, en Pologne. Son mari et elle ont ainsi eu bien assez de temps pour discuter, non pas de leurs rêves d’acheter une maison ou de partir en voyage en Égypte, mais de leur survie. « Nous parlions du monde qui était en train de chavirer. »

Une fois arrivés à la frontière, il a été temps pour eux de se séparer. En effet, les hommes ukrainiens âgés de 18 à 60 ans ont reçu l’ordre de rester dans leur pays afin de participer à la résistance, accompagnés de femmes qui ont choisi de prendre les armes pour la première fois et de petites armées de civils qui leur préparent de quoi manger… et des cocktails Molotov. Son mari serait chargé d’aider son église à se préparer à recevoir les personnes évacuées de Kiyv. Selon Irina, juste avant de partir, « il s’est tourné et est tombé en larmes. »

Ensuite, accompagnée de ses enfants et de leur chien, elle a fui.

Ils font désormais partie de l’une des plus importantes vagues de réfugiés enregistrées depuis des décennies, essayant tous et toutes de trouver leur propre coin chaud dans une Europe indignée et à cran. Craignant pour leur propre sécurité, les Européens ont accueilli les individus qui composent cet épuisant exode : certains sont des visiteurs internationaux qui étaient en Ukraine, d’autres des survivants des conflits avec les séparatistes soutenus par Moscou qui durent depuis des années à l’est du pays, et la plupart sont des familles divisées dont les esprits n’ont, quant à eux, pas encore été brisés.

LA DÉCISION

Aux postes-frontières : Irina Lopuga, Ludmyla Tkachenko, Nelya Tkachenko, Blessing Oyeleke et Iryna Novikova
C’est la deuxième fois que Lidiya Ivanenko, qui tient son fils dans ses bras, a été obligée de fuir. La première était en 2014, lorsque le conflit avec les séparatistes soutenus par Moscou a éclaté près de sa ville natale, Louhansk, à l’est de l’Ukraine. « Après notre déménagement dans la région de Kiev, je ne pensais pas que cette guerre pourrait un jour me rattraper. »
Anna Bianova, 34 ans, pose avec son fils Maksym et son neveu Myhaylo Bianov, tous deux âgés de 11 ans. De son côté, sa belle-mère Lyudmyla Shevchuk, 71 ans, porte leur chien Archie dans ses bras. Anna, originaire de Vinnytsia, pensait que la guerre était une inimaginable part de l’histoire des générations précédentes, et non pas de la leur. « Est-ce possible de connaître une telle guerre au 21e siècle ? »

“ Il est très difficile de laisser son mari à la maison. Il faut choisir. Sauver les enfants, ou rester auprès de lui.” ”

NELYA TKACHENKO

Des réfugiés ukrainiens essaient de trouver un peu de normalité sous leur tente, au point d’accueil des réfugiés de la ville polonaise de Medyka, en attendant de poursuivre leur traversée vers d’autres destinations d’Europe.

PHOTOGRAPHIE DE Davide Monteleone

S'ÉCHAPPER

Aux postes-frontières : Anna Bianova et Irina Lopuga.

“ Il y avait peut-être un million de personnes. La gare était bondée, on ne pouvait plus bouger. Toutes ces larmes, c'était horrible. On a attendu le train.” ”

ANNA BIANOVA
Gauche: Supérieur:

Valentyna Turchyn pose pour un portrait avec sa mère (également baptisée Valentyna Turchyn) et ses trois filles : Maya, 5 ans, dans le blouson rose, Tanya, 7 ans, et Galyna, 16 ans. Toutes sont couvertes pour se protéger du froid dans un refuge en Pologne, après avoir fui leur ville natale de Tcherkassy, en Ukraine.

Droite: Fond:

Ludmyla Kuchebko, 72 ans, originaire de Jytomyr, a fui les sirènes de raid aérien mais s’inquiète pour son fils qui est resté à Kiev. Elle se tourne vers Dieu pour « sauver non seulement mon fils, mais aussi l’Ukraine », et elle prie pour chacun des passagers dans chacun des trains. « Aujourd’hui, nous prions non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour la Russie. Pour nos frères et sœurs qui sont là-bas. »

Photographies de Anastasia Taylor-Lind

Un lit improvisé à l’extérieur d’un centre d’accueil de réfugiés situé près du passage de Medyka à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, aux environs de la ville polonaise de Przemyśl.

PHOTOGRAPHIE DE Davide Monteleone

LA GUERRE

Aux postes-frontières : Lidiya Ivanenko, Ludmyla Tkachenko, Nelya Tkachenko et Anna Bianova
L’une des milliers d’étudiants africains présents dans le pays. Blessing Oyeleke, étudiante en médecine âgée de 25 ans et originaire du Nigeria, a fui la ville de Ternopil. Elle a dû faire face au chaos et au racisme dans la foule cherchant à s’échapper. De ses cinq années dans le pays, elle retient cependant que : « Venir en Ukraine était comme un rêve pour moi. »
Ludmyla et Nelya Tkachenko, sœurs de 35 et 41 ans originaires de Kiev, s’inquiètent pour leurs enfants qui sont venus en Pologne à leurs côtés, mais sont au bord des larmes en pensant aux hommes et aux familles qui sont restés en Ukraine. Nelya confie qu’elle n’est ni ici, ni dans son pays : « J’ai laissé la moitié de mon cœur là-bas, et j’ai pris l’autre moitié avec moi. »

“ C'était terrible quand les premières bombes sont tombées.” ”

LUDMYLA TKACHENKO

Une pile de chaussures récoltées par des bénévoles, prêtes à être distribuées aux réfugiés ukrainiens qui arrivent en Pologne, aux environs de Przemyśl.

PHOTOGRAPHIE DE Davide Monteleone

PERTES

Aux postes-frontières : Ludmyla Kuchebko, Iryna Novikova, Ludmyla Tkachenko et Nelya Tkachenko

“ Nous sommes nés en Ukraine et nous aimons notre patrie. C'est un pays magnifique. Dieu lui a tout donné : les forêts, les champs... mes précieux champs.” ”

LUDMYLA KUCHEBKO
Gauche: Supérieur:

Iryna Butenko, 33 ans, et sa fille Kateryna Falchenko, 8 ans, ont fui Kharkiv en catastrophe. Iryna rapporte que, quand un train est enfin arrivé, « nous avons couru alors qu’ils tiraient derrière nous. » Elle ne veut plus jamais y retourner. Katya se sent en sécurité, désormais : « Personne ne nous tire dessus ou ne nous menace. Ma maman est toujours avec moi. »

Droite: Fond:

Iryna Kuzmenko, 41 ans, et sa fille, Arianda Shchepina, 11 ans, originaires de la ville de Zaporijia, partagent un moment de silence devant le lycée Juliusza Slowackiego à Przemyśl, où des réfugiés ont trouvé un abri et du soutien.

Photographies de Anastasia Taylor-Lind

Un réfugié épuisé trouve un moment de repos à Medyka, en Pologne, près de la frontière avec l’Ukraine où près des centaines de milliers de réfugiés ont déjà traversé.

PHOTOGRAPHIE DE Davide Monteleone

FUTUR

Aux postes-frontières : Iryna Butenko, Ludmyla Tkachenko, Nelya Tkachenko, Blessing Oyeleke, Lidiya Ivanenko, and Irina Lopuga

“ Nous n'avons pas besoin de beaucoup. Un coin chaud suffit.” ”

LIDIYA IVANENKO
Gauche: Supérieur:

Iryna Novikova, 42 ans, a quitté Kiev avec sa fille en catastrophe, sans même changer de vêtements, se brosser les dents ou prendre une douche. « Dans un tel moment, on n’a pas besoin de tout ça. Je ne sais pas comment j’ai couru, mes jambes m’ont simplement portée. » Sa fille l’avait prévenue que l’attaque allait arriver, mais « je n’arrivais pas à y croire. »

Droite: Fond:

Amoakohene Ababio Williams, 26 ans, originaire du Ghana, raconte qu’il a été séparé de sa femme ukrainienne, Sattennik Airapetryan, 27 ans, et de leur fils d’un an, Kyle Richard, avec d’autres hommes noirs, juste avant d’atteindre la frontière polonaise après avoir fui Odessa. « Je pensais que c’était fini. Que je ne la reverrai peut-être plus jamais. » Il a réussi à traverser.

Photographies de Anastasia Taylor-Lind

Anastasia Taylor-Lind est une photographe National Geographic, une boursière TED et une boursière Nieman de Harvard en 2016. Elle couvre les questions relatives aux femmes, aux populations et à la guerre.

Alice Aedy est une photographe et réalisatrice de documentaires dont le travail porte sur les questions de justice sociale, notamment les migrations forcées, la justice climatique et les femmes.

Davide Monteleone est un photographe, un artiste visuel et un explorateur National Geographic qui s'intéresse particulièrement aux pays post-soviétiques. La National Geographic Society, qui s'est engagée à mettre en lumière et à protéger les merveilles de notre monde, a financé le travail de Davide Monteleone. Pour en savoir plus, consultez son site web.

Petro Halaburda, un étudiant ukrainien en production cinématographique basé à Varsovie, en Pologne, a fourni une assistance sur le terrain et une traduction.

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